Joel Allen Schroeder, « Dear Mr. Watterson », http://www.dearmrwatterson.com, 2013.

Calvin & Hobbes, c’est l’histoire d’un enfant de six ans, Calvin, et de son tigre en peluche. Euh non, son tigre n’est pas une peluche. donc c’est l’histoire de Calvin, six ans, et de son tigre, Hobbes. Calvin & Hobbes, c’est le comic strip le plus influent, le plus connu, le plus apprécié. Au moins à la hauteur des Peanuts (Snoopy et Charlie Brown) de Charles Schultz.

Première planche publiée de "Calvin & Hobbes"

Première planche publiée de « Calvin & Hobbes », 18 novembre 1985

Au moment où Calvin & Hobbes sort pour la première fois, le 18 novembre 1985, le « comic strip » est à son apogée, et Calvin et Hobbes, création de Bill Watterson, en sera l’un des chefs d’oeuvres, marquant peut-être même le début d’un certain déclin du genre. Dès les premières planches, les traditionnelles 4 cases du dimanche matin, beaucoup réalisèrent rapidement que cette nouvelle n’était décidément pas comme les autres. Ce fut la première d’une longue série de « strips », plus de 3 000, qui remplirait la décennie d’une audience attentive, qui serait reprise dans plus de 2 400 journaux au monde, et qui serait traduite en plus d’une vingtaine de langues. Certaines collections sont d’ailleurs toujours en cours d’impression.

Dernière publication de "Calvin & Hobbes", 31 décembre 1995

Dernière publication de « Calvin & Hobbes », 31 décembre 1995

Et puis, juste après les dix ans commémorant l’arrêt de Calvin & Hobbes, un illustre inconnu commença une série d’interview explorant l’immense impact culturel de ce « comic strip », influence continuant trente ans encore après la première parution de ce dernier. Ces premières interviews deviendraient le documentaire Dear Mr. Watterson (Cher M. Watterson), sorti le 15 novembre 2013. Ce documentaire, le premier sur la série ou sur le Bill Watterson lui-même méritait donc l’attention d’un public tout aussi anxieux qu’impatient de savoir comment allait être approché cette tâche redoutable.

Les limites d’un documentaire

Alors bien sûr, ce documentaire n’aura pas satisfait ceux des plus grands fans qui savaient déjà tout, ou presque, de Calvin & Hobbes. Pour ceux qui auraient attendu de Schroeder qu’il révèle des secrets, des détails inédits de la vie de Watterson, là aussi la désappointement sera grand : là dessus, il n’y a pas grande originalité, voire aucun apport réel comparé à la page Wikipédia de Bill Watterson !1 Et pourquoi en serait-il autrement ? Ainsi, ce serait un total non-sens de remarquer avec un critique : « Savoir ce que ce documentaire, rempli de témoignages serviles, cherche à atteindre n’est pas tout à fait clair. Une approbation professionnelle ? Réconforter les fans secrètement rongés par le doute ? La pression de leurs pairs ? »2 Cela part du principe que le documentaire se devait d’apporter autre chose qu’une appréciation absolument positive de C&H. Pour tous ceux qui attendaient cela, la frustration sera grande. D’un autre côté, il fallait s’y attendre.

Tout d’abord, Watterson a toujours été d’une réclusion presque maniaque. Comme l’a remarqué quelqu’un, Bill Watterson, c’est un peu le Sasquatch des cartoonistes . Ceux qui le fréquentent personnellement se comptant sur le doigt d’une main et les interviews données, peut-être sur l’autre main encore libre3. Un numéro de Scene daté de novembre 2001 (numéro 24) titrait ironiquement, sous un dessin de Calvin et Hobbes représentés avec des longues vues : « Avis de recherche : le créateur de Calvin et Hobbes, Bill Watterson, vu pour la dernière fois dans le Nord-Est de l’Ohio. Ne pas approcher ». Une des dernières et rares interview donnée par Watterson au webzine Mental Floss, n’apporte pas grand chose sur le « mystère » de ce génial créateur4. Quant à sa propre autobiographie, elle mérite une lecture attentive, elle et ses neuf lignes !5 Dans une culture de la célébrité, même dans nos églises, nous apprendrions pas mal de cette attitude quelque peu surprenante.

Ensuite, l’objectif du documentaire n’est pas de proposer une exploration de la signification profonde de Calvin & Hobbes et encore moins, et là j’exprime ma reconnaissance, une tentative de lire le « comic strip » à travers une interprétation freudienne de l’enfance de l’auteur !6 L’objectif que Dear Mr Watterson essaie d’achever est bien simple : un hommage, un remerciement relativement bien élaboré, adressé à Watterson7. Sans plus de prétentions. Cela a évidemment dérangé certains critiques qui remarquent amèrement le peu d’originalité quant au contenu du documentaire, notant même parfois une certaine superficialité : « Il se contente d’interviewer les fans, et ils sont légions. Les célébrités, les cartoonistes, les curateurs et autres discutent leur appréciation de Calvin & Hobbes »8. Certains, de toute évidence, attendent d’un documentaire qu’il soit une réflexion critique sur l’oeuvre ou l’auteur étudié. Mais un documentaire n’a pas nécessairement ce but : il peut être informatif et didactique, ce que celui-ci est vraisemblablement !

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Cela dit, Dear Mr Watterson souffre de longueurs réelles. Les premières 10-12 minutes sont particulièrement laborieuses, notamment à cause de l’intrusion narrative du directeur Joel Allen Schroeder essayant de personnaliser quelque peu un documentaire qui était pourtant bien parti. On peut particulièrement apprécier la volonté de narrer ce documentaire plutôt que de simplement commenter sur C&H. Les premières minutes, présentant, sans les nommer, les « hommages » de plusieurs personnes alors inconnues a le mérite de focaliser notre attention sur Calvin & Hobbes et non sur les titres des personnes en question. C’est un « comic strip » pour tout le monde, pas pour les « grands » de ce monde.

Alors oui, le contenu n’est pas focalisé sur l’information, sur la nouveauté. Il est centré, il se nourrit, de la fascination et de l’amour même, que beaucoup portent encore à ce « comic strip » bien particulier. Cela pose d’ailleurs la question de savoir quel est le critère qui doit être utilisé pour « évaluer » un tel documentaire. Ce dernier ne doit pas être jugé sur son seul contenu, mais aussi sur la réalisation… car finalement, ce qui est devant nous, c’est un film documentaire et pas une biographie critique, et alors,

« quoiqu’on puisse dire des excès de ce documentaire, c’est un travail de talent : la réalisation, le montage, la photographie, la musique et les effets visuels sont tous de qualité. Si l’art de Watterson a contribué à inspirer leur talent, et celui de bien d’autres, ce serait en soi un grand héritage. »9

Bien que certains éléments si appréciables, comme la musique, d’une grande cohérence avec le sujet même du documentaire auraient pu être un peu moins omniprésents10.

Du « comic strip » à l’art

L’une des choses remarquables que ce documentaire met aussi en avant, c’est l’exceptionnelle qualité de C&H. Plusieurs remarquent par exemple la grande qualité du trait, elle aussi remarquablement unique et distinctive. D’autant plus que cette aisance dans le trait ne s’acquiert souvent qu’à force de pratique : le trait ne peut en effet être naturel que lorsqu’il dépend du personnage, que lorsqu’il naît presque littéralement du personnage dessiné. Or pour C&H, cette aisance naturelle fut trouvée presque instantanément et le trait de dessein de Watterson fut très rapidement aboutit. Cela démontre la proximité, l’intimité de Watterson et de ses personnages, surtout cette identification avec Calvin et avec Hobbes : ces derniers se comportent sous le crayon comme dans la/leur vraie vie.

Et si Watterson est parvenu a accomplir cela, c’est entre autre, comme le soulignent bien els autres cartoonistes qui lui rendent ici hommage, parce que le « comic strip » est un art. Comme le dit Watterson lui-même : « Malgré leur simplicité apparente, les possibilités expressives des comics rivalisent avec toutes les autres formes d’art » Et c’est peut-être pour cela que Calvin part dans des discussions esthétiques délirantes, démontrant l’absurdité de la distinction entre « art populaire » et l’art des élites. Au contraire, le petit garçon de six ans qui parle parfois comme un professeur de philosophie, parfois comme un manager, sert de catalyseur à la découverte du langage, de l’humour. Dans C&H, il faut chercher le sens des mots, car Watterson n’édulcore pas la difficulté des mots ; au contraire, il faut chercher leur beauté, chercher la manière dont ils jouent avec l’imagination du lecteur – voire la manière dont ils sont « travestis » par notre culture. C’est peut-être à cause de tout cela que Calvin est un grand fan de « comic strips », jusqu’à en être lui-même le héro : il est un expert sur la Ligue Thermonucléaire du Capitaine Napalm, il est aussi Spiff l’intrépide explorateur de planètes, ou encore Stupendous Man, défenseurs des libertés.

calvin-and-hobbes-on-evilMais si C&H s’apparente à une forme artistique particulièrement achevée, c’est aussi parce que la forme et le fond se rejoignent dans la subversion culturelle qu’il propose. Cela aussi a fait la force et la pérennité de l’oeuvre de Watterson. C&H est subversif, tout en étant infus d’une certaine pureté, dans son discours, dans son honnêteté. C’est peut-être pour cela aussi que cela fait de C&H un tel outil apologétique : non pas à cause de sa supposée proximité avec la foi chrétienne, mais parce que les questions posées rejoignent souvent les questions que posent la Bible elle-même. Ainsi pour la question du mal ou de l’existence de Dieu !

Enfin, l’art de C&H ne fut pas sans poser de sérieux problèmes éthiques à son créateur, notamment lorsque le succèssyndicate4 initial fit place à la possible marchandisation (franchise), ce que Watterson refusa toujours, dans des termes des plus radicaux. Mais pour préserver C&H d’une marchandisation, Watterson maintint une position radicalement ferme en s’opposant à vendre une licence pour sa création, ce qui lui aurait rapporté bien 30 millions, estiment certains experts. Pas de place ici pour résumer le débat dans les grandes lignes, car beaucoup d’autres dont le créateur des Peanuts, ont fait le choix inverse. Pas de procès d’intention ici. Pour résumer brièvement la position de Watterson :

« c’est le cartooniste de Pearls Before Swine, Stephan Pastis, qui discute avec éloquence les deux côtés de l’argument. D’une part, il comprend bien que la décision de Watterson de préserver Calvin & Hobbes des boîtes-repas est vraiment une question de contrôle. Une fois que ces personnages sont mis entre les mains d’autres designers et commerciaux, essayant d’adapter les personnages sur des emballages, la pureté du comic strip commence à se diluer. Mais, d’autre part, Pastis ne voit pas le problème avec une vraie peluche de Hobbes, ce qui permettrait naturellement à l’enfant d’adopter le même esprit imaginatif que Calvin. »11

Stephen Pastis commente aussi sur une motivation plus profonde de Watterson, celle du contrôle. Autoriser une « licence », c’est en effet une perte de contrôle, or, note Pastis, le « comic strip » est la seule forme d’art où l’auteur est au contrôle du début à la fin. Pas d’éditeur, d’agent de publication. Pas de caméraman, de directeur, de pigiste. Rien : le cartooniste, son crayon, son papier. Et dès qu’il y a une « licence »… alors il faut « faire avec » des gens qu’on n’aime pas vraiment. Tout le monde veut que Hobbes ait : un sourire, qu’il soit allongé au soleil, couché sous un arbre, etc. Le cartooniste n’est plus seul maître à bord.

Cette volonté de ne pas perdre le contrôle, Watterson en a lui aussi parlé : « Calvin & Hobbes a été conçu pour être un « comic strip » et c’est tout ce que je veux qu’il soit. C’est le seul endroit où tout fonctionne comme je le veux. » D’ailleurs lorsque le père de Calvin lui dit : « Le problème c’est que tu vois tout en noir et blanc » et que Calvin répond : « Parfois les choses c’est vraiment noir ou blanc », ne retrouvons-nous pas ce même débat sur le refus de « licence » ? Certainement Watterson est un homme de principe, et il voulait maîtriser ses principes, du début à la fin. Mais n’est-ce pas cela qui a contribué à pérenniser C&H ?

Le regard de l’enfant qu’il ne faut pas avoir

C’est cela, et c’est Calvin. Le petit garçon qu’il ne faut pas avoir. Calvin & Hobbes, le « comic strip » qu’il ne faut pas laisser lire aux enfants. Voici une question entre le dilemme éthique et la question métaphysique ! Ou alors il faut être prêt à assumer : avoir un enfant critique, conscient, responsable et en même temps, complètement submergé par sa propre imagination. Calvin a six ans, c’est un petit garçon très intelligent – malgré un système éducatif inapproprié – et possède une imagination… exubérante. C’est un enfant avec un désir intense de vivre. Et puis il y a Hobbes, son meilleur ami, le tigre en peluche qui, pour Calvin seul, est vivant et avec lequel il entretient les plus exceptionnelles conversations : du non-sens à la conversation métaphysique, passant de l’un à l’autre sans aucune hésitation.

calvin-hobbes_onlifexxCalvin & Hobbes, pour ceux qui ne connaîtraient pas encore, c’est… peut-on vraiment le résumer ?On ne peut pas vraiment le résumer : il faut le lire. Car C&H, il faut le lire. C’est un coup d’oeil jeté dans la vie des personnages, de leur personnalité, de leur vie, de leur culture. C’est ce qui explique en partie l’impact que ce « comic strip » a eu sur la culture américaine, et sur bien d’autres. C’est la représentation de la condition humain vu à travers les yeux d’un enfant de six ans qui essaie de verbaliser le tragique de la société contemporaine. Et comme il n’a que six ans, nous tombons souvent dans le non sens satirique. Et nous y prenons plaisir !

L’un des éléments qui explique la persistance de l’influence de Calvin & Hobbes, c’est en partie le regard critique que CalvinHobbesCalvin porte sur la société et la condition humaine. Toutes les grandes questions existentielles s’y trouvent abordées, parfois d’un ton cynique (comme l’attitude de Calvin envers l’art par exemple, et en particulier envers l’art postmoderne), parfois d’un ton dramatique peu fréquent (les thèmes de la mort et de l’abandon), ou d’un ton humoristique caractéristique de Watterson, enfin, de Calvin, pour un certain nombre de questions sociétales (comme l’écologie).

Toutes ces questions, Watterson les aborde, se laissant même interroger par sa surprenante création. Si Calvin est le petit garçon qu’il ne faut pas avoir, c’est parce qu’il est toujours dangereux d’avoir un vis-à-vis honnête et subversif : il pourrait bien vous entraîner à sa suite, et ainsi, contribuer à faire naitre une alternative aux sérieuses dérives de nos sociétés.

Du comic à la féérie

Et pour conclure, il est impossible de ne pas comparer C&H à la féérie. Car de temps en temps, dans le monde de Calvin, la réalité fait son intrusion momentanée et disparaît aussitôt ! Ce n’est pas un monde imaginaire qui s’introduit dans notre réalité de temps à autre, mais précisément l’inverse ! Le « salon des professeurs » : une cave infecte et une odeur pestilentielle, la salle de classe, une ère préhistorique ou un espace vide qui ne demande que l’apparition d’un créateur. La réalité elle-même est le lieu du féérique, comme Chesterton le pensai déjà et comme Tolkien le rappelait. C’est le rapport continuel du féérique et du réel, non pas comme l’un opposé, confronté à l’autre, mais les deux se nourrissant l’un de l’autre. C’est le Mooreeffoc chestertonien.

Par le conte de fées, par la féérie, par « l’imagination ordinaire », nous retrouvons une vue claire du monde, disait Tolkien. N’est-ce pas aussi ce que fait C&H ? Le recouvrement d’une vue claire, pure, sur le monde. Nous pourrions même voir l’imagination chestertonienne dans l’occupation des quatre cases du « comic strip ». La manière dont Calvin et Hobbes prennent place, avec tous les autres personnages, de Susie à Moe, dans cet espace limité transcende littéralement l’espace restreint pour marquer profondément notre ordinaire.

calvin-and-hobbes-religion-2Et là, soudain, l’imagination de Calvin donne vie à notre imagination faisant de l’appropriation personnelle de l’imagination une vie renouvelée. Ce ci est finalement assez proche de ce que Newman appelait le « sens illatif » (appréhension des choses par le sens imaginatif) qui conduit droit vers l’assentiment réel que Newman applique à la foi mais que nous pourrions aussi appliquer à l’existence du monde imaginaire de Calvin. Nous pourrions aussi dire que dans l’intrusion du réel nous sommes en présence de la cohérence interne si chère à Tolkien pour qui une féérie était jugée, non pas à l’aune de son étrangeté, mais de sa « cohérence » interne.

Tout cela donne au C&H présenté dans ce documentaire une importance qui va bien au delà de l’appréciation des uns ou des autres. La valeur et la pertinence de C&H ne doit pas être mesurée que par son influence mais aussi par le renouvellement de notre imagination, par la subversion artistique dont il témoigne. Calvin & Hobbes, Bill Watterson, c’est tout cela, et plus encore. C’est en prenant conscience de cela que ce documentaire fait de notre société un monde nouveau. Oui, le monde est nouveau aujourd’hui, nous pouvons sortir, le découvrir.

« Allons l’explorer ! »

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Notes :

1 Brent Simon, annihile Dear Mr Watterson en quelques mots qu’il pense bien pesés : « The movie provides such scant biographical details as to render it almost completely ridiculous. » Brent Simon, « Dear Mr. Watterson: An Exploration of Calvin & Hobbes », Shared Darkness, http://shareddarkness.com, accédé le 10 décembre 2013.

2 Nicolas Rapold, « The Genius Behind the Subversive Squiggles », The New York Times, http://www.nytimes.com, accédé le 10 décembre 2013.

3 L’oncle de Calvin, Max, n’est-il pas une incarnation de Bill Watterson lorsqu’il remarque, pensif : « Parfois j’ai l’impression que tous mes amis étaient imaginaires » ?

4 « Our Interview with Bill Watterson! », Mental_Floss, http://mentalfloss.com, accédé le 10 décembre 2013.

5 Bill Watterson, « The Autobiography of Bill Watterson », BlogSizer, http://ignatz.brinkster.net/cautobio.html, accédé le 10 décembre 2013.

6 Pour ne pas paraître trop négatif par rapport à la psychologie, faisons référence ici à un article intéressant regardant à l’imagination de C&H sous un angle lacanien. Philip Sandifer, « When Real Things Happen to Imaginary Tigers », Interdisciplinary Comic Studies, http://www.english.ufl.edu/imagetext/archives/v3_3/sandifer, accédé le 10 décembre 2013.

7 Ainsi : « But the 90-minute documentary doesn’t pretend to be anything more than it is: a love letter to a great comic, providing a digestible version of its history with an eye to its legacy. ». Kevin Jagernauth, « ‘Dear Mr. Watterson’ A Breezy Walk Through The Mostly Well Known History Of ‘Calvin And Hobbes’ » The Playlist, http://blogs.indiewire.com/theplaylist, accédé le 10 décembre 2013.

8 Chris Knight, « The Calvin & Hobbes scribe’s eye for the tiger gets a close look in heartwarming documentary », National Post, http://arts.nationalpost.com, accédé le 10 décembre 2013.

9 Franck Lovece, « Film Review: Dear Mr. Watterson », Film Journal International, http://www.filmjournal.com, accédé le 10 décembre 2013.

10 La musique de We Were Pirates est ainsi un peu envahissante, http://www.wewerepiratesmusic.com.

11 Jagernauth, « ‘Dear Mr. Watterson’ A Breezy Walk Through The Mostly Well Known History Of ‘Calvin And Hobbes’ »

Kazuchika Kise, « Ghost in the Shell: Arise — Ghost Whispers », Production I.G, 30 novembre 2013

Après une recension finalement assez positive du premier épisode de Ghost in the Shell: Arise, un petit mot, beaucoup plus court sur le deuxième épisode (« Border ») de cette préquelle de GiS. Les différences avec les opus précédents sont plus clairs, en tous cas pour ce qui est de la disproportion entre les éléments d’action et les éléments réflexifs. Dans « Ghost Whisper », place à l’action !

Un peu trop même. Ne soyons quand même pas trop négatifs. Car un point joue en faveur de « Ghost Whisper », et non, ce n’est pas l’intrigue elle-même qui, bien que sans être originale, est cependant bien menée. Mais le « plus » réel, c’est la manière dont la future équipe de la « Sécurité Publique – Section 9 » est introduite. Si le jeune Togusa a été présenté dans le premier épisode et ne réapparaît pas ici, ce sont bien les autres, Ishikawa et Saito notamment, qui font leur entrée. Ils sont accompagnés de Batou, déjà vu dans « Ghost Pain ». Tous, à une rare exception, sont d’abord du côté opposé au Major et à la future Section 9. Surprise donc pour savoir comment l’intrigue principale conduira à la création de la Section 9. Pour certains, cela suffirait même à faire oublier qu’il y a une vraie histoire, intrigue derrière « Ghost Whisper ». Mais l’absence de réelle originalité laisse toute la place à la construction des personnages.

Enfin, un élément intéressant, quoique marginal, est le moyen de pression utilisé par ce ni-ème terroriste : les moyens de transport. Dans les 10 dernières années, ces derniers ont été la cible souvent privilégiée du terrorisme international (et sans donner d’exemples encore sensibles). Ici, c’est le moyen de transport le plus banal qui est pris en otage : la voiture. Dans un monde entièrement régit par des intelligences artificielles présidant au contrôle autoroutier, etc., il était relativement facile d’imaginer une situation dans laquelle les voitures ne seraient pas bloquées comme dans un « bouchon » sur l’autoroute mais précisément l’inverse : elles ne s’arrêteraient pas !  Qu’aurait bien dit Jacques Ellul, dans sa critique prophétique de la Technique, d’un tel cas de figure ?

Pour le reste, « Ghost Whisper » est certainement bien fait mais manque cruellement d’originalité. Seule exception : l’ébauche de la future relation, jamais vraiment explorée auparavant, entre le Major et les Tachikomas (ici Logicomas), les robots pensants de la section 9 qui bientôt acquerront une âme (« ghost »). En dehors de cela, nous restons avec un bon Ghost in the Shell, tout en espérant que le prochain épisode prévu pour juin 2014 sera plus proche du premier épisode de Arise que de ce deuxième.

Kazuchika Kise, « Ghost in the Shell: Arise — Ghost Pain », Production I.G, 22 juin 2013

Depuis presque 20 ans, la franchise de Mamoru Oshii règne sur le cyberpungk des anime. Du premier long métrage en 1995 aux deux séries Ghost in the Shell: Stand Alone Complex, l’exploration de la nature humaine, de l’individuation des êtres artificiels, mais aussi des questions telles que l’identité, la mémoire et les souvenirs, étaient au centre du monde de Ghost in the Shell. Sans parler des intrigues politiques brillamment menées, particulièrement dans la 2nd GIG (2e saison). Après l’excellent Solid State Society (2006) — mettant en avant l’émergence d’une conscience collective artificielle fusionnant avec le système social (d’où le « solid state ») — beaucoup attendaient la suite.

Elle s’est faite attendre. Un peu plus de six ans. L’année 2013 a vu sortir les deux premiers OVA, sur quatre annoncés, du nouveau Ghost in the Shell: Arise. Dès son annonce, beaucoup ont craint qu’une « préquelle » ne soit une erreur. La crainte principale était que GiS ne se transforme en un anime pour adolescent : de l’action et des effets spéciaux, mais pas de contenu. Cette crainte n’était finalement pas justifiée, mais qui était sérieusement inquiet ? Que Oshii puisse vendre son chef d’oeuvre pour se rabaisser au niveau d’autres anime de moindre qualité aurait été pour le moins aberrant.

Cette nouvelle série prend un format différent : 4 OVA d’une heure, appelés « Borders » (frontière). La première partie, « Ghost Pain » pose donc les premiers jalons de ces quatre nouvelles heures. Pour ceux qui attendaient de Arise qu’il se présente comme un simple récit du passé des personnages principaux de GiS comme le Major ou Aramaki, première déception : il n’y a pas de linéarité chronologique claire entre Arise  et, par exemple, Stand Alone Complex. La linéarité est plutôt symbolique et thématique, ce qui donne une certaine cohérence d’ensemble, en tous cas, une certaine cohérence à ce premier épisode.

Car « Ghost Pain » est bien un classique GiS : visuel finalement assez épuré comparé à d’autre anime ou oeuvres d’anticipation. Il y a aussi le cyberpunk, l’intrigue, les questions « habituelles » de cet univers. Et enfin, une autre caractéristique de GiS : il y a toujours plus que vous ne pouvez comprendre la première fois. Ce sera probablement la même chose ici.

Dans ce « Border » nous faisons les premiers pas vers la formation de l’équipe que nous connaissons des autres opus de GiS. Mais surprise, l’un des personnages principaux n’occupe pas vraiment la place que nous lui connaissons. Batou, le cyborg aux yeux de ranger, apparaît la première fois comme un adversaire. Un adversaire, ou plutôt même un « concurrent » dont on ne sais pas trop quoi faire. Vraisemblablement, il faut attendre la suite pour savoir comment cette opposition initiale se transformera en coopération, pour dire le moins.

Sans révéler l’intrigue, au cas où certains souhaiteraient voir cet épisode de Arise, quelques points cependant. On ne peut pas vraiment dire que « Ghost Pain » ajoute vraiment à ce que les autres séries avaient exploré. C’est peut-être d’ailleurs le plus grand défi de cette « préquelle » : poursuivre la philosophie de Ghost in the Shell. Une chose intéressante, soulignée plus qu’ailleurs auparavant (il me semble), c’est là manière dont le « subconscient » lutte contre les piratage de la conscience (« ghost hacking« ) et essaie de séparer le réel de la mémoire, et la mémoire implantée de la mémoire réelle. Mais dans quelques minutes de « Ghost Pain », nous voyons aussi la souffrance et l »isolation d’un individu confronté à l’impossibilité de distinguer mémoire réelle de mémoire implantée. Lorsqu’il n’y a plus de frontières, l’individu est seul, sans même savoir s’il est vraiment seul.

Nous rencontrons aussi le Major sous un nouveau jour. Nous la connaissions bien : une des meilleurs « hacker », distante et cependant en lutte avec les mêmes questions centrales au monde de Ghost in the Shell. Mais en somme, un personnage fort, presque sans limite. Ici, nous retrouvons un personnage qui avait été évoqué au cours de la 2e saison de Stand Alone Complex : en proie à certaines faiblesses, victime de ses propres erreurs. Dans « Ghost Pain », c’est aussi la manière dont le Major fait face à ses faiblesses qui construit sa personnalité.

Enfin, le point le plus positif, qui fait l’attrait principal de Arise semble être (en tous cas si les autres épisodes sont semblables à ce premier) la personnalité du Major, explorée d’une manière assez inattendue : d’une manière beaucoup plus personnelle qu’auparavant. La psychologie du Major sera peut-être même, qui sait ?, l’un des objets principaux de Arise. Du côté des points négatifs, le plus décevant est sans nul doute l’absence de réflexion philosophique. Cela peut être dû à un certain essoufflement de GiS, à une différence dans la direction de la série, ou au rythme nécessairement plus rapide d’un OVA que d’une série comme Stand Alone Complex.

Quoiqu’il en soit, pour ceux qui attendaient Arise pour poursuivre, par exemple, leur exploration apologétique du monde de Ghost in the Shell, alors la déception est perceptible. Personnellement, c’est en partie ce qui faisait l’attrait de GiS : pouvoir s’appuyer sur cette anticipation pour avoir une parole prophétique dans un monde post-humain déjà entrain de se construire. Le monde de GiS rejoint de plus certaines grandes questions bibliques : l’identité personnelle, notre lien avec une conscience transcendante (Dieu), ou encore la question de la mémoire (et donc de la connaissance, donc, de l’épistémologie). Pour aller plus loin, il n’y a guère de chance que Arise nous soit bien utile, malheureusement.

Alors, succès ? Cela dépend un peu de ce qu’on en attendait. La tentation c’est certainement de toujours espérer le « plus », le spectaculaire, car Ghost in the Shell nous y a habitués. Ici, pas de spectaculaire, mais une valeur solide qui réussi donc à remplir son premier but : construire sur les acquis de GiS. Bien sûr, maintenir cet intérêt et cette qualité sera un bien grand défi. On ne peut qu’attendre le 2e épisode pour confirmation. Cependant, « Ghost Pain » aura probablement servit à calmer les sceptiques, si ce n’est à apaiser les plus récalcitrants.

Louange prophétique

 

Apprenez la gestuelle, retenez quelques bribes de paroles de louange spontanées(!), et lancez-vous.  Vous êtes au coeur de la louange contemporaine : l’habitude. Car ce ne sont pas les chants eux-mêmes qui sont en cause, mais le coeur, et c’est probablement là où cette parodie fait le plus mal. Première impression : la parodie des chants est bien trouvée. Nous écoutons, sourions devant une bonne parodie … et d’un coup quelque chose d’autre nous frappe. Deuxième impression : la parodie du coeur humain fait encore plus mal parce qu’elle met dans le mille. Nous faisons semblant !

Nous chantons des paroles que nous ne suivons pas, voire ne voulons pas comprendre. Nous faisons semblant parce que nous aimons cela. Nous faisons comme tout le monde car nous voulons être plus spirituels. Nous voulons être prophétiques car nous voulons être sur le devant de la scène. Nous forçons nos émotions car si nous ne le faisions, pas nous n’aurions pas l’illusion d’avoir une saine adoration. Et nous nous sentons bien dans la louange car ce que nous recherchons finalement, c’est nous-mêmes.

Le tout sur une mélodie parfois plus que sommaire.

La louange automatique invite à l’apparence d’une vie chrétienne forte et intime avec Dieu. Mais elle invite à n’être que cela : une apparence, un ersatz de vie chrétienne qui fait bonne impression. Il y un nom auquel cela devrait de suite nous faire penser :

Pharisiens.

Ou, en paraphrasant Moïse : « eh bien ! en voilà une église à la nuque raide ! » (Exode 32.8) Nous adorons notre louange : nous en faisons notre idole. J’exalte mes chants, j’adore ma spiritualité. Et encore une fois :

Pharisiens.

Nous faisons trop souvent semblant d’adorer … quelle que soit notre origine ecclésiale. Se tourner vers les prophètes est un moyen radical de remettre les choses en perspective. L’adoration , la louange prophétique, c’est celle à laquelle nous appelle le prophète Amos (5:23-24):

23 Eloigne de moi le braillement de tes chants !

Je n’écoute pas le son de tes groupes de louange ;

24 mais que l’équité coule comme de l’eau,

et la justice comme un torrent intarissable.

Nous avons tous notre tradition musicale et de louange. Pour les uns ce sera les « glorieux cantiques du passé » et pour d’autres les « louanges prophétiques ». Pour les uns, ce sera le culte avec « instruments traditionnels », pour d’autres le culte « de louange ». Dans tous les cas, nous adorons notre louange. Nous nous adorons nous-mêmes …

Ce que Dieu désire ce ne sont pas les sacrifices, mais l’adoration d’un coeur entier et sincère. Le coeur de l’adoration ce n’est pas la répétition des chants de louange, pas plus que ce n’est le choix des « meilleurs » chants de louange. Ce n’est pas non plus nos « cultes de louange », expression en fin de compte bien contradictoire.

Le coeur de l’adoration chrétienne, c’est un engagement sincère et total à suivre Christ et à rendre gloire à Dieu, Père, Fils et Esprit, pour le don de sa grâce, la communion du Saint Esprit, et l’union en Christ.  Le coeur de l’adoration chrétienne, c’est une vie qui témoigne dans les chants, mais surtout dans les paroles et dans les actes de la grâce que Christ nous offre et que nous lui donnons entièrement en retour, en foi, amour et obéissance.

Cor meum tibi offero, Domine, prompte et sincere

Je t’offre mon coeur , Seigneur, promptement et sincèrement

L’acteur Roland Giraud parle de la Bible

« Le comédien Roland Giraud est un fidèle lecteur de la Bible. A l’occasion de la sortie de ZeBible, la Bible destinée aux jeunes de 15 à 25 ans, il témoigne de la façon dont ce livre nourrit sa foi et sa vie de tous les jours. ZeBible est un projet œcuménique conduit par l’Alliance biblique française qui met en dialogue une nouvelle édition de la Bible avec un site internet où les jeunes peuvent partager leurs questions et leurs découvertes : http://www.zebible.com. ZeBible est publiée par les éditions Bibli’O. »

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Voir le projet ZeBible (http://www.zebible.com) qui a pour objectif  « de permettre aux jeunes de lire la Bible et de mieux la comprendre. Sa principale espérance est de parvenir à introduire les jeunes dans une communauté de lecteurs de la Bible. »