Introduire un débat

Après quelques « conversations » apologétiques ces dernières années, après avoir participé à quelques discussions dans des contextes plus ou moins officiels … je voulais simplement dans plusieurs posts partager quelques remarques que je crois importantes pour tous ceux qui se « lancent » dans l’apologétique.

Et encore plus pour ceux qui souhaitent le faire de manière publique, comme par exemple avec des soirées débats organisés par vos églises ou d’autres associations. Quelques remarques donc …

1) « Il faut rire, parfois »

Comment commencer un soirée discussion, débat, dialogue apologétique ? Par une petite histoire ou une petite blague bien placée ! Et oui, après tout, cela ne va-t-il pas détendre l’atmosphère ?

Euh … Ne faites pas trop de blagues.
Oui, je sais, il faut faire cool, détendu, il ne faut pas se prendre la tête. Alors on y va a coup de petites blagues, de jeux de mots sans importance. Peut-être même cherche-t-on ainsi, sans le dire (parce qu’il faut donner l’impression « d’assurer » !), à masquer son appréhension et anxiété

Mais, non, vraiment, ne faites pas trop de blagues.
Rappelez-vous bien que si vous, chrétiens, regardez ces vidéos, ou venez à ces conférences-débats, pour être renforcés dans votre conviction au sujet de la vérité de la foi chrétienne, d’autres viennent par pu intérêt pour le sujet.

Vos amis non chrétiens, ou des personnes tout à fait inconnues, ne viennent pas premièrement pour les bonnes (souvent moins bonnes) blagues qui jalonneront une soirée sur un sujet pourtant important. N’oubliez pas à ce sujet que plus vous ferez de petites blagues, moins le sujet apparaîtra comme ayant une vraie importance. Le résultat ? Pour certains la soirée aura été un échange sympa de « points de vue », mais jamais vous ne les aurez conduits à prendre votre vision du monde au sérieux, parce que vous-mêmes n’en donnez pas l’impression.

A ce sujet, ne faites pas trop de références personnelles, même en introduisant la soirée. Pourquoi ? Ceux qui vous connaissent se sentiront à l’aise. Ceux qui vous sont étrangers risquent de se sentir encore un peu plus aliénés par une attitude parfois trop désinvolte. En fin de compte la première leçon de l’apologète c’est ceci : il doit se faire tout pour tous. Et donc, il doit toujours rechercher un certain équilibre même lorsqu’il essaie de « faire cool » … ou quelque soit l’expression équivalente ces derniers temps.

Donc, quelques petits mots bien placés, oui. Des blagues (fréquentes) sans intérêt, non.

2) Ne pas être caricatural … c’est quand même as compliqué !

Après les quelques blagues introductives de 15 minutes, voici le moment de présenter le sujet. Et là … alors là … le moment de la caricature est arrivé ! Et oui, il est bien difficile de présenter un sujet parfois difficile tout en ayant l’air de savoir de quoi on parle. Et force est de constater que nous ne pouvons pas tout savoir. Normal !

Malheureusement trop souvent nous présentons de tels sujet en faisant des approximations qui desserviront peut-être la présentation chrétienne.

Exemple : imaginez que le débat organisé a comme thème « Réincarnation ou résurrection ». Jusque là tout va bien : à part que le sujet est un peu en dehors de vos thèmes de prédilection et malheureusement il vous revient d’introduire la soirée. Et là, manque de préparation ou confusion, vous sortez : « Pour le bouddhisme, ou l’hindouisme, car les deux sont presque pareils, la notion de réincarnation est importante » … et là, problème.

Vous avez trop caricaturé et vous avez discrédité le sérieux de l’apologétique chrétienne.
Non, le bouddhisme et l’hindouisme ce n’est pas la même chose.
Non, le bouddhisme n’affirme pas la réincarnation, mais une « renaissance ».
Et non, réincarnation et renaissance ce n’est pas la même chose !

Car en fin de compte est-il beaucoup plus difficile de dire : « Même si les concepts de réincarnation et de renaissance ne sont pas identiques, ils sont assez proches pour que nous les considérions ensemble comme bien distinct de la notion chrétienne de résurrection » … que de dire « La réincarnation et la renaissance sont identiques ». Alors, oui, la 1e phrase est plus longue. Mais est-ce vraiment plus compliqué ?

Est-il plus compliqué de dire « Pour nous le bouddhisme et l’hindouisme sont souvent identiques, et malgré leurs grandes différences » … que de dire « Le bouddhisme et l’hindouisme sont identiques » ?

Donc, pas de caricatures inutiles et gratuites. Vous risquez encore de discréditer le discours apologétique.

3) Utilisez des mots connus, pas des concepts imperméables à tous ceux qui n’ont pas (i) grandi dans l’église, (ii) fait de la théologie, (iii) ou les camps GBUs.

Exemple : « Les non chrétiens ne peuvent rien savoir avec certitude car ils n’ont pas la révélation ». Alors dans le cadre d’un cours sur l’Ancien Testament, d’un cours de dogmatique, pourquoi pas. Allez, même dans une étude biblique ! Mais dans un débat apologétique ? Je ne suis pas convaincu de la pertinence de la référence à cette expression, sauf si le sujet porte sur le fondement de l’épistémologie. Mais sinon … à voir.

Déjà, parler trop souvent des « non chrétiens » comme s’ils n’étaient pas dans la salle, au milieu de vous, est un peu limite. Vous vous adressez à des personnes quand même !, de vraies personnes qui sont là, en face de vous ! Levez les yeux de vos notes, arrêtez de penser à ce débat comme une bonne occasion de montrer que vous avez raison. Levez les yeux de vos notes et vous les verrez … et vous pouvez leur dire « vous » comme à des personnes et pas seulement faire références à des « non chrétiens » comme si ils n’existaient pas !

Et puisque ceux sont à eux premièrement que vous parlez … je suis bien certain que la phrase précédente ne les a pas touchés le moins du monde. Pourquoi ?

– premièrement elle est mise en avant sans aucune explication, ni justification ;

– deuxièmement, elle est incompréhensible !
Oui, réfléchissez-y. Révélation … ?
Pour beaucoup ça va faire un peu mystique tout ça. Vous avez eu des « révélations divines vous ? » Hum … mais bien sûr ! Ne pas avoir de « révélations divines » serait je pense pour certains un signe de bien être psychologique. Pourquoi ? Parce que cette expression peut être comprise de la manière suivante : « entendre des voix ».

Donc, préparez vous bien. Pesez chaque mot afin que vous soyez bien compris. N’hésitez pas à répéter de différentes manières une même idée …

(Conclusion)

… et surtout, surtout, n’oubliez jamais que vous parlez à des personnes. Ils (et elles) ont pris du temps pour venir à cette soirée. Ils auraient pu rester plantés devant le dernier programme TV, bosser leurs cours, ou sortir prendre un verre avec d’autres amis.

Mais, ils ont choisi d’être confrontés à une question importante qui les mettra peut-être face à la bonne nouvelle de Christ. Ne sacrifiez donc pas cette bonne nouvelle à cause d’une bague de trop, d’une caricature ridicule, ou d’un mot incompréhensible.