La liberté artistique et la culture du doute : Peter Jackson, « La bataille des cinq armées », New Line, 2014.

c74b4440dbfc5cadd079d4732d5b1538Il me restait à écrire ma propre recension du dernier « Hobbit », La bataille des cinq armées. Et certains n’ont pas manqué de me demander mon avis. Un mois a passé. Un mois nécessaire pour que retombe un peu l’émotion (souvent négative) suscitée par cette dernière sortie. En fait d’avis personnel, je ne ferais que deux remarques. Tout a été dit, surtout le plus mauvais, à propos de la dernière trilogie de Jackson. Il aurait assassiné, défiguré, trahit, l’oeuvre de Tolkien. L’un des rares parmi les « tolkienistes », je ne suis pas d’accord, et ne reviendrais pas là-dessus. Par contre je dirai les deux choses suivantes :

1. Une création, pas une traduction

Les pourfendeurs jacksoniens le font toujours au nom du respect du texte de Tolkien

Ce faisant ils se font les seuls possesseurs d’une tradition littéraire. Je suis fier de dire que, pour moi, Tolkien appartient à tout le monde et à personne, surtout pas au Tolkien Estate, même si légalement c’est malheureusement le cas. Malheureusement, la plupart des tolkienistes, beaucoup sont des amis, ne partagent manifestement pas cet avis. Il y a un tabou, un sacré à respecter et tous ceux qui s’éloignent de l’interprétation « officielle » de l’oeuvre de Tolkien sont des traîtres. De mon côté, je ne suis pas un pharisien littéraire : j’ai apprécié ces films et ne m’en cache pas.

La raison principale au rejet des œuvres cinématographiques de Jackson, ce n’est pas sa vision personnelle, etc., mais une confusion au niveau de ce qu’est une adaptation cinématographique. Un film, basé sur un livre, est le plus souvent et à tort considéré comme une traduction. Un film aurait comme objectif d’être la traduction la plus fidèle possible (de type littérale ou « équivalence dynamique ») du livre. C’est là que se trouve l’erreur principale. Une œuvre cinématographique est une « nouvelle création »… pas une traduction ! Et si nous oublions cette simple distinction, alors oui, nous pourfendrons les « traduction visuelles » jugées pas tout à fait assez fidèles.

2. Le règne de l’argent…

« Pourquoi faire trois films au lieu de deux ? »

La question est en forme de critique.

Pour faire de l’argent bien sûr.

La réponse est en forme de reproche.

Alors je ne redirais même pas qu’un réalisateur a bien le droit de faire trois films au lieu de deux, simplement parce qu’il veut le faire – n’en déplaise à ceux qui auront toujours quelque chose à y redire. C’est un choix qui fait partie de la liberté artistique. Quant à la remise en cause de la motivation derrière ce choix, il est presque fatiguant de l’entendre répétée depuis presque trois ans. Jackson veut s’en mettre plein les poches, c’est pour cela qu’il a voulu faire trois fils et non deux ! Malgré les efforts répétés de Jackson pour démontrer son attachement à l’oeuvre de Tolkien, qu’il connaît très bien et aime profondément, certains n’ont de cesse de douter de cette motivation.

Non… certainement Jackson a d’autres motivations, bassement financières ! Cette culture du cynisme, dans laquelle nous pensons toujours discerner une double motivation, innommable et honteuse, est une culture du doute radical. Le problème, c’est que si je dois douter de la motivation de Jackson, je dois aussi douter des motivations de tous les autres « adeptes », professionnels ou non, de Tolkien. Celui qui écrit le dernier bouquin sur Tolkien, surtout s’il se vend bien, a aussi des motivations financières ! Et le plus ordinaire des « fans » de Tolkien, quelles raisons ai-je de lui faire plus confiance à lui, qu’à Jackson ? Aucune. Si nous voulons le cynisme radical, nous devons le vivre. Mais je n’y suis pas prêt. Ainsi, j’écouterais ce que dit Jackson et lui donnerais toujours le bénéfice du doute, parce que c’est l’attitude que je me dois d’avoir envers tous. D’autant plus que c’est un peu ce que ma foi m’enseigne : faire preuve de discernement sans être un cynique invertébré – ou est-ce invétéré ?

Quant à dire que Jackson est là « pour le fric » à la différence du Tolkien Estate, c’est se mettre les murs de Minas Tirith devant les yeux. La trilogie du Hobbit fait du fric comme la publication du The Children of Húrin a fait du fric – d’autant plus que ce dernier ouvrage était relativement inutile ! Le Tolkien Estate n’a d’ailleurs pas mis de côté les « quelques » centaines de millions reçus en revenus après la production des films basés sur l’oeuvre de Tolkien. N’en déplaise à Christopher Tolkien qui a était assez viscéral à l’encontre de Jackson, mais lorsqu’on en est arrivé à ce point d’amertume et d’acidité épistolaire, lorsque voir des films comme ceux de Jackson fait mal à ce point, on n’accepte pas de l’argent de la part des maisons de productions. Le Tolkien Estate ne s’est pas privé d ces millions… Christopher Tolkien, Peter Jackson, Allen & Unwin, New Line… tous ont « fait du fric », et je ne vois pas de distinction de principe entre eux. Ils ont produit des « artefacts culturels » en lien avec l’oeuvre de J. R. R. Tolkien, et ils en ont reçu salaire.

There, and back again

Enfin, je me refuserais à comparer les efforts de Christopher Tolkien et ceux de Peter Jackson. Les deux ont fait connaître l’oeuvre de J. R. R. Tolkien – bien qu’à des niveaux différents. Je suis reconnaissant, vraiment reconnaissant, du travail et des efforts de Jackson et de toutes ses équipes depuis l’idée première qui a émergé concernant le scénario de La communauté de l’anneau. Jackson a fait connaître Tolkien, et c’est tant mieux. Nous devons bien admettre que sans Jackson, beaucoup ne connaîtraient pas Tolkien. Je me souviens encore de ce qu’était le rayon « Tolkien » (et fantasy an sens large) à la Librairie de Provence en 1999. Une petite étagère seulement pour tout le genre de la fantasy, et encore avec quelques trous ici ou là. Un employé à temps partiel (si ma mémoire est bonne), et assez peu de ventes. Quatre ans passèrent… La fantasy dans cette même librairie couvre maintenant un demi étage et plusieurs employés s’occupent des rayons. Certains sont même plus que qualifiés et sont de très bon conseil… Et cela grâce aux efforts du Tolkien Estate.

Non. Tout cela grâce à Peter Jackson et tous ceux qui ont contribué à la réalisation des six films de la Terre du milieu. Celle-ci vit dans les livres de Tolkien, et elle vit aussi dans les films de Jackson. Et c’est tant mieux.

Tolkien, Bard of the Bible

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And in moments of exaltation we may call on all created things to join in our chorus, speaking on their behalf, as is done in Psalm 148, and in The Song of the Three Children in Daniel II. PRAISE THE LORD … all mountains and hills, all orchards and forests, all things that creep and birds on the wing.

J.R.R. Tolkien, Letter to Camilla Unwin, Letters, p. 400.

Introduction : Tolkien reader of the Bible

The Bible stands as a particular influence on Tolkien’s life and work. This conclusion has been well documented, even at the outset of Tolkien studies, and few scholars would now question the finely woven biblical tapestry of the Middle-earth corpus. Randel Helms pointed out, as early as 1981, in Tolkien and the Silmarils, the numerous parallels one could make between Tolkien’s work and the biblical narratives.1 Christina Ganong Walton concluded, in her article ‘Tolkien and the Bible’, that ‘Tolkien was familiar with the Bible in all its aspects because of his religious devotion and his work as a philologist’.2 Others have also indicated extra-Biblical influence, including Mesopotamian mythology, thus reinforcing the centrality of biblical patterns in Middle-earth.3 However, the reader must be careful not to be carried away by mere parallelisms, symbolism and other biblical reminiscences and must resist the temptation to create a Middle-earth analogical to the Bible. Verlyn Flieger helpfully provided a corrective against such theological over-enthusiasm in several of her own commentaries on Tolkien.4

The question of the precise influence the Bible exerted on Tolkien is, however, still an open question, but apart from this issue, one can also ask Tolkien if the Bible stood as having a personal specific role. For example, apart from the superficial biblical influence on, and reminiscence in, Tolkien’s corpus, Tolkien scholars can also explore Tolkien’s reading of the Bible. Such is the subject of this brief article. Tolkien was indeed a reader of the Bible, referring several times to key biblical pericopes and this reading was distilled in his imagination, infusing biblical imagery and typology in the most extraordinary and natural manner. Tolkien did not balk at giving spiritual admonitions when needed, but on the rarest occasions and only to those considered to be part of the close family. That, however, is not significant enough to posit any relevant conclusions on Tolkien’s reading of the Bible. Indeed, one should not expect a middle twentieth-century English Roman Catholic to expand on his own feelings about one or other biblical verse. Furthermore, quoting from the Bible does not indicate any specific views on the sacred text. For that, one might turn to the field of exegesis and interpretation.

Turning to a more relevant question, some might ask, given Tolkien’s own convictions about language and translation, which Bible translation was Tolkien personally favouring.5 Unfortunately, to this question, there is no definite answer, even though one might venture a few guesses—but nothing more. Some, of course, would picture Tolkien reading from a Bible translation in old Norse, Welch, or any other language which he knew so well. Though Tolkien reading the Bible in foreign translations is far fetched, he most likely could read the texts in Latin, that is, in Jerome’s Vulgate translation. Tolkien could also have chosen one of the English Bible, among others, until the publication of the Jerusalem Bible, the Douay-Rheims or even the Wycliffe Bible. There is no doubt that Tolkien had a personal knowledge of these three translations. As for the Jerusalem Bible, we will make further comments in the later part of this article. The Douay-Rheims was the ‘official’ Catholic Bible in use in Britain during the late nineteenth and early twentieth-century.6 As such, it is indeed plausible that Tolkien had to use the Douay-Rheims at St. Alosyus’s Church, one of the Oratorian-founded church in Oxford.7 Finally, even though Tolkien could have labelled the Wycliffe Bible a ‘Protestant Bible’, he certainly had come across this translation, if only in his studies of Chaucer and other writers of the same period.

If Tolkien had a solid interaction with, and knowledge of, English Bibles, one can also picture Tolkien reading directly from the Vulgate. In support of Jerome’s Latin translation, one might stress Tolkien’s very traditional Catholicism, one he branded “Tridentine,’ and given his dislike of Vatican II’s change from a Latin Mass to a vernacular one, the option is not incongruous with Tolkien’s character. On this precise point, one could fin similarities between Chaucer and Tolkien, or rather, find similar questions in the debate about Chaucer’s priviledged choice of Bible translation. Indeed, Chaucer scholars have debated about Chaucer’s use of an English or Latin Bible. Grace Landrum, for example, argued in a classic essay, ‘Chaucer’s Use of the Vulgate’, that, on aesthetic grounds, Chaucer could never have read from a vernacular Bible. W. Meredith Thompson, Landrum’s heir in Chaucer studies, concluded that the Wycliffe Bible ‘does not produce a single clear-cut case of stylistic borrowing’ on Chaucer.8 Furthermore, aesthetic preference for language and texts would have prevented Chaucer from departing from the Vulgate Bible. Not being a Chaucer scholar, I would only point out that aesthetic motivation is not enough to discard Chaucer’s use of a vernacular Bible.9

It would be tempting to apply the following conclusion on Chaucer’s use of the Vulgate to Tolkien: ‘It is almost impossible to conceive of Geoffrey Chaucer [J. R. R. Tolkien] as feeling himself among the people in need of Wycliffe’s vernacular version. Certainly it left no impress on his style’.10 However, vernacular language always played an important, if crucial, role in Tolkien’s theory of language and mythology. Hence, one cannot imagine the Catholic traditionalist Tolkien merely content to read from the Latin, even though Latin remained for him the religious language.

Poet of the Bible

As most Tolkien scholars are aware, Tolkien was not only a Catholic believer but also a Bible translator, requested by the General Editor of the Jerusalem Bible, Father Alexander Jones of St. Joseph’s College, because of his expertise in language, philology and lexicography. Thus Tolkien became part of this formidable task of publishing a new Catholic translation in the English language. The French Bible de Jérusalem had been published as a single volume 1956 under the direction of the École biblique et archéologique française de Jérusalem. This newest French translation of the Bible was immediately considered to be the best Catholic edition to date. The success of the French Bible de Jérusalem immediately inspired Father Jones to undertake the same task for English readers. These two projects, works of a century, were encouraged by a renewed call from the Pope himself to engage in Bible translation.

In 1943, on St. Jerome’s feast, Pope Pius XII had issued an encyclical letter, Divino Afflante Spiritu, on the promotion of Biblical Studies and scholarship. This official statement from the Head of the Catholic Church encouraged Roman Catholics to faithfully continue the task of translating and interpreting the Scriptures from the original Hebrew and Greek, rather than from Latin. As he reminded Catholic scholars:

it is the honorable, though not always easy, task of students of the Bible to procure by every means that as soon as possible may be duly published by Catholics editions of the Sacred Books and of ancient versions, brought out in accordance with these standards, which, that is to say, unite the greatest reverence for the sacred text with an exact observance of all the rules of criticism.11

This papal call to the whole Catholic community, spoken by the Vicar of Christ himself, and the achievement of the French Bible de Jérusalem, resonated in Britain with particular strength. This probably explains why, the very next year after the publication of the French transaltion, Father Jones sought for English scholars to be part of a collective attempt at producing the English equivalent, the Jerusalem Bible. One well understand the appeal on Tolkien, but also the immense pressure it represented. This original and monumental task undertaken by Jones was a natural outcome of Pope Pius XII’s Divino Afflante Spiritu.

The importance of the Jerusalem Bible cannot be overestimated. First, as Dierickx noted ‘it is the first new and complete collective translation for more than 400 years’, and as such, its importance must be taken into account.12 Second, the purpose was not merely to provide English-speaking Catholic believers with a new translation, but rather to attain major translating proficiency, to create a sort of paradigm-shift in the translating process. Neither a biblical paraphrase made for the largest readership, nor a scholars’ edition accessible only to Bible exegetes, the Jerusalem Bible was meant to incorporate both modern readability and historico-theological expertise. To Father Jones this reflected the two main dangers faced by the Church: “the reduction of Christianity to the status of a relic …’ and “its rejection as a mythology.’

To achieve this noble goal, the translators were encouraged to be faithful to the original phonetic and linguistic text, both Hebrew and Greek. Particular attention was being paid to avoiding ‘foreign rhetorical quality that was the essence of the Authorized Version’.13 In fact, the Authorized Version was utterly repudiated as a model of Bible translation. To achieve this task, Father Jones turned to several key collaborators and decided to write Tolkien on January 30, 1957 to inquire about Tolkien’s interest in the project and request a sample translation. After this first step proved successful, Father Jones visited Tolkien on July 2, 1957.14

Two points that might well have been part of the discussion between the editor and Tolkien during their few and brief meetings were the two main goals of the soon-to-be English translation: aggiornamento and approfondimento. The latter was defined as ‘the need to read the Scriptures with the understanding and due sense of history they deserve’ as well as the deepening of theological thought. As to the former, aggiornamento, it is best seen as being the task of ‘translating into the language of to-day’, or literally, as a ‘bringing up to date’, expression that became the motto of John XXIII’s pontificate.15 It is crucial to underline the importance of the term aggiornamento in a pre-Vatican II context since the term will be debated during the Council and none other than Cardinal Yves Congar would be the promoter of what was seen as a progressive perspective.16

The use of aggiornamento was nonetheless contested by the more traditionalist part of the Council preferring the rival concept of ressourcement, a re-orientation of the Church along Tridentine lines. It seems that the Editor of the Jerusalem Bible decided for a more reformist approach. In fact Alexander Jones thus presented, in the foreword, the main goals of this new translation:

The translator of the Bible into a vernacular may surely consider himself free to remove the purely linguistic archaisms of that vernacular, but here his freedom ends. He may not, for example, substitute his own modern images for the old ones: the theologian and the preacher may be encouraged to do this, but not the translator. Nor must he impose his own style on the originals: this would be to suppress the individuality of the several writers who responded, each in his own way, to the movement of the Spirit.17

As a lexicographer, a philologist and a literary critic, Tolkien must have been very sensitive to the editor’s warning:

The translator of the Bible into a vernacular may surely consider himself free to remove the purely linguistic archaisms of that vernacular, but here his freedom ends. He may not, for example, substitute his own modern images for the old ones: the theologian and the preacher may be encouraged to do this, but not the translator. Nor must he impose his own style on the originals; this would be to suppress the individuality of the several writers who responded, each in his own way, to the movement of the spirit.18

Tolkien’s own view of translation was in line with the Editor’s comments. In fact, Tolkien always stressed the necessity of respecting the original language. In the ‘Nomenclature’, formerly known as ‘Guide to the Names in The Lord of the Rings, Tolkien indicated that names in English should ‘be translated into the other language according to their meaning (as closely as possible’, thus advancing a view similar to the dynamic equivalence theory.19

Many reviewers have praised the work of translation done in the Jerusalem Bible, especially with respect to translation of literary genre. Frederick C. Grant for example comments that

[t]he great value of the work is the translation. Despite the extravagant encomiums of some writers who have had very little experience in Bible translation and hail this as the “definitive” translation for the English-speaking world, it does possess considerable freshness of rendering or expression. Poetry is printed as poetry, much more of it than in the RSV, especially in the Gospel of John. “Yahweh” is used, not the Elizabethan and Jacobean “the Lord.’ This is a great gain, for it carries over the deeply religious intimacy and yet profound reverence of the Hebrew poets, prophets, and storytellers.20

And indeed, this is a striking when comparing Tolkien’s translation of Jonah and the previous Douay-Rheims version of Jonah 2. Tolkien’s rendering provides a rhyming and rhythm that brings forward the intense spiritual experience of Jonah instead of conveying a purely descriptive form of his prayer-song.

Despite these successes, the achievements of the Jerusalem Bible as an example of aggiornamento seems not to have been completely convincing. For example, even though he granted the translation has ‘real vitality which is refreshingly original, and lends a heightened impact to the thought of the ancient author’, Gleason Archer, former professor of Old Testament and Semitics at Trinity Evangelical Divinity School, commented in his review:

The avowed purpose of these translators is to abandon all traditional Bible-English and to produce a completely new rendering on the basis of contemporary English vocabulary and usage. This pursuit of modernity has not gone to the extremes of the New English Bible, nor is it a mere Phillips paraphrase … To an even greater extent than was true in the RSV there has been careless, inconsistent, capricious handling of the text of the original.21

The reviews of the J.B. have, unsurprisingly, not been unanimous, reflecting the difficult task of providing a new Bible translation. There is no denying that Tolkien, in accepting the offer to be part of this translation project, was taking upon a very important task, one that carried great responsibilities, that of a work that was both ‘ambitious work as attractive in format, vigorous in expression, often felicitous and vital in its wording’.

Given the importance, to the English-speaking Catholic Church, of such a project, the question remains: what was Tolkien’s role in this Bible translation? There is actually much discussion about his involvement. Commenting on him being named a ‘principal collaborator’ of the Jerusalem Bible, Tolkien said:

Naming me among the ‘principal collaborators’ was an undeserved courtesy on the part of the editor of the Jerusalem Bible. I was consulted on one or two points of style, and criticized some contributions of others. I was originally assigned a large amount of text to translate, but after doing some necessary preliminary work I was obliged to resign owing pressure of other work, and only completed ‘Jonah’, one of the shortest books.22

And indeed, Tolkien translated only a very short portion of what he was originally asked to accomplish. With much discernment, Sir Anthony Kenny, nephew of Alexander Jones, the general editor of The Jerusalem Bible, described a meeting with Tolkien, calling him ‘a difficult collaborator’.23 And when the General Editor comments: ‘A list of collaborators will be found in the introductory pages: to all of these we express our thanks, not least because they have been so patient with changes in their manuscript for which the General Editor must accept the ultimate responsibility’, one can wonder whether, in Tolkien’s case, the thanks-giving should not go to the editor’s patience rather than to the translator’s.24

Hammond, in his descriptive bibliography provides a helpful and concise summary of what we know about Tolkien’s involvement wit the Jerusalem Bible:

According to Tolkien himself, in a letter to Charlotte and Denis Plimmer of 8 February 1967, he was originally to have translated a large amount of text, but under pressure from other work, completed only Jonah (“one of the shortest books”), and otherwise “was consulted on one or two points of style, and criticized some contributions of others.’ According to Anthony Kenny, A Path from Rome: An Autobiography (London: Sidgewick & Jackson, 1895), Tolkien was asked to translate Judges and Jonah, but in the end contributed only a revision of the latter. According to Carpenter’s Biography, Tolkien’s only contribution was the original draft of a translation of Jonah, which was extensively revised by others before publication. But it was reported in the Tolkien Society bulletin, Amon Hen, no. 26 (May 1977), that according to Darton, Longman, & Todd Tolkien also worked on the Book of Job, providing its initial draft and playing an important part in establishing its final text.25

Some have noted, that to imply that Tolkien worked on the translation of Job is certainly a mistake since Tolkien translated the prophetic book of Jonah.26 However, there is no confusion in saying that Tolkien worked on Job as it was first commissioned to him. But he did not actually translated it. One must have mind-reading abilities to conclude that Tolkien never worked on this portion of the Old Testament. The very fact is that the editor likely asked him to translate the book of Job; that we have no traces of Tolkien having done so, or not done so; and that the editor, having finally ran out of patience, gave the book of Job to a more time-reliable translator.

The only part Hammond does not include in his summary of Tolkien’s involvement, but that is included in the Companion and Guide, is the portion from Isaiah 1:1-31 that Tolkien had sent Father Jones as a sample translation.27 This sample made quite an impression on Father Jones who was already very enthusiastic about Tolkien’s anticipated participation, and he replied that Tolkien’s work on Isaiah was the exact kind of translation he was expecting—though not resulting in Tolkien being offered to translate Isaiah. Regarding Tolkien’s actual work on other books no proof has yet been found that he had worked on the book of Job, Judges or on the Pentateuch, even though we know that Tolkien sent the sample translation of Isaiah—perhaps sign of a personal preference for the prophets.

In any case, Tolkien seems to have been, at first, very cautious about accepting this offer mainly because he thought the translation was to be mainly from the French to the English, thus being a translation of the Bible de Jérusalem.

He invited J.R.R. Tolkien to join the board because he wanted to provide a good English style and maintain an accurate translation. He hoped that Tolkien would agree to translate the earliest books of the Old Testament, the Pentateuch, but Tolkien was able to contribute little because he had too much other work and answered he was no French scholar.28

But that misgiving was soon rectified by Father Jones, who, in a letter dated 14 February 1957, makes clear that the primary focus is not on French, but on English—and of course in the Jerusalem Bible being a translation from the Hebrew and Greek.29 With Father Jones adamant about him translating only from the Old Testament, Tolkien immersed himself in Hebrew to make sure he would be able to fully participate in the work of the Jerusalem Bible came his retirement in 1959.30 Tolkien reiterated this commitment when Father Jones visited him in Oxford on July 2, 1957, but some wish he could have put as much vigour in the actual translation as in his valedictory address.31 Of course, Tolkien had previous knowledge of Greek, both classical and koine, since he attended headmaster Gilson’s classes on the New Testament, in Greek.32

Whatever precise role Tolkien had in the translation process, one thing should be clear: that he could have played a greater role in the Jerusalem Bible had he not procrastinated his translation work—as he did with much of his academic obligations. To his credit, Tolkien quite plausibly finished the translation of Jonah in a month time.33 After a first series of comments from Father Jones, Tolkien was sent Joshua to translate, and here end our knowledge of Tolkien’s actual work as a translator.34 Longer portions of the Bible have been left untouched by Tolkien, and one can only wonder what the Pentateuch—especially Genesis—would have read like if Tolkien had known how to put his priorities straight. In any case, Tolkien had planned to work on Joshua, Judges and even 1 and 2 Samuel, but that was only Tolkien’s ideal plan, one that never came true.35

Apart from translating Jonah and being offered other books as well, Father Jones came to Tolkien for translating advice, especially with regard to writing a “guideline to the translator.’ This early commendation would suggest that Tolkien was among the first translators contacted by Father Jones. In fact, if Tolkien had been asked to be part of the translation during a later part of the project, such guidelines would certainly have already been written. Consequently, it is rather significant that Father Jones asked Tolkien to write the guidelines to the translation—guidelines Tolkien most certainly, and unfortunately, actually never wrote. Most likely, Tolkien was also asked to one of the editors for the Bible, and not merely one of the translators. Tolkien, however, declined the privilege commenting he was not willing to take upon any editorship but would happily comment on texts.36 This would naturally lead us to think that, for Father Jones, Tolkien was one of the first and finest Catholic scholars to undertake such a task.

Tolkien in translation

To begin with, we must consider that Tolkien’s interest in the translation of Jonah might have come from his lifelong love with Middle English texts. In fact, the Middle English alliterative poem Patience can be considered a commentary on the book of Jonah, mainly concerned with patience in suffering.37 There is little doubt that Tolkien knew well this poem, as he did have a solid expertise in the works of the Pearl poet, editing and translating with his colleague E.V. Gordon, ‘Sir Gawain and the Green Knight’.38 Given Tolkien’s role in translating the book of Jonah, we could wonder if his translation displays any singularities. Asking such a question comes back, in a way, to ask about the distinctive characteristics of the Jerusalem Bible‘s approach of Bible translation. First then, as Olivier-Thomas Venard has argued, one must remember that the translators of the J.B. Had to work within a peculiar English framework made of deep, intertwined, interaction and mutual influence between the development of English Bibles and of modern English:

It is clear that compared with his French-speaking colleagues, the British biblical scholar is more aware of the cultural implications and consequences of his work. Biblical translation played a great part in the very making of modern English, whereas it was nearly absent in the emergence of the French language.39

However, this peculiar English context was, in the J.B.’s overall translation, affected by an influence of French syntax, at times at odds with a more natural use of modern English. For example, French typically and prominently use nouns where it is not necessary for the English syntax.40 Dierickx finds a good example of this French influence in the use of ‘to get in the boat’ instead of ‘to embark’ (1:3). However, even if this French syntactical influence was proven, this would not justify Dierickx’s claim regarding the translation of 1:3. In fact, it seems that the structure itself reflects the Hebrew syntax and not the French one. The MT’s choice is reflected in the LXX and in the Vulgate’s use of ‘et descendit in eam’. Even though ‘to get in the boat’ is less natural than the common ‘to embark’, it does not, in any significant way, demonstrate an hypothetical French influence. Even though Dierickx over stresses the influence of the French translation, Venard is certainly right in concluding that there is an essential difference in the way French and English scholars approached the careful task of Bible translation.

Second, the style of the J.B. made it consistently longer than previous versions. Dierickx, indicates for example that the J.B. is regularly 10-15% longer than the N.E.B. If talking about longer units, the N.E.B. has a terseness not present in the J.B. Dierickx surmised that the longer phrasing of the J.B. might reflect the influence of the French translation—despite the claims of the Editor. Indeed, French typically and prominently use nouns where it is not necessary in English as in ‘to get in the boat’ instead of ‘to embark’.41 This choice, in turn, affected the translation in a manner that might not have been anticipated by the translators:

I think that we can say, provisionally, that the Jerusalem Bible translators have had to pay the price for their intention of appealing to the serious and informed reader, and of fostering ‘deeper understanding’. To reach those aims, they have had to dissociate themselves, at least partly, from the popular tradition of Bible translating in English, and this in turn has had some effect on the purely linguistic form of their text, where the radical modernity of the grammar and syntax does not quite compensate for much more conservative features of vocabulary and style.42

It is true, then, that the J.B. often uses words and expression that were not part of the common popular English. Examples given by Dierickx include:

Gen 4 : guardian (J.B.) vs. keeper (A.V. )

2 Chro 13.5 : sovereignty (J.B.) vs. kingdom (A.V. )

Mat 7.7 : search (J.B.) vs. seek (N.E.B.)

Eph 4.18 : “intellectually they are in the dark” (J.B.) vs. “their minds are clouded” (N.E.B.)

Mat 24.25: “conscentious” (J.B.) vs. “honest” (N.E.B.)

Notice that the N.E.B. regularly prefers the shorter, more Germanic terms while the J.B. favours terms Greek or Latin in flavour, preferring longer and learned terms.43 Even though German was somewhat familiar to Tolkien, one should remember that Latin was to him crucially important to the reading of the Bible and for practical devotion.44 Significantly, Tolkien’s Quenya, the language of High-elves, is according to him, ‘composed on a Latin basis with two other (main) ingredients that happen to give me “phonaesthetic” pleasure: Finnish and Greek’.45 Latin was literally, to Tolkien, a language of lore, as Quenya happened to be in Middle-earth.46

Third, if the Jerusalem Bible sought for aggiornamento in its translation, this meant that the translators had to remove many archaic forms still used both in the King James and in the Authorized Version:

certain fixed ways of expounding and narrating, certain definite idioms, especially of a kind peculiar to the Semitic tongues, so-called approximations, and certain hyperbolical modes of expression, nay, at times, even paradoxical, which even help to impress the ideas more deeply on the mind.47

This removal of obsolete forms can strike us as very out of place for Tolkien who, in his own writing, usually sought obsolete forms. Indeed, archaisms are, as has been observed, regularly used in Tolkien’s corpus.48 Certainly, Tolkien did use archaism but for more than mere aesthetic reasons: archaisms reflect the development of words, languages, and meaning.49 In particular, the Editor of the J.B. decided to preserve the historical setting of biblical texts, as well as preserving ancient measure systems: talent (N.E.B., ‘bag of gold’), denarius (N.E.B., ‘ten pounds’), cubit (foot), scribe (lawyer), or even praetorium (N.E.B., ‘courtyard’ or ‘residency’). At times, the choice of eliminating archaisms seems to have been rather subjective as is the case in the choice translators made between ‘will’ and ‘shall’. In fact, the choice between these two verbal forms is never, as Dierickx indicated, systematic:

Explanations can be suggested here and there, but it is impossible, for each of the modern Bibles, to elaborate from a collection of examples a system that would have general value, or even simply account for the majority of cases. Even the A.V., I think, is not entirely consistent in its use of shall and will. We must accept the arbitrary nature of some choices as a fact.50

The issue of archaism became obvious with respect to the use of the ‘ye’ and ‘thou’. Dierickx, for example, quotes from Deut. 11.22-25 and other Old Testament texts to show the consistent elimination of ‘ye’ in the J.B. (contrasting with the A.V.). This choice of a modern and popular use of pronouns is actually one of the most consistent change in the J.B. This is particularly striking in the books of Psalms or in the Decalogue. Hence the formulation ‘O Lord, thou art …’ (A.V.) becomes ‘O Yahweh, you are …’ (J.B.) but also in the Song of Jonah in chapter 2. In this doxological poem, Tolkien reflects the general choice of the editor of the J.B. Comparison between Tolkien’s translation of verse 8 and the Douay-Rheims’s version is revealing:

Douay-Rheims

When my soul was in distress within me,

I remembered the Lord:

that my prayer may come to thee,

unto thy holy temple.

Jerusalem Bible

While my soul was fainting within me,

I remembered Yahweh,

and my prayer came before you

into your holy Temple.

While Tolkien seemed to have personally favoured this more archaic form ‘thou’, he ‘regretfully supported’ the use of ‘you’ in the Jerusalem Bible, most likely for readability reasons.51

Some have also noticed that the use of Yahweh, instead of ‘Lord’, marked a very interesting intrusion of archaism in this otherwise modern English version.52 However, this would be to miss the point. Indeed, the use of Yahweh is not indicator of archaism but of the conscious choice, made by the editor, to fully respect particular aspects of the original text. Moreover, the use of Yahweh is highly significant in the book of Jonah, as has been noted by Hebrew scholars. The different expressions used in Hebrew to refer to ‘God’ or ‘the God’ are witness to the different attitudes of the main protagonists. In fact,

In Jonah a clear distinction is made between the sailors who, having heard from the prophet the name of his god, 1:9, beseech Yahwe to deliver them, 1:14, and become Yahwe-worshippers,

1:16, and the king of Nineveh and his nobles who, having heard nothing else than that a prophet had predicted the destruction of the city after forty days, can only use the term Elohim in their proclamation, 3:7-9.53

Therefore, Tolkien’s use of the three variant expression ‘God’, ‘Yahweh’, and ‘Yahweh-God’ is consistent with exegetical scholarship. These three expressions serve, for the author of Jonah, to make important theological distinctions. As Claude Lichtert concluded: ‘The act of naming God is inscribed in the framework of the narrative and in the interaction of the protagonists’.54

Reading Tolkien’s translation of Jonah, it would be tempting to use the footnotes to interpret the translation itself. For example, considering the indication that ‘Nineveh was a city beyond compare: it took three days to cross it’ (3:3), one might interpret Tolkien’s translation as not presenting a ‘literal’ translation but a hyperbolic one, a view consistent with the footnote (of 3:3) noting that ‘there is similar hyperbole … to evoke the fabulous size of Nineveh’—and thus stressing the non literal nature of the book of Jonah’s description of the city’s size. However, this would be a serious mistakes for, as the ‘Editor’s Foreword’ explains, ‘the introductions and notes are a direct translation from the French, though revised and brought up to date in some places—account being taken of the decisions and general implications of the Second Vatican Council’.55

In fact, it is impossible to ascribed such a view to Tolkien for there is not enough information about his own position. One more thing can be said, however: if by this hyperbolic explanation, one wants to say that Tolkien could never have believed the immense size of the city, one should remember that Tolkien was quite ready to believe in a literal reading of Genesis.56 The mere presence of extraordinary events or descriptions did not preclude Tolkien from a traditional reading of the Bible—then seen in his translation. The Pearl poet also understood this to simply refer to the sheer size of the city adding:

Thus Jonah the Jew came to journey one day

On his trek without talking to townspeople there.57

As for Thomas Aquinas, he prefers to simply consider these three days to describe Jonah’s journey around the city58. We should also consider, as an alternative explanation of these ‘three days,’ Theodoret’s comment that Jonah was ‘wandering through the marketplaces, highways, and byways, preaching that “in yet three days Nineveh will be destroyed” ».59 C.F. Keil made the same comments: ‘in a city the diameter of which was 150 stadia, and the circumference 480 stadia, one might easily walk for a whole day without reaching the other end, by winding about from one street into another…’60 It simply is impossible, then, to conclude whether Tolkien believed this description to be mere hyperbole or whether he chose any of the above explanations—we cannot discard any interpretation, even the more literalist options. In any case, the point is that one should refrain from arguing on the basis of non authorial footnotes.

An interesting feature of Tolkien’s translation is his rendering of two parallel passages in Jonah 1:2 and 3:2, the latter repeating Yahweh’s formal command to Jonah to go to Nineveh. Below are the translations of three different versions:

Authorized Version

1:2: Arise, go to Nineveh, that great city, and cry against it …

3:2: Arise, go unto Nineveh, that great city, and preach unto it the preaching that I bid thee.

Douay-Rheims

1:2: Arise, and go to Ninive the great city and preach in it …

3:2: Arise, and go to Ninive the great city and preach in it the preaching that I bid thee.

Jerusalem Bible

1:2: “Up!’ he said, “Go to Nineveh, the great city, and inform them …’

3:2: “Up!’ he said, “Go to Nineveh, the great city, and preach to them as I told you to.’

Tolkien’s translation of these two verses provide a great balance between the other two versions. First, the rendering ‘Up!’ for the Hebrew קום introduces a dynamic syntax, a freshness in a deceptively common command. Second, one notice that the D.R. has exactly the same command given by God to Jonah, thus reflecting the exact same wording in MT as well as in the LXX. Moreover, D.R. Significantly chose the verb ‘preach’ both times, thus not making any distinction of purpose between the two commands. By contrast, the A.V. makes an important distinction in using two different verbal forms, i.e., ‘cry against’ in 1:2 and ‘preach to’ in 3:2. This is an crucial qualifier regarding the mission imparted and repeated to Jonah, Yahweh’s judgment against Nineveh underlined by the used of ‘cry against’ in the first command. Tolkien clearly emphasises this contrast by using a more ‘neutral’ verbal form in 1:2 (‘to inform’) and a verb with a clearly redemptive tone in 3:2 (‘to preach’). Even if there is no significant change in both MT and LXX, many translations accord with both A.V.‘s and J.B.‘s stand. The French literal Chouraqui version reads, in 1:2, ‘crie contre elle’ (‘cry against her’) and in 3:2, ‘crie-lui’ (‘cry unto it’).

Catholic translations of these verses are, in fact, anything but unanimous. Significantly, the Bible de Jérusalem translates both verbs with the same “annonce-leur,’ thus making no difference of purpose between the two divine commands addressed to the prophet. The Maredsous Bible, translated by the Benedictine abbey of Maredsous, with the participation of the Abbaye de Hautecombe, has 1:2 read ‘élève la voix contre elle’ (‘cry out against it’) while 3:2 reads ‘fais-lui connaître le message’ (‘inform them of the message’), introducing a subtle distinction in the manner the content of God’s message was to be communicated. However, even then, the immediate context of Jonah’s first and third chapter gives solid ground for making the difference in communication indicated by Tolkien’s use of two different verbal forms. Tolkien thus makes a theological point, best summarized by E. B. Pusey, one leader of the Oxford Movement:

God says to Jonah the self-same words which He had said before, only perhaps He gives him an intimation of His purpose of mercy, in that he says no more, cry against her, but cry unto her. He might cry against one doomed to destruction ; to cry unto her, seems to imply that she had some interest in, and so some hope from, this cry.61

It would seem, then, that Tolkien’s own translation of Jonah would carry theological implications fruits of his own translating and meditative work, but one can conjecture, also coming from his knowledge of interpretations such as that of Pusey and Newman.

Significantly, the J.B. often followed the interpretation of the Church Fathers. For example, with respect to the disputed meaning of יתעשת in 1:6, Tolkien, not surprisingly, followed the exegetical choice of Jerome who reads ‘think again’ (Tolkien, ‘spare us a thought’), a choice better supported by the Chaldee but also by the equivalent nouns in Job 12.5 and Psalms cxlvi.4 This particular choice is made over against the other option of translating יתעשת as a hithpael, therefore conveying the meaning of ‘shown himself shining’, option favored by Calvin and others. Whether one follows Calvin or Jerome, both translations are consistent, if not with the original text, at least with the following clause: ‘and not leave us to die’. Tolkien, whether aware of this grammatical distinction or not, provided a translation that brings forward the grace of God’s forgiving message.

The last lines of the book of Jonah highlight the prophet’s uneasiness about the forgiving nature of Yahweh-God who sent him to Nineveh. In Tolkien’s translation, God concludes: ‘And am I not to feel sorry for Nineveh, the great city, in which there are more than a hundred and twenty thousand people who cannot tell their right hand from their left…?’ (4:11). This rhetorical question makes God’s goodwill the central motif of the book of Jonah. As the Pearl poet concludes: ‘

Thus appears, through one’s pains and one’s penance, the fact:

Patience, though displeasing, is proof of goodwill.62

Conclusion

There would certainly be more to be said about Tolkien’s translation of Jonah, as well as on Tolkien’s use and interaction with the Bible. There is still great challenge in Tolkien studies for one who would like to press the issue further. Indeed, all the relevant material is not easily accessible and Tolkien’s personal library is in part lost to us—the rest remains in the guarding hands of the Tolkien Estate.63 For example, the publication of Tolkien’s actual translation of Jonah is extremely difficult to find.64 Despite the difficulties, there is much to be gained from Tolkien’s work as a Bible translator. The picture we gain from our current knowledge is that of a man who used all his academic skills and knowledge, his expertise in linguistics and also in the creation of language, to help provide a unique translation. Tolkien’s storytelling and imagination were there at the service of the faith he received.

In many ways, the words of conclusion on Tolkien’s Jonah belong to John Henry Newman, leader of the Oxford movement and one of the greatest spiritual influence on twenty century English Roman Catholicism. His poem serves as a well suited conclusion to this article:

DEEP in his meditative bower,

The tranquil seer reclined;

Numbering the creepers of an hour,

The gourds which o’er him twined.

To note each plant, to rear each fruit

Which soothes the languid sense,

He deem’d a safe, refined pursuit,—

His Lord, an indolence.

The sudden voice was heard at length,

« Lift thou the prophet’s rod! »

But sloth had sapp’d the prophet’s strength,

He fear’d, and fled from God. {160}

Next, by a fearful judgment tamed,

He threats the offending race;

God spares;—he murmurs, pride-inflamed,

His threat made void by grace.

What?—pride and sloth! man’s worst of foes!

And can such guests invade

Our choicest bliss, the green repose

Of the sweet garden-shade?65

_________________________________

Notes :

1Randel Helm, Tolkien and the Silmarils (London: Thames and Hudson, 1981); J. E. A. Tyler, The J. R. R. Tolkien’s Companion (New York: Avon, 1977)

2Christina Ganong Walton, “Tolkien and the Bible,’ in Michael Drout (ed.), The J.R.R. Encyclopedia (New York: Routlege, 2006), p. 62.

3Nicholas Birns, ‘The Stones and the Book: Tolkien, Mesopotamia, and Biblical Mythopoeia,’ in Tolkien and the Study of His Sources: Critical Essays, ed. Jason Fisher (Jefferson: McFarland, 2011), pp. 45-68. L. J. Swain noted parallels between Gimli and Gilgamesh, “Gimli,’ in Michael Drout (ed.), The J.R.R. Encyclopedia (New York: Routlege, 2006), p. 242. J.S. Ryan noted nominal reminiscences between Tolkien’s corpus and mesopotamian mythology, including the presence of a “Suruman” in the records of Akkadian king Sargon of Agade (associated with metalwork, like Saruman), thus allowing the possibility of discerning a doublet Saruman/Sauron and Suruman/Sargon. See J.S. Ryan, “Saruman, `Sharkey’ and Suruman” Mythlore 12/1 (Autumn 1985), pp. 43-44.

4Birns, “The Stones and the Book,’ p. 46. See Verlyn Flieger, Splintered Light: Logos and Language in Tolkien’s World (Grand Rapids: Eerdmans, 2002) and Interrupted Music: The Making of Tolkien’s Mythology (Kent: Kent State University, 2005).

5For Tolkien, the starting-point of any translation should be a respectful and serious approach of the text. When approached by the Swedish translators, Tolkien reacted quite angrily to the project, on the ground that they did not treat the text with respect. Tolkien, Letters, p. 304. Moreover, Tolkien commented that “in principle, I object as strongly as it is possible to the ‘translation’ of the nomenclature at all (even by a competent person). I wonder why a translator should think himself called on or entitled to do any such thing. That this is an ‘imaginary’ world does not give him any right to remodel it according to his fancy, even if he could in a few months create a new coherent structure which it took me years to work out.” Tolkien, Letters, 249-250. No doubt Tolkien could have made the same comments about the process of Bible translations.

6The Douay-Rheims take sits name from the two places where the translation was accomplished: the New Testament at Rheims in 1582, and the Old Testament being published at Douay in 1608-1610. The Douay-Rheims was the only and official Catholic translation of the Bible, even if it included several revisions throughout the eighteenth and nineteenth centuries. See Richard N. Soulen and R. Kendall Soule, Handbook of Biblical Criticism (Cambridge: James Clark, 2001), p. 50.

7The author tried to contact the Oratory for further information, without any success.

8W. Meredith Thompson, “Chaucer’s translation of the Bible,’ in Norman Davis and C.L. Wrenn (eds.), English and Medieval Studies Presented to J.R.R. Tolkien on the Occasion of his Seventeenth Birthday (London, 1962), pp.183-199 (here p. 187).

9See for example Craig T. Fehrman “Did Chaucer Read the Wycliffite Bible?’ The Chaucer Review 42/2 (2007), pp. 111-138. The standard view of Grace Landrum argued that Chaucer, for aesthetic and one might say, traditional, reasons, could never have read a vernacular Bible.

10Grace W. Landrum, “Chaucer’s Use of the Vulgate” Publications of the Modern Language Association of America 39/1 (1924), pp. 75-100 (here p. 87). This statement is, in a nutshell, the position of many Chaucer scholars, contra Fehrman.

11Pius XII, “Divino Afflante Spiritu,’ The Holy See, http://www.vatican.va, accessed July 22, 2012.

12Jean Dierickx, “Attitudes in translation: Some linguistic features of the Jerusalem Bible,’ English Studies 50 (1969), pp. 10-20 (here p. 10).

13Dierickx, “Attitudes in translation,’ p. 12.

14Christina Scull and Wayne G. Hammond, The J.R.R. Tolkien Companion and Guide, vol. 1, “Chronology” (Boston, New York: Houghton Mifflin, 2006), p. 508.

15As a matter of fact, the term aggiornamento was chosen by Pope Paul VI to describe his own purpose: “We cannot forget Pope John XXIII’s word aggiornamento which We have adopted as expressing the aim and object of Our own pontificate. Besides ratifying it and confirming it as the guiding principle of the Ecumenical Council.’ Paul VI, “Encyclical of Pope Paul VI on the Church, August 6, 1964,’ The Holy See, http://www.vatican.va, accessed July 22, 2012.

16Congar will comment, after the Council: “We demand that the conciliar aggornamento would not with the adaptation of ecclesial life but go as far as a full evangelical ressourcement and the invention, by the Church, of a way of being, speaking and engaging, that would meet the challenge of a complete evangelical service for the world. Pastoral aggirnamento must go that far.‘ Yves Congar, Vraie et fausse réforme dans l’église (Paris: Le Cerf, 1968), p. 11.

17Jones, “Editor’s Foreword,’ p. vi.

18Ibid.

19J.R.R. Tolkien, “Nomenclature of The Lord of the Rings,’ in Jared Lobdell (ed.), A Tolkien Compass (La Salle: Open Court, 1975), p. 153-201 (here p. 155).

20Frederick C. Grant, ‘Review of The Jerusalem Bible,’ Journal of Biblical Literature 86/1 (1967), pp. 91-93 (here p. 91).

21Gleason Archer, “The Old Testament of The Jerusalem Bible,’ Westminster Theological Journal 33 (May 1971), pp. 191-94 (here p. 192). Archer continues: ‘Instead of confining themselves to an accurate rendering of the received text of the Masoretic Hebrew Bible, as amended on the basis of the ancient versions under careful controls of scientific textual criticism, the translators have allowed subjective considerations to have free rein. The interpreter’s conception of what the ancient author ought to have said permits him to substitute entirely different Hebrew words for those of the Masoretic Text, even where such a change finds no support whatever in either the Dead Sea Scrolls, the Septuagint, the Targums, the Syriac Peshitto, the Old Latin, or the Vulgate. Such inventions of the translator are usually footnoted as “correction”, but quite often they are not.’ Ibid.

22J.R.R. Tolkien, The J.R.R. Tolkien Letters, Humphrey Carpenter (ed.) (Boston, New York: Houghton Mifflin, 2000), p. 378.

23Sir Anthony Kenny’s memoir [A Path from Rome: An Autobiography (Oxford: Oxford University Press, 1986)] is cited both by Scull and Hammond in their Reader’s Guide, and by L.J. Swain in his entry on “Judaism” [Michael D.C. Drout (ed.), The J.R.R. Tolkien Encyclopedia: Scholarship and Critical Assessment (New York: Routledge, 2006), pp. 314–315]

24Jones, “Editor’s Foreword,’ p. vii.

25Wayne G. Hammond and Douglas Allen Anderson, J.R.R. Tolkien: A Descriptive Bibliography (St. Paul’s Bibliographies,1993), p. 278.

26Birns, “The Stone and the Book,’ p. 46.

27Scull and Hammond, “Chronology,’ p. 501. This letter is dated 14-19 February 1957.

28Reported on the website of The Tolkien Library, http://www.tolkienlibrary.com, accessed July 22, 2012.

29Scull and Hammond, “Chronology,’ p. 501.

30Ibid., p. 504.

31Tolkien apparently made quite an impression during his address, entering the room poetically declaiming entire lines of Beowulf, which he probably knew by heart. One reporter noted that his “melodramatic declamation in Anglo-Saxons proved yesterday that he takes ample vigour in his retirement.’ Quoted in “Tolkien’s Farewell,’ The Oxford Mail, 6 June 1959. Quoted in Scull and Hammond, “Chronology,’ p. 543. Tolkien’s “Valedictory Address” is published in J.R.R. Tolkien, The Monsters and the Critics, and Other Essays (Boston, New York: Houghton Mifflin, 1984).

32Tolkien, Letters, p. 395.

33Tolkien sent Father jones a first version of his translation of Jonah early March 1957. Scull and Hammond, ‘Chronology’, p. 501.

34Letter from Jones to Tolkien, 12 March 1957. Ibid.

35Letter from Jones to Tolkien, July, 3, 1957. Op. cit., p. 508. Consistent with his habit, Tolkien had a difficult time perfecting his translation of Jonah. In fact, Tolkien did not sent the complete and revised translation before April 25, 1961! (Op. cit., p. 74). It also seems that Tolkien was not able or willing to work on the penultimate revisions and that his translation of Jonah was finally revised by others (Op. cit., p. ).

36Letter from Jones to Tolkien, July 3, 1957. Scull and Hammond, Op. cit., p. 508.

37“Patience,’ in Casey Finch (trans.), The Complete Works of the Pearl Poet (Berkeley: University of California Press, 1993).

38J.R.R. Tolkien and E.V. Gordon (eds.), Sir Gawain and the Green Knight (Oxford: Clarendon Press, 1967). Tolkien makes several references to the Pearl poet and his works in his own scholarly studies. See for example J.R.R. Tolkien, Letters (Boston, New York: Houghton Mifflin, 2000), pp. 316 ff.

39Olivier-Thomas Venard, “The Cultural Backgrounds and Challenges of La Bible de Jérusalem” in Philip McCosker (ed.), What Is It That the Scripture Says?: Essays in Biblical Interpretation, Translation, And Reception in, Honour of Henry Wansbrough OSB (London: Continuum, 2006), pp. 111-134 (here p. 113).

40Vinay and Darbelnet, Stylistique comparée du français et de l’anglais (Paris: Didier, 1977), p. 102.

41Ibid.

42Dierickx, ‘Attitudes in translation’, p. 20.

43Art. cit., p. 18.

44Tolkien indeed had a solid knowledge of Latin, the “ordinary” religious language used at the Birmingham Oratory and the traditional liturgical language of the Roman Catholic Church. See Tolkien, Letters, 395. Tolkien was also used to recite several traditional prayers in Latin, such as the Gloria Patri, the Gloria in Excelsis, the Laudate Dominum or the Magnificat (Tolkien, Letters, p. 66).

45Tolkien, Letters, p. 176.

46Ibid.

47Pius XII, ‘Divino Afflante Spiritu’, paragraph 37. In the case of Jonah, the discussion was somewhat rendered more complex by the intrusion in the original texts of some forms of Aramaisms or what some have qualified as archaic Hebrew but, notes the Old Testament scholar C.F. Keil, “the so-called Aramaisms, such as המיג to throw (ch. I. 4, 5, 12, etc.) … belong either to the speech of Galilee or the language or ordinary intercourse, and are very fare from being proofs of a later age, since it cannot be proved with certainty that any one of these words was unknown in the early Hebrew usage …’ C.F. Keil and F. Delitzsch, Biblical Commentary on the Old Testament. The Twelve Minor Prophets, vol. 1 (Grand Rapinds, Eerdmans, 1969), p. 381.

48A helpful list can be found on the Encyclopedia of Arda, http://www.glyphweb.com/arda/words.html, accessed July 20, 2012.

49Archaisms do not, however, reflect stages of human development as Ross Smith has argued: “modes of thinking vary from one stage of human development to another and modes of speech change accordingly.’ Ross Smith, Inside Language: Linguistic and Aesthetic Theory in Tolkien (Zollikofen: Walking Tree Publishers, 2007), p. 126. In fact, it is rather difficult to find in Tolkien proofs of a connection between the development of language and the notion of “stages of human development,’ especially as set forth by Barfield (contra Flieger, Splintered Light. Logos and Language in Tolkien’s World (Grand Rapids: Eerdmans, 2002). This is where Barfield’s influence on Tolkien’s linguistic theory finds it true limits. The semantic unity of language and thought, which represents the essence of Barfield’s Poetic Diction: A Study in Meaning (Middletown: Wesleyan University Press,,1973). Indeed had, as Flieger forcibly argued, a great influence on Tolkien. However, some parts of Barfield’s theory remain alien to Tolkien’s view of language and myth. For example Barfield can conclude that myth is not a disease of language, but of thought. Contrasting with this view, Tolkien’s argument was that myth is never a disease neither of language, nor of thought, but rather that language is a ‘disease of myth’.

50Dierickx, ‘Attitudes in translation’, pp. 15-16.

51Scull and Hammond, Companion and Guide, p. 502. One also should notice that Tolkien did not make systematic use of ‘thou’ in his writings, neither in The Silmaillion or the Lord of the Rings, not even in the more epic Legend of Sigurd and Gudrún (London: HarperCollins, 2009).

52Archer, ‘The Old Testament of The Jerusalem Bible,’ p. 192.

53Nathaniel Schmidt, “Yahwe Elohim” Journal of Biblical Literature 33/1 (1914), pp. 25-47 (here p. 34).

54Claude Lichtert, ‘Récit et noms de Dieu dans le livre de Jonas’, Biblica 84/2 (2003), pp. 247-251 (here p. 250). As Schmid tcommented: ‘The author of Jonah used the name Yahwe except here the circumstances seemed to him to demand Elohim. Thus in 1:6, before the mariners have learned to know Yahwe, they naturally employ the term Elohim. In 3:3 is an idiom. The Ninevites could not be said to believe in Yahwe of whom they had never heard, hence Elohim in 3:5 and in the proclamation, 3:7-9.’ Nathaniel Schmidt, “Yahwe Elohim” p. 36.

55Jones, ‘Editor’s Preface’, p. v.

56‘… partly in contact with C.S.L., and in various ways not least the firm guiding hand of Alma Mater Ecclesia, I do not now feel either ashamed or dubious on the Eden “myth”. It has not, of course, historicity of the same kind as the NT, which are virtually contemporary documents, while Genesis is separated by we do not know how many sad exiled generations from the Fall, but certainly there was an Eden on this very unhappy earth’. Tolkien, Letters, p. 110.

57‘Patience’, p. 199.

58‘Jonah immediately carries out the command that he has been given. Nineveh to which the prophet was journeying, was a great city, which it took around three days’ journey to circle’. Thomas Aquinas on Jonah, Aquinas Study Bible, http://sites.google.com/site/aquinasstudybible, accessed July 18, 2012.

59Jeanne Marie Heisler, Gnat or Apostolic Bee: A Translation and Commentary on Theodoret’s Commentary on Jonah (Ph.D. Dissertation, Florida State University, 2006), p. 68. Theodoret further indicates that with regard to “about a walking journey of three days,’ some have understood the meaning as the area which came under the jurisdiction of the city being a three day’s journey according to both its length and breadth. But, others have understood the meaning as the one who was preaching was able to wander around the whole city in three days. But whether someone accepts the meaning one way or the other, he does not cause any injury to the truth.Nevertheless, it seems to me that the second interpretation is more reliable, and what follows compels me to choose this version.’ Op. cit.

60C.F. Keil and F. Delitzsch, Biblical Commentary, p. 405. Pusey’s explanation is somewhat different, Pusey, The Minor Prophets, p. 380. Pusey was, with cardinal John Henry Newman, one of the great influential figures of the Oxford Movement. Whereas Newman entered the Roman Catholic communion, Pusey remained in the Anglican Church, becoming one of its most influential theologian for that time. This relation between Pusey and Newman is relevant for our study of Tolkien because, as we well know, Newman was theologically influential on Father Francis Xavier Morgan, the guardian of the Tolkien brothers.

61Pusey, The Minor Prophets, p. 413.

62‘Patience’, p. 207.

63It would for example be fascinating to know if Tolkien had annotated copies of the Bible and other theological resources as Thomas Aquinas’s Summa Theologiae.

64The author has tried to obtain this volume [J.R.R. Tolkien, The Book of Jonah (Gardners Books, 2009)], but without any success. One of the bookstore manager contacted, in Australia, concluded after checking its availability that this book was listed as ‘publication abandoned’. Email to the author, June 6, 2012.

65John Henry Newman, ‘Jonah’ in Prayers, Verses, and Devotions (San Francisco: Ignatius Press, 2000), p. 574.

Robert Stromberg, « Maleficent », Walt Disney Pictures, 2014.

Je ne suis pas un grand fan de Disney. Peut-être même que je ne l’ai jamais été… mais ma mémoire ne remonte pas aussi loin. Ainsi, je n’ai jamais eu l’intention de voir Maleficent, le dernier « remake » par Disney du conte de fées La Belle au bois dormant. Et cependant, si j’écris ces lignes, c’est que de toute évidence je l’ai vu!

On m’avait dit : « encore une fois Disney tourne le bien en mal et le mal en bien. » D’ailleurs certaines recension s’en font l’écho : « Disney est le principal danger en ce moment. » Alors bien sûr à force d’entendre cela, j’ai eu encore moins envie de le voir. Et puis finalement, en relisant par curiosité la fable originelle de Giambattista Basile, « Le Soleil, la Lune et Thalie » inclut dans son fameux recueil Pentamerone (ou Lo cunto de li cunti)1, je me suis rendu compte, chose normale, que nos contes évoluent avec nos sociétés. Si les contes sont des paroles, rappel, narrations interprétatives du monde qui nous entoure, alors les plus grands « classiques » sont appelés à changer. Pour la petite histoire, voici la rencontre du prince et de Thalie (la princesse) dans le conte de Basile :

« Quand le roi vit Thalie, qui semblait enchantée, il crut qu’elle dormait, et il l’appela, mais elle est resta inconsciente. Criant, il vit ses charmes et sentit le cours de son sang couler chaudement dans ses veines. Il la souleva dans ses bras, et la porta sur le lit, où il recueilli les premiers fruits de l’amour. La laissant sur le lit, il est retourné dans son propre royaume, où, pour un temps il ne pensa plus à cet incident. »

Hum… nous y reviendrons. En langage courant on appelle ça un abus, ou un viol… tout dépend comment vous interprétez les « premiers fruits de l’amour » ! Bref, de toute évidence ce n’est plus le conte de Disney. Tout a changé.

Je me suis donc laissé tenté. Si je n’ai pas été impressionné ni par la réalisation, ni par les acteurs, une chose pourtant a retenu mon attention : la réaction de la critique chrétienne, particulièrement « évangélique ». D’un côté, tout était joué d’avance. Rien que de savoir que Disney proposait de voir le conte La Belle au bois dormant à travers les yeux de la reine maléfique (« maleficent » en anglais, je garderai ce mot qui est d’ailleurs son nom propre)… on ne pouvait que s’attendre à une levée de boucliers en plastique de la part du monde évangélique.

C’est vrai que nous avons été habitués ces dernières décennies à voir le mal comme relatif, comme le produit de la culture, comme le résultat d’une mauvaise éducation? Nous ne le voyons plus comme un choix éthique personnel ayant des conséquences dévastatrices. Certainement, je le redirai encore de crainte que quelqu’un oublie que je l’ai écrit, nous avons été habitués à croire que le bien est mal et que le mal est bien. Et il y a bien sûr là une grande confusion.

Il en serait de même ici.

J’ai été très tenté de le croire. Et en fin de compte, je n’en suis pas si certain.

Ce que nous avons dans ce film de réalisation assez moyenne, c’est une fée, Maleficent, future protectrice de son royaume, qui s’attache fortement à un humain au point de croire au « vrai amour » (oui, cela a toujours fait partie des contes). Mais cet humain (homme, même), Stefan, est comme la plupart des autres humains : plein de désir et assoiffé d’orgueil2, et cette volonté de puissance deviendra une barrière infranchissable entre Stefan et Maleficent. Le cœur humain semble en effet toujours prêt à détruire pour assouvir sa soif de pouvoir, de conquête et de gloire. Et cependant, nous rapporte le premier tiers du film, Maleficent lui pardonna « sa folie et son ambition »…

Jusqu’au jour où le roi – avec des air de George R. R. Martin, barbe inclue – décida que son héritier serait celui qui lui permettrait de conquérir le royaume de Maleficent. Évidemment cette conquête passait par la mort de Maleficent. Tout est prêt maintenant pour le premier drame. On s’y attend : Stefan trahit Maleficent, essaie de la tuer, mais n’y arrivant pas, lui arrache ses ailes pour (fausse) preuve qu’il l’a bien tuée. Le roi le fait son héritier.

Faisons une petite pause ici pour souligner une chose importante. En tous cas pour souligner une leçon apologétique. Je comprends (car j’ai beaucoup d’imagination) que certaines aient détesté ce film, le trouve dangereux et recommandent de ne pas le voir3. Mais la leçon apologétique cruciale, c’est que nous devons nous saisir des questions que posent nos contemporains. Nous ne devons pas les regarder, choqués et méprisant. Nous devons nous emparer pleinement de leurs questions, de leurs drames et de leurs souffrances car nous sommes convaincus qu’ils ne peuvent trouver paix, consolation et repos qu’en Christ. Mais cela demande de prêter une grande attention à ces drames et à ces questions.

Dans un film comme celui-ci, lorsqu’une scène en particulier retient l’attention de nos contemporains, je pense que nous n’avons pas le choix : nous devons essayer de comprendre pourquoi cela retient leur attention. La scène juste décrite, dans laquelle Stefan arrache les ailes de Maleficent a été regardée, ou plutôt vécue, par beaucoup comme une allégorie du viol4. C’est d’ailleurs probablement ce que c’est :

« Imaginez que vous avez êté droguée par quelqu’un en qui vous aviez confiance. Vous vous réveillez le matin, le visage dans la poussière. Vous avez mal. Votre apparence a changé et vous pouvez sentir que vous êtes différente alors que vous essayez de vous relever malgré la douleur. Au-delà de cet aspect physique, votre pouvoir vous a été volé Votre dignité. »5

Bien sûr certains ont vu à travers cela un commentaire plus large sur l’oppression : « Comme la plupart des victimes de l’oppression, la personne abusée répond en nature. Elle s’en prend à ceux qui sont plus petits et plus faible qu’elle. » Quoiqu’il en soit, le monde évangélique reste silencieux.

Face à cela, tous les critiques évangéliques que j’ai lus sont restés tragiquement silencieux. Oui, clairement la culture du viol dans notre société contemporaine n’appelle pas de parole et d’action de la part de l’Église… Ou alors ai-je raté quelque chose ?

Venons-en au bien et au mal. Je voudrais souligner plusieurs choses. Trois en particulier.

(1) Premièrement, nous avons besoin de héros qui restent des héros ; nous avons besoin d’antagonistes qui cristallisent l’opposition et qui, en cristallisant ce mal, servent à démontrer que le mal sera un jour totalement anéantit. Comme le disait Chesterton, comme le rappelait ensuite Lewis, laissons le mal être mal pour que les enfants voient que ce dernier peut être aboli. Entièrement, radicalement. Laissez le mal être mal pour que l’espérance puisse fulgurer dans les ténèbres. Laissez des dragons détruire un royaume enchanté, laissez un paladin venir se sacrifier pour sauver le peuple ; laissez l’ogre être décapité, laissez la justice être restaurée. C’est cela le pouvoir des contes de fées.

(2) Deuxièmement, nous devons laisser le mal être transformé en bien. Il ne s’agit pas de dire que le mal est un bien, mais d’affirmer que le « changement radical » est possible. C’est affirmer que le mal n’est pas automatique et n’est pas nécessaire. C’est aussi affirmer que le mal a une origine, qu’il ne fait pas partie du monde.

(3) Et enfin, troisièmement, cela signifie que nous devons absolument maintenir que rien n’est mauvais à l’origine, comme le disait Gandalf.

Je ne saisit alors pas très bien la critique obstinée du « mal pour le mal » ou du « bien et le mal se valent ». Nous aurions pu craindre cela. C’est vrai que la dernière phrase du film est peut-être la plus ambiguë : « Le royaume fut unit non pas par quelqu’un qui était soit héros soit antagoniste, mais par quelqu’un qui était à la fois héros et antagoniste, et son nom était Maleficent » Le bien et le mal, le héros et l’antagoniste sont-ils identiques, sont-ils égaux ? Tout se vaut-il ? Je ne suis pas personnellement convaincu que c’est cela que signifie cette dernière phrase. Maleficent a été héros et antagoniste, non pas en même temps, comme si le bien et le mal était identiques. Elle a été l’un puis l’autre, parce que nous ne sommes pas à l’abri du mal – nous l’avons tous vécu – et nous ne sommes pas hors de portée du rétablissement – nous l’espérons tous !

Cependant, jamais, dans les scènes finales, Maleficent ne prétend que ce qu’elle a fait était bien, que le mal était bien. Elle le regrette profondément. Est-ce de la repentance ? Hum… il faudrait encore voir. J’avoue être souvent sceptique lorsque les chrétiens voient trop facilement la rédemption partout.

Qu’il y ait bien quelque chose de problématique dans la confusion actuelle entre bien/mal, c’est certain. Que nous puissions être lassés par la rhétorique qui veut que si nous faisons le mal/du mal, c’est à cause de notre culture, de notre éducation, mais jamais à cause de qui nous sommes ;6 que finalement nous ne voulons pas le mal, mais que nous y sommes conduit… je le conçois bien, car je suis aussi un peu lassé par cette

Et cependant… je ne suis pas prêt à penser que parce qu’un personnage est le « méchant » il devait l’être nécessairement. Et je ne suis pas non plus prêt à croire qu’un « méchant » soit hors de portée de la rédemption.

Telle est ma foi.

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Notes :

1 Giambattista Basile, Le Conte des contes, Paris, Éditions de l’Alphée, 1986.

2 C’est bel et bien l’état du coeur humain, mais le tout est présenté de manière un peu rapide. Stefan est trop superficiel : comment devient-il aussi obsédé par le pouvoir ? Est-ce une fatalité de la nature humaine ? Est-ce simplement une lubie qui lui tombe dessus comme la foudre abat l’arbre isolé de la clairière ?

3 Après tout certains avaient dit la même chose du Seigneur des anneaux lors de sa publication il y a soixante ans !

4 « ‘Nous étions très conscients, l’écrivain et moi, que [la scène en question] était une métaphore pour le viol,’ a déclaré Angelina Jolie. ‘Le centre [du film] est l’abus ; comment la personne abusée a le choix entre abuser les autres ou surmonter son abus et demeurer une personne pleine d’amour, et d’ouverture. » Nina Bahadur, « Angelina Jolie: ‘Maleficent’ Scene Is A ‘Metaphor For Rape’ » The Huffington Post, en ligne http://www.huffingtonpost.com/2014/06/11/angelina-jolie-maleficent-rape-scene_n_5485633.html

5 Hayley Krischer, « The Maleficent Rape Scene That We Need to Talk About », Huffington Post, 06/06/2014, en ligne, http://www.huffingtonpost.com/hayley-krischer/the-maleficent-rape-scene_b_5445974.html?ncid=fcbklnkushpmg00000046

6 Comme ceci le résume bien : «Et maintenant, Godzilla est devenu une ‘figure du Christ,’ Hannibal est le spectacle cool du moment, et Cruella de Vil est en développement pour 2015 ; je dirais ‘la résistance est futile’, mais je m’attends à bien un Star Trek: Next Generation dans lequel on nous informera que les Borgs étaient juste une race extraterrestre bien intentionnée mais incomprise. » Kenneth R. Morefield, « Maleficent: She’s not bad, she was just drawn that way ». Christianity Today, en ligne http://www.christianitytoday.com/ct/2014/may-web-only/maleficent.html?paging=off

Peter Jackson, « Le Hobbit : La désolation de Smaug, » New Line, WingNut, 2013

De l’avis de la majorité des critiques1, La désolation de Smaug est une totale réussite cinématographique – je répète, cinématographique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne dirai absolument rien de ce qui fait la réussite de ce deuxième volet du Hobbit, car je partage l’essentiel des avis mentionnés ; à part pour ceux qui mettent le narratif de Un voyage inattendu au rang des niaiseries, ce qui est un jugement à mon sens difficilement compréhensible.

Je voudrais plutôt m’arrêter sur certains critiques négatives que j’ai lues ou entendues sur des blogs, sites dédiés ou encore de la part de « fans » de Tolkien. Je note d’ailleurs que côté « fans » la plupart sont modérés dans leurs critiques de Jackson. Pour ces critiques, le Hobbit de Jackson ressemblerait autant au Hobbit de Tolkien que la Comté de Frodo ressemblerait à celle de Saruman à la fin du Seigneur des anneaux. Autant dire : le Hobbit serait détruit, ravagé, méconnaissable. La plupart des critiques « officielles » très négatives, assez rares d’ailleurs, proviennent de critiques français, ce qui ne m’étonne pas au demeurant. Seul le cinéma français, obsédé par l’opinion haute et illusoire qu’il a de lui-même, fasciné par son propre existentialisme, peut avoir le type de critiques que chacun peut lire en ligne. Seul un cinéma français produisant à la chaîne des histoire aussi personnelles qu’inintéressantes pourra lancer un sort d’incinération sur Jackson pour ne pas avoir pris trois heures afin de présenter Beorn ou le Maire de Lacville. Bref, passons donc aux critiques principales qui ont été faites à l’encontre de cette dernière interprétation du Hobbit de Tolkien.

De la narration visuelle

Première critique : celle de la cohérence narrative, voire même pour certains, celle de l’absence narrative. Je ne peux nier que La désolation de Smaug impose au récit un rythme assez effréné, loin des multiples commencements du Voyage inattendu. Mais j’imagine aussi que je peux comprendre que Jackson, après avoir fait un premier volet plus lent, ait souhaité ne pas imposer à son audience un même rythme. Ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler le contraste entre La communauté de l’anneau et Les deux tours. On aime ou pas, mais là aussi avec un peu d’effort on peut comprendre les choix éditoriaux faits pour La désolation de Smaug. Mais soit. Prenons un ou deux exemples de ces coupures narratives.

À commencer par l’ouverture de La désolation de Smaug. Alors c’est vrai, le film ne reprend pas à la seconde près, la suite de Un voyage inattendu. Après quelques minutes de rencontre secrète entre Gandalf et Thorin, on retrouve la compagnie de nain quasiment arrivée chez Beorn, soit plusieurs jours après que les aigles les aient déposés à la fin du premier volet du Hobbit. D’où une coupure narrative « un peu décousue ». Mais quel est le problème ? Je ne suis pas certain de bien discerner l’enjeu, si ce n’est que Jackson a prit le parti de ne pas décrire chaque minute du périple de cette étrange compagnie. Coupure narrative ? Seulement si on manque d’imagination. Certes, Jackson ne montre pas tout, de la même manière que Tolkien ne décrivait pas tout. Je reconnais bien volontiers que Jackson fait quelques raccourcis narratifs et qu’il fait des choix tout à fait personnels, choix qui pourront sembler parfois bien arbitraires. Mais là encore, le tout est laissé à l’appréciation personnelle.

De même, lorsque les nains quittent Lacville pour se mettre à la recherche de la porte secrète, Tolkien les fait errer sur les pentes du Mont Solitaire pendant, ma foi, un bon moment ! Jackson, lui, a fait le choix de ne nous montrer cela qu’en quelques minutes : une journée est suffisante pour que la compagnie parte de Lacville et trouve in extremis la « porte de derrière ». Quel autre choix y avait-il ? Filmer 10 minutes d’errance au milieu d’une terre désolée. Oui, c’était une option. Aurait-elle été meilleure ? Cela dépend bien du critère utilisé pour répondre à cette question. Si vous êtres un littéraliste, vous répondrez que le meilleur choix est toujours de suivre à la lettre le Hobbit de Tolkien. Si vous êtes conscients que le Hobbit de Jackson est une interprétation (personnelle) de l’oeuvre de Tolkien, alors je ne suis pas certain de pouvoir dire qu’il y a un meilleur choix. Certainement celui qui a, au final, été fait est légitime et compréhensible, d’autant plus qu’à ce stade de La désolation de Smaug, nous avions déjà bien assez attendu pour ne pas que Jackons prenne encore 10 minutes avant l’instant fatidique.

Enfin, il y aurait bien aussi l’arrivée des nains chez Beorn. « Pourquoi, par la barbe de Radagast, ne pas suivre à la lettre la description de Tolkien ? C’est quand même pas compliqué ! », s’écrieront les scribes littéralistes de Denethor. À mon sens pour une raison très simple : ne pas faire trop répétitif. Observons. Un beau jour, de manière bien inattendue, alors que le héro est bien tranquille chez lui, on frappe à la porte : Oh, un nain. Puis de nouveau à la porte… un autre nain. Et comme si ce n’était pas assez … encore un nain ! Jusqu’à ce qu’il y en ait treize. Cette introduction de Thorin & Cie ne vous rappelle rien ? Tolkien a choisi d’introduire Thorin & Cie d’une manière similaire auprès de Bilbo et de Beorn. Or, si un tel parallèle marche parfaitement dans une structure littéraire, c’est moins le cas pour celle que Jackson a donné à son Hobbit. Deux scènes similaires dans deux films différents, cela aurait fait un peu trop répétitif. C’est ce qu’il a essayé d’éviter, et je ne le lui reprocherai pas. Jusque là, pas de quoi donner un elfe à bouffer à Arachne.

Tout cela pour dire qu’il ne faudrait pas confondre deux styles très différents : la narration littéraire et la « narration visuelle ». La deuxième a ses limites, elle a même de sérieuses faiblesses que souligne notamment Jacques Ellul dans son La parole humiliée : l’image aurait emprisonné les mots, ici le « narratif », au point de rendre ce dernier méconnaissable, voire impossible. C’est une analyse à poursuivre, car je suis assez sensible à l’argumentation générale d’Ellul. Ce qui me semble important de souligner, une nouvelle fois, c’est l’essentielle (dans le sens philosophique d’essence) différence entre un récit littéraire et un récit cinématographique. La plupart des critiques formulées à l’égard de l’interprétation de Jackson considère qu’un « film » se doit d’être un livre mis en image. C’est beaucoup plus compliqué, et prendre conscience de cette complexité, c’est déjà reconnaître l’énorme travail scénaristique accompli une nouvelle fois dans ce Hobbit.

Du réchauffé ou du recherché ?

Deuxième critique : Jackson nous sert du réchauffé. Le Hobbit, c’est du Seigneur des anneaux au micro onde. On prend les mêmes thèmes, les mêmes personnages, le même tout et on recommence quelques années avant avec en prime treize nains improbables. La preuve ? Jackson est tellement à sec côté idées originales qu’il se voit même contraint de recycler l’auberge du Poney Fringuant pour produire un imaginaire début de film avec la rencontre de Gandalf et de Thorin2. Oui, bien sûr. Et surtout ce serait oublier que Jackson connaît l’intégrale de Tolkien bien mieux que nous, et j’inclus mes années doctorales passées sur Tolkien. Ce serait oublier que lorsque je dis que Jackson connaît parfaitement son Tolkien je ne parle pas d’une solide connaissance du Hobbit et du Seigneur des anneaux mais de l’essentiel de Tolkien, incluant les 12 volumes de L’Histoire de la Terre du Milieu, Les Contes et Légendes Inachevés, et bien sûr le Silmarilion ainsi que les Lettres. Je doute qu’aucun des critiques que j’ai lus ou entendus, n’en aient fait autant.

Il faut ainsi éviter de sauter sur des wargs enragés afin de couper Jackson en dés avant de les jeter à bouffer aux Orcs. Il vaut mieux essayer d’ouvrir les Contes et légendes inachevés, volume 3, au chapitre « La quête d’Erebor », et là que voyons-nous ? Que tout commence par une rencontre « fortuite » entre Gandalf et Thorin – certes initiée par Thorin et non par Gandalf3. Du coup, les répétitions comme celle-ci, si elles sont « suffocantes » pour quelques rares critiques, ne sont que l’expression d’un sérieux travail de recherche et de connexion entre divers écrits du corpus tolkienien.

Certains parallèles étaient aussi nécessaire pour relier le Hobbit au Seigneur des anneaux. Parmi les détails importants se trouve le commentaire totalement imaginaire de Tauriel et Legolas, alors qu’ils débattent de l’engagement des elfes dans la guerre à venir : « Nous faisons partie de ce monde ». Ce commentaire, étant l’exact parallèle avec les Ents, sert de pont narratif entre les deux sagas. Et il faut reconnaître en cela un certain succès chez Jackson, d’autant plus que c’est un point important du développement historique du Troisième Âge : l’unité des races libres dans la lutte contre Sauron. Que ce soit les elfes de Mirkwood ou les Entes de Fangorn, tous en viennent à cette pénible prise de conscience : le monde ne sera plus comme avant et le mal nous atteindra tous, tôt ou tard.

On entendra aussi dire que Jackson en rajoute : d’ailleurs la compagnie de nains se fait constamment poursuivre par des hordes d’orcs alors que dans le livre, rien n’en est dit : « Où avez-vous vu que ça grouille d’orcs jusque chez Beorn ? » De toute évidence Jackson en rajouter pour donner du rythme à son film. À première vue, nulle part, en tous cas pas dans la source T, ne voyons-nous cela. Mais en cherchant un peu, on trouvera dans les manuscrits précédant la version définitive de la source T des ébauches laissées de côté par Tolkien dans lesquelles Beorn tombe, pendant la nuit, sur une patrouille de wargs et d’orcs toujours à la poursuite des nains4. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? La poursuite d’Azog a donc une certaine justification. Là aussi Jackson un fait un choix éditorial qui se justifie cependant au vu des modifications rédactionnelles opérées par Tolkien lui-même !

Du presbytérianisme tolkienien

On pourrait résumer l’ensemble des critiques en une expression : le presbytérianisme tolkienien. Je m’explique. La tradition presbytérienne (protestante) a utilisé ce qu’on appelle le « principe régulateur du culte » pour décrire ce qu’il était légitime d’intégrer au culte. Ce principe dit simplement que seuls les éléments expressément commandés dans la Bible sont permis dans le culte. Par contraste, une autre approche dit que tout ce qui n’est pas contraire à la Bible est permit dans le culte. Il en est de même pour les critiques que nous venons de mentionner. Pour certains, seuls les éléments présent dans Tolkien peuvent aire l’objet d’une adaptation cinématographique. Pour d’autres, dont je suis, peuvent être présents dans le film tout ce qui n’est pas contraire à Tolkien. Pour l’instant, je crois que Jackson n’a rien fait d’essentiellement contraire à Tolkien. Ce presbytérianisme tolkienien fonde donc une certaine approche de l’adaptation cinématographique, voire même donne une certaine approche à la capacité imaginative.

En effet, la légitimité de l’activité créatrice se trouve ici limitée par un « principe régulateur » d’adaptation qui restreint fortement la possibilité d’exprimer une imagination personnelle. Et c’est là que j’en viens au problème qui me semble être le problème principal de la plupart des critiques. C’est un problème d’imagination, mais j’ai l’impression ici de me répéter car il me semble avoir déjà fait déjà quatre fois le même type de commentaires. Mais il paraît que la répétition est un outil pédagogique nécessaire, alors répétons.

Certains modifications sont même une amélioration du récit de Tolkien. Rappelons-nous par exemple que les deux ouvrages de Tolkien conserveront quelques incohérences dues à un détail essentiel : lorsque Tolkien a écrit Le Hobbit, aucune suite n’était prévue. Ce qui a une conséquence particulièrement importante : l’anneau du Hobbit était magique, mais ce n’était pas l’anneau de Sauron. Cela posa un sérieux problème à Tolkien lorsqu’il se mit à la rédaction de la séquelle du Hobbit. Dans cette séquelle, dont nous savons ce qu’elle deviendra, l’anneau n’est plus simplement un pratique anneau magique mais une partie de Sauron, un serviteur à part entière de ce Seigneur ténébreux. Or, dans le Hobbit, l’anneau semble être quelque chose de bien utile mais de finalement pas si important, et certainement pas très « dangereux ». Jackson a essayé de mettre une plus grand cohérence dans le récit, notamment en rendant Biblo visible lors de sa conversation avec Smaug. L’original par Tolkien n’est d’ailleurs pas très clair là dessus, l’auteur lui-même ayant changé d’avis. On appréciera aussi de voir à l’écran la fascination destructrice que l’anneau commence déjà à avoir sur Bilbo, là aussi quelque chose que Tolkien ne pouvait pas montrer. Non seulement Jackson demeure cohérent avec Tolkien mais il apporte une dose de cohérence supplémentaire.

C’est la même chose pour la petite escapade de Gandalf à Dol Guldur. Mais par tous les marteaux de Durin, pourquoi va-t-il y mettre les pieds ? Dans la chronologie de Tolkien : (1) pour voir qui est le Nécromancien et (2) il trouve la clé de Thrain, emprisonné par Sauron. Pour ce qui est de (2), c’est trop tard. À cause du « condensé temporel » utilisé par Jackson, Thorin se trouve déjà en possession de la clé au moment où dans le film Gandalf explore Dol Guldur. Il fallait donc trouver une raison pour Gandalf d’aller à Dol Guldur. Mais il fallait aussi montrer le retour de Sauron, que Jackson choisit de montrer d’une manière qui, si elle n’est pas complètement convaincante n’est pas non plus dénuée de mérites. Comment rendre visuellement un Sauron désincarné ? Que le réalisateur avec une idée de génie jette le premier palantir à Peter Jackson. La confrontation de Gandalf et Sauron est certes… particulière. Mais elle a le mérite de s’attarder un peu sur ce qui faisait en réalité l’arrière plan épique du Hobbit, à savoir les évènements à Dol Guldur et la découverte du retour de Sauron. Non, sérieusement, l’exploration de Dol Guldur par Gandalf n’a rien de bien choquant : elle nous met au contraire face au dramatique retour de cet ennemi de la Terre du Milieu. Là aussi Jackson met dans le mille.

Pour ce qui est des rajouts que certains trouvent inacceptables, vouloir expliquer l’utilisation par Jackson des annexes et autres passages obscurs de Tolkien par une simple volonté de « remplissage »5, c’est ne pas faire justice aux efforts du réalisateur. De plus, ces annexes ne sont pas anodins et jettent parfois une lumière importante sur les évènements qui conduiront au Seigneur des anneaux. Je serais même presque prêt à dire que sans ces annexes, il était difficile que les trilogies du Hobbit et du Seigneur des anneaux puissent créer une vraie cohérence.

Certaines autres critiques sont un peu ridicules, comme de descendre en flamme un Jackson qui a uni en un seul personnage (Bard) l’archer légendaire et le batelier6. Franchement : c’est une excellent idée. Au lieu d’introduire des dizaines de personnages inutiles (sur lesquels d’ailleurs la source T ne dit rien dont on ne puisse se passer), Jackson décide de tout unifier en une narration centrée sur Bard. Là aussi on gagne en cohérence, en tous cas au niveau cinématographique. Nous avons maintenants trois « arcs » centrés sur les nains, Gandalf et Bard, trois parties du Hobbit qui seront unies dans le troisième volet. Pas de quoi fouetter un poney de la Comté.

La poursuite des orcs et la traque des deux elfes jusque dans Lacville est effectivement difficile à expliquer7. De même que l’empoisonnement de Kili – et on ne parle pas de cette « chose » entre notre bon nain et l’elfe innocente (hum)8. À moins que, pour ce qui concerne les premiers, Jackson ne prépare son troisième volet. Il lui faut en effet se préparer à expliquer comment les elfes vont à un moment débarquer à Lacville. Dans la source T (Tolkien), cela prend un bon moment, et Jackson ne peut décemment pas suivre la narration tolkienienne. Or là aussi le rythme cinématographique exige des changements, d’autant plus que Tolkien lui-même ne dit pas grand chose là dessus. Jackson est donc contraint d’expliquer autrement l’arrivée des elfes. Pour ce qui est des orcs, c’est à mon sens un peu le même principe, d’autant plus que Tolkien ne s’étend pas sur les raisons derrière la bataille des Cinq armées. Là aussi la source J (Jackson) a de grands mérites : il essaie de clarifier les raisons conduisant à cette bataille qui, à la fin de la source T, peut donner l’impression de tomber du ciel. En tous cas, nous verrons ce qu’il nous réserve dans le troisième volet, The Hobbit: There and Back Again.

Conclusion : comprendre avant de détruire

Pour conclure, je reste convaincu qu’une différence majeure entre les critiques très négatifs de La désolation de Smaug et ma propre appréciation de ce dernier est la suivante : il est nécessaire de comprendre les choix d’un auteur ou d’un réalisateur, ici de Jackson, avant de critiquer ces choix. Il est nécessaire de comprendre, de l’intérieur, une « vision » particulière. Si on ne comprend pas, on ne peut critique de manière pertinente. On se contente d’exprimer plus ou moins vocalement son désaccord. Mais peut-être est-ce le professeur d’apologétique qui parle ici. La première étape d’une bonne apologétique, c’est de comprendre de l’intérieur la position de votre interlocuteur. Une fois encore, il faudrait avant de massacrer Jackson ou de le laisser se faire dévorer vivant par des araignées affaméesse poser la question : a-t-il des raisons légitimes, compréhensibles? Certains choix n’en ont aucun, je l’ai déjà reconnu. Pour les autres, réfléchissons (un peu).

Ensuite, ne sacralisons pas Tolkien. Certains des choix faits par la source T peuvent être modifiés. Certains choix faits par Tolkien sont relativement incohérents dans son propre univers. Cet univers, ce monde, Tolkien l’a aussi voulu assez cohérent pour qu’il puisse continuer à vivre. Pour que la Terre du Milieu continue de vivre, il faut légitimer le continuationisme de l’imagination tolkienienne, ce que Jackson fait brillamment. Protéger Tolkien au delà de toute raison, c’est limiter notre imagination, voire même emprisonner la Terre du Milieu dans un carcan que Tolkien n’aurait (peut-être) pas imposé. Il ne faudrait quand même pas être plus protectionniste que Thranduil et refuser à Jackson de sortir du cadre tolkienien imposé par les « fans ».

Conclusion : le littéralisme tolkienien, sous prétexte de fidélité à Tolkien, refuse souvent de même essayer de comprendre les choix faits par Jackson. Et ainsi on ne peut apprécier La désolation de Smaug à sa juste valeur – qui est excellente. De mon côté, je continuerai à apprécier les deux sources (T et J), en ayant une préférence certaine pour la première – mais pas parce que je pense que Jackson aurait trahit Tolkien. J’ai peut-être ici trop défendu Jackson et pas assez Tolkien. J’avoue avoir une préférence pour une recension « trop généreuse » que trop critique, surtout quand cette dernière est à peine justifiée.

Je terminerai avec une remarque théologique. Certains auront remarqué des parallèles théologiques dans cette recension. Clairement, c’était volontaire. Je suis en effet frappé par des parallèles évidents. La majorité de ceux qui ont gentiment, mais fermement, allumé Jackson l’ont fait par littéralisme et je suis frappé de constater que ceci est en cohérence avec leur littéralisme biblique. L’interprétation d’un film et l’interprétation de la Bible sont donc étrangement parallèles. Cela pourrait-il refléter plus qu’une méthode d’interprétation et indiquer une certaine structure psychologique un poil rigide ? Cela nous conduirait aussi à dire que notre méthode d’interprétation de la Bible influence notre méthode d’interprétation de tant d’autres choses, comme celle d’un film. C’est une banalité. Mais la manière dont nous interprétons un film influence aussi la manière dont nous interprétons la Bible. Dans cette fin de modernité tardive où nous sommes toujours confrontés à des produits culturels, ces derniers ne transforment-t-ils pas inconsciemment la manière dont nous lisons la Bible ?

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Notes :

1 Avant d’être mis dans le même sac que Grishnákh, Langue de Serpent, Shagrat ou encore Gothmog, je rappelle que la « majorité » ne signifie pas tous. Donc ne venez pas objecter : « La majorité, oui, mais pas tous ». Je suis bien conscient de cela.

2 Christopher Orr, « The Hobbit 2 Is Bad Fan Fiction », The Atlantic, http://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2013/12/-em-the-hobbit-2-em-is-bad-fan-fiction/282316, accédé le 21 décembre 2013.

3 J.R.R. Tolkien, Contes et légendes inachevés, vol. 3, Paris, Christian Bourgois, 1982, pp. 79-103, ici p. 81 s.

4 John D. Rateliff, The History of the Hobbit. Part One: Mr Baggins, p. 241.

5 Mike McGranaghan, « The Hobbit: The Desolation of Smaug », http://aisleseat.com/hobbitsmaug.htm.

6 http://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2013/12/-em-the-hobbit-2-em-is-bad-fan-fiction/282316

7 Pour certains, les orcs (gobelins) ne jouent aucun rôle dans Tolkien, ce qui est loin d’être exact. Mais il faut faire l’effort de voir le Hobbit avec l’arrière-plan qui est le sien : la multiplication des orcs en Terre du Milieu, la découverte du retour de Sauron et le premier prélude à la Guerre de l’Anneau en cette bataille des Cinq armées.

8 Pour ce qui est de Kili, Jackson ré-imagine l’absence de Fili et Kili du Mont Solitaire pendant quelques jours, avant que les nains n’y soient assiégés. Alors oui, il y a là une sérieuse modification : cela ne tient plus de l’interprétation mais de la ré-imagination. Mais cela ne me gêne pas outre mesure car je ne vois pas Tolkien trahit par ces changements.

Leçons ecclésiales tirées des appendices du « Hobbit, un voyage inattendu », Peter Jackson, 2012

Tout le monde le sait, je vis dans la Terre du Milieu. De temps en temps il est vrai, je fais une incursion dans ce monde présent, comme il y a quelques jours lorsque j’ai reçu la version longue du Hobbit, un voyage inattendu. L’intérêt d’un tel Dvd n’est pas seulement dans les quelques trop rares minutes ajoutées par rapport à la version « cinéma », mais aussi tous les annexes parlant des divers aspects du tournage lui-même. Je trouve personnellement les quelques neuf heures d’annexe aussi passionnantes que le film lui-même. C’est donc sans surprise que j’ai dévoré en quelques jours les trois Dvd qui forment les annexes du Hobbit.

Et c’est là, au détour de quelques commentaires fait presque en passant par Peter Jackson que cela m’a frappé. Certaines réflexions pouvaient vraiment être transposées pour nos églises. J’en retiens, brièvement, cinq.

1) Une communauté, c’est passer du temps ensemble

Ce n’est pas la première fois que Jackson nous fait le coup. Ce fut déjà le cas lors du tournage du Seigneur des anneaux, particulièrement pour la première partie La Communauté de l’anneau. Il a créé une réelle atmosphère de « communauté », au sens fort du terme, entre les personnages de son film. Comment ? En faisant en sorte que ce soient les acteurs eux-mêmes qui forment une communauté car le principe de Jackson est le suivant : on voit à l’écran ce que les acteurs sont en réalité. C’est pour cela que Jackson a souvent fait en sorte, pour ses deux grandes trilogies, que les acteurs puissent passer près de deux ou trois semaines ensemble avant même le début du tournage. C’est là qu’ils apprennent ensemble… tout : le maniement des armes, le chant, le dialecte des nains, etc. Ils apprennent ensemble et cela contribue à créer une communauté de treize nains. Si les acteurs forment une « communauté » leurs personnages formeront aussi une communauté. S’il en est ainsi, c’est parce qu’ils ont passé du temps ensemble. Ils ne sont pas venus simplement pour tourner ensemble.

Nous rassemblons-nous seulement pour rendre un culte ensemble. Ou passons-nous du temps ensemble. Soyez assurés que je me pose aussi la question pour ma propre participation à la vie de mon église locale. Combien de temps passons-nous ensemble en dehors des cultes et autres réunions que nous voyons trop souvent comme des « obligations ». J’imagine assez peu. La réaction habituelle est de dire : « J’ai quand même une vie en dehors de l’église ! » En plus, soyons honnêtes, ceux qui y sont dans mon église seraient difficiles à vivre plus de trois heures par semaine ! Nous voulons une communauté de foi, oui, mais une communauté qui n’empiète pas trop sur notre vie. Une communauté qu’on puisse facilement maitriser en fin de compte.

Et pourtant, n’y a-t-il pas un lien quasi nécessaire entre « formation de la communauté » et le temps que nous passons avec/en communauté ? Ne nous y trompons pas : c’est en passant du temps ensemble que nous pouvons apprendre à nous connaître et donc apprendre à former une vraie communauté. Il n’y a ma foi pas des centaines de manière de faire : pour se connaître, il faut passer du temps ensemble. À moins de lire dans les pensées des autres, ce qu’a priori nous sommes peu à pouvoir faire. Passer du temps ensemble c’est prendre le risque de connaître les autres, parfois même de les connaître plus que nous n’aurions aimé ! Mais c’est alors prendre le risque de se laisser connaître.

Et finalement, passer du temps ensemble est un instrument de notre sanctification, car c’est en passant du temps ensemble que l’Esprit travaille en nous son amour, sa patience, sa joie, sa paix, sa persévérance, sa tempérance, sa compassion, son humilité, sa douceur, sa bonté. Ces « fruits » de l’Esprit nous lient d’un lien inaltérable ancré en notre union en un même Seigneur, d’où l’exhortation de Paul à souffrir ensemble, à pleurer ensemble. Mais Pour cela, il faut passer du temps ensemble… et ce précieux temps devient alors un instrument privilégié par lequel s’incarnent en nous les fruits de l’Esprit. Impossible de manifester et vivre ces derniers pendant les seules trente minutes de « temps fraternel » tous les dimanche après le culte.

2) Rire ensemble

L’un des attraits essentiels des trois Dvd supplémentaires du Hobbit, c’est l’humour qui transparaît régulièrement. Le rire et l’humour qui permet aux acteurs, aux doubles, et autres « cascadeurs », de pouvoir enchaîner les prises 5, 10, 35 fois de suite. Le même humour, le même rire qui leur permet aussi de continuer à être leur personnage même dans les situations les plus inconfortables et difficiles : les conditions climatiques (froid, pluie), fatigue, etc. Parce qu’il y a toujours de quoi rire.

C’est à se demander si nous ne sommes pas souvent un peu trop sérieux. Je veux dire, pas en tant que personnes. Je suis certain que nous sommes tous plein d’entrain, de joie et d’humour. Ce n’est pas cela qu’il faut se demander mais plutôt : « Rions-nous ensemble ? » Question un peu étrange : il y en a certainement de plus importantes. Et pourtant. La joie, voire même le rire qui en provient n’est-elle pas une caractéristique de la vie communautaire, par exemple dans l’Ancien Testament ?

Certains ont par exemple montré comment les fêtes « solennelles » en Israël (fêtes des huttes, du « grand pardon », des moissons) étaient le plus souvent des temps de réjouissance, même lorsqu’elles impliquaient une reconnaissance de péché devant Dieu. La solennité des fêtes n’était pas une austérité mais une joie collective, un rire communautaire ne présence du seul Libérateur :

« Il est possible de trouver, dans l’Ancien Testament, l’influence du rire divin dans les fêtes du peuple, dans la poésie du Cantique des cantiques, and dans d’autres anecdotes rapportées lors des cultes… »1

Cela pourra en étonner certain, car le rire a toujours éveillé la méfiance, jusque dans le dernier siècle. Ainsi, Jean Chrysostome affirmait dans l’une de ses prédications : « ce monde n’est pas un théâtre dans lequel nous pouvons rire, et nous ne sommes pas rassemblés ici pour éclater en rires, mais afin de pleurer pour nos péchés »2. Un certain nombre d’autres exemples pourraient être cités. Pourtant, le rire a son importance.

Tout d’abord, l’humour nous encourage à ne pas trop nous prendre au sérieux. Comme le disait Chesterton : « La raison pour laquelle les anges peuvent voler, c’est qu’ils se prennent à la légère ». L’humour encourage ainsi une certaine honnêteté dans nos échanges et dans nos interactions. Il nous encourage aussi à mettre à l’unisson notre foi et notre vie3. Mais l’humour et le rire nous aident aussi à combattre l’orgueil qui nous habite. Reinhold Niebuhr le notait d’ailleurs très bien lorsqu’il disait : « L’humour est une preuve de notre capacité d’atteindre un point duquel nous pouvons regarder à nous-mêmes. Le sens de l’humour est ainsi une conséquence de la transcendance… Cela signifie que la capacité à rire de nous-mêmes est le prélude à un sens de contrition »4.

Ensuite, l’humour et le rire sont aussi constitutifs de l’être humain, et peut-être aussi, par conséquent, peuvent-ils nous enseigner quelque chose au sujet des actions de Dieu. Cela ne signifie pas que nous devons conclure automatiquement que le rire est inhérent à la nature de Dieu. Mais nous pouvons cependant facilement conclure que l’humour (et l’ironie) sont démontrés dans l’économie de Dieu avec sa création. Si le rire n’est pas caractéristique de Dieu en lui-même (a se), il peut l’être de Dieu pour nous (pro nobis).

Enfin, le rire est un baume, est une médecine pour une humanité épuisée. Le rire est un instrument de guérison. C’est le rire de Proverbes 17.22 : « Un cœur joyeux est un bon remède ; un esprit abattu dessèche les os. » Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a une certaine sagesse ici… l’auteur de ce proverbe n’aurait pas vraiment été étonné d’entendre des scientifiques conclure que quelques minutes – ne serait-ce que quelques minutes ! – de rire par jour sont suffisantes pour mieux vivre ! Mais alors, s’il en est ainsi, quelle place pour le « rire ensemble » dans nos églises, groupes de maison, réunions d’évangélisation ?

3) Compatir et encourager

Une autre leçon qui nous est rappelée, c’est de prendre le temps de nous encourager les uns les autres, et de nous apprécier les uns les autres. Ces temps d’appréciation sont encore plus nécessaire lors de temps de crise, comme celui par lequel Ian McKellen, qui joue Gandalf, est passé lorsqu’il a du jouer une scène… sur fond vert. Ce n’était pas la première fois que McKellen avait a jouer sur un fond vert qui permet ensuite de faire des rajouts d’arrière-plan (etc.) par ordinateur. Mais en ce jour particulier, McKellen devait jouer la scène où les nains, Bilbo, et lui-même, préparent leur quête vers le Mont Solitaire. Et pour que la scène rende compte de la différence de taille entre Gandalf et les nains, il fallait que McKellen joue son rôle, seul. Seul au milieu d’un décor entièrement… vert, et imaginer qu’il avait autour de lui quatorze autres acteurs. Cette expérience, raconte l’acteur, fut profondément traumatisante et il fut pendant plusieurs jours totalement désorienté au point où McKellen était prêt à abandonner le tournage. Plutôt que de perdre son acteur, Jackson et toute son équipe organisèrent une « Journée d’appréciation de Gandalf » pour encourager McKellen.

Et pourquoi ne pas faire de même dans nos églises ? Nous traversons tous des temps d’angoisse, d’intense difficultés, des moments pendant lesquels nous avons l’impression de perdre pied, voire littéralement de couler. Malheureusement nous pouvons aussi avoir l’impression de traverser ces moments, tous seuls. Sans avoir l’impression que ceux qui devraient être à nos côtés nous soutiennent réellement. Alors ce n’est probablement qu’une impression, car il y a toujours des frères et sœurs pour prier pour nous. Mais nous ne le savons pas forcément, nous ne le voyons pas. Or l’encouragement a besoin de se manifester, par des mots, mais pourquoi pas, aussi, par ces formes peut-êtres plus inhabituelles de soutien et d’appréciation.

Allons plus loin : ne pouvons-nous pas organiser de telles journées de reconnaissance pour le service que certains rendent, dans l’ombre, à nos églises. Y compris les plus petites choses qui sont parfois le plus grand service : faire que le lieu de culte soit agréable, propre, rangé. Quand exprimons)nous notre appréciation et valorisons-nous le service – ministère – qu’ils nous rendent ?

Et même, soyons fous !, pourquoi ne pas avoir des journées d’appréciation… du pasteur ? Vous savez, celui qui vous doit 300% de son temps, qui doit savoir tout faire, de la cuisine aux prédications, qui se doit de ne pas avoir l’air parfait tout en faisant parfaitement les choses et qui surtout ne doit rien attendre de nous. Pourquoi ne pas lui montrer que nous apprécions tout ce qu’il fait, au-delà de nos critiques. Tout le monde a besoin d’encouragement, même le pasteur. Je vous avait prévenus, soyons fous !

4) Construire une communauté exige de vouloir cette communauté

Quatrième leçon : construire une communauté demande une certaine intentionnalité. De nombreux membres de l’équipe de tournage disent la même chose : pour tenir la distance, sur un projet aussi long et exigeant que le Hobbit, il faut être personnellement motivé par le projet. Il faut se sentir à sa place, il faut avoir l’impression de faire partie de l’équipe, que l’on soit acteur, caméraman, ou simplement homme à tout faire (du café au porteur de parasol). Et c’est l’une des forces de Jackson sur un projet comme celui-ci : « Il vous montre que vous faites partie de la communauté. »

La formation de la communauté chrétienne doit elle aussi être « intentionnelle ». Un petit mot d’avertissement ici : je n’utiliserais pas « intentionnelle » en référence aux récents livres et articles écrits sur « l’église intentionnelle »5. Par cela je veux simplement dire que pour former une réelle communauté, nous devons tous la vouloir, cette communauté. Nous devons vouloir grandir ensemble, nous devons vouloir démontrer que nous sommes prémisses du royaume qui vient. L’intentionnalité de la communauté chrétienne, c’est avoir l’intention de nous rassembler malgré les différences qui existeront toujours, c’est avoir l’intention de pardonner, c’est avoir l’intention de demander pardon, c’est avoir l’intention de former une communauté spirituelle qui transcende toutes les différences humaines.

5) Communication inter-personnelle

Enfin, petite démonstration de communication interpersonnelle : toujours vérifier qu’on a bien compris ce qui est dit, demandé, exprimé. Comme le dit Martin Freeman au sujet de Jackson : toute discussion est un « débat », dans le sens qu’il est nécessaire de toujours être certain d’avoir bien compris. Ainsi, précise Freeman, il lui fallait toujours demander : « Que veux tu que je fasse ? », « Comment veux-tu que je le fasse ? », « Et si je fais ça, ai-je bien compris ce que tu veux ? » Voilà une bonne démonstration de communication interpersonnelle.

Voilà qui nous servirait bien dans l’église. Nous faisons tous cette erreur : au cours d’une conversation, au détour d’une phrase mal formulée ou mal comprise, nous ne prenons pas la peine de vérifier que nous avons bien compris ce qui a été dit. Ce problème de mauvaise compréhension ou de mauvaise expression nourrit ensuite toute nos illusions, nos soupçons, nos jalousies. Viennent ensuite els conflits dans nos églises, conflits qui peuvent durer des générations entières.

Mais l’importance de ce principe de communication est aussi important dans l’exercice du ministère pastoral. Souvent des conflits, tensions, jalousies, incompréhensions, pourraient être évitées si nous prenions le temps de vérifier que nous avons bien compris ce que nos interlocuteurs nous disent. Cela nous servirait à la fois dans nos études bibliques, groupes de maison, mais aussi dans nos prédications et dans nos entretiens pastoraux. Nous sommes très souvent convaincus de savoir ce que les autres pensent, avant même qu’ils nous aient dit ce qu’ils pensent vraiment. Avec beaucoup de discernement, nous pouvons parfois avoir une petite idée de ce que notre interlocuteur pense. Mais ne supposons pas trop rapidement que nous savons parfaitement ce que les autres pensent. Laissons-les parler.

Cela nous sert aussi en apologétique. En effet l’apologétique, cette présentation de la foi chrétienne, se doit, afin d’être pertinente, d’avoir (1) bien compris les questions et les objections de nos interlocuteurs et (2) de bien comprendre leur propre position, philosophie, vision du monde. Là aussi, au lieu de sauter sur des conclusions qui sont parfois erronées, prenons le temps de comprendre les raisons que nos contemporains ont de ne pas croire.

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Notes :

1Jakob Jonsson, Humour and Irony in the New Testament: Illuminated by Parallels in Talmud and Midrash, (Leiden, The Netherlands: E. J. Brill, 1985), p. 47.

2Conrad Hyers, « Christian Humor: Uses and Abuses of Laughter, » Dialog 22 (Summer, 1983): 198.

3Kenneth Hildebrand, Achieving Real Happiness, (New York: Harper and Brothers Publishers, 1955), pp. 198-199.

4Morris J. Niedenthal, »A Comic Response to the Gospel: The Dethronement of the Powers, » Dialog 25 (Fall, 1986): 289.

5Cf. Randy Pope, The Intentional Church, Moody Publishers, 2006 ; Mark Dever et Paul Alexander, L’église intentionnelle, Editions IBG, 2008. Le qualificatif « intentionnel » semble d’ailleurs être le nouveau terme qui fait vendre. On trouvera aussi Mike Pearson, Intentional Leadership: Essentials for Healthy Church Grow ; T. J. Addington, High-Impact Church Boards: How to Develop Healthy, Intentional, and Empowered Church Leaders ; Sherry Weddell, Forming Intentional Disciples: The Path to Knowing and Following Jesus.

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Recension de Peter Jackson, « The Hobbit: An Unexpected Journey », 2012

The_Hobbit-_An_Unexpected_JourneyLa cohérence est un principe apologétique crucial, central, même, comme la plupart des étudiants l’ont appris de leurs cours. Cette cohérence entre, notamment, foi et vie, est démonstration visible de la vérité de la foi. Et s’il y a quelque chose qu’il faut reconnaître à Jackson c’est la cohérence entre la vision cinématographique du Seigneur des anneaux et celle qu’il nous offre dans cette première partie du Hobbit. La cohérence ? Rendez à Jackson ce qui est à Jackson, et à Tolkien ce qui est à Tolkien. Le récit est similaires mais les deux sources, différentes.

Dès l’apparition des lettres dorées « Hobbit » à l’écran, dès les premières mesures envoutantes faisant écho au Seigneur des anneaux, c’est la Terre du Milieu qui ressurgit des neuf dernières années de silence. Ce sont les mêmes accents musicaux, le même style visuel, les mêmes CGI. Peut-être trop le « même » d’ailleurs, si j’en crois certains critiques qui épinglerons le manque d’originalité du Hobbit. Mêmes effets spéciaux, mêmes décors, mêmes procédés visuels : pour certains tout cela finirait presque par être lassant.

On aurait pu en effet attendre plus, toujours plus, toujours mieux, mais pourquoi ? Pour rien : juste « plus ». Mais Le Hobbit : An Unexpected Journey n’est pas juste un film de « plus » en Terre du Milieu ! Il prépare, annonce, jette quelques jalons pour ce qui sera Le Seigneur des anneaux. La cohérence d’ensemble est, une fois de plus, nécessaire. Et pour ceux qui mettent la beauté, la vision globale de la Terre du Milieu, au centre de leurs attentes visuelles pour ces deux trilogies, la direction de Jackson est plus que satisfaisante ! Je serais même prêt à passer sur l’aspect un peu trop art nouveau de Rivendell—la dernière Maison Simple à l’Est de la Mer. Certains s’attendent à retrouver la même Comté, le même Gandalf et les mêmes paysages, des orcs presque familiers, des monstres et autres fééries (au sens tolkienien du terme) de la Terre du Milieu. Et pour ceux qui se plongeront, dans quelques années, dans les six opus de Jackson, cette vision demeurera prégnante jusqu’au passage dans le Cinquième Âge.

Cette vision, certes, est à prendre avec une légèreté créative laissant la liberté de recréer pour soi-même la Terre du Milieu. N’en reste pas moins que ce que Jackson, la source « J », nous présente est une interprétation du Hobbit de Tolkien. Et force est de constater que la localisation de cette vision créatrice dans ce modeste pays d’Océanie tient quasiment de l’inspiration. Sans faire de serment « fëanorien », je certifie devant les nains, les elfes, les hobbits et toutes les races libres, ainsi que devant Eru-Ilúvatar lui-même, que je ne prononcerai plus le nom « Nouvelle Zélande ». La Nouvelle Zélande, pour moi, n’existe plus. Mais la Terre du Milieu, elle, a émergé en Océanie, comme une Atlantide féérique sortie d’un imaginaire englouti.

Et, alors que j’entre dans la première demi-heure des quelques neuf heures auxquelles il faut nous attendre dans la version « cinéma » de ce Hobbit, une chose remarquable me saisit. Jackson est certainement le seul a pouvoir filmer autant de « débuts » pour le Hobbit que de « fins » pour le Seigneur des anneaux. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec la nécessaire lenteur narrative des débuts tolkieniens, le tout peut sembler frustrant. Nous passons en effet du futur (fête d’anniversaire coïncidant avec le début du Seigneur des anneaux) au lointain passé (le royaume d’Érebor), puis de retour au futur (la même fête d’anniversaire), et ensuite au présent (les événements du Hobbit). Ce procédé ne plaira pas à tout le monde, comme il en est pour le Denver Post : « À son détriment narratif, Le Hobbit fait beaucoup d’efforts afin d’établir le cadre de ce qui suivra. Certes, c’est une façon de commencer une trilogie, mais ce n’est certainement pas la meilleure. »1 Mais quel choix scénaristique la source « J » avait donc t-elle ? Commencer directement par le départ de Bilbo ?, et jeter alors dans la confusion les spectateurs qui n’auraient pas (encore!) lu le Hobbit ou ceux qui, de tout évidence comme beaucoup de critiques, auraient oublié une grande partie du livre. Fallait-il suivre à la lettre l’ouverture du Hobbit source « T » et prétendre que personne ne savait ce qu’était un hobbit comme si Le Seigneur des anneaux n’avait pas été porté à l’écran ?

Pour conserver l’essentiel de Tolkien, ce que tout le monde aurait du apprécier, Jackson avait un choix, qu’il a prit. Il lui fallait recourir à une « narration distanciée », à une rupture temporelle : c’est Bilbo qui, à l’époque du déroulement du Seigneur des anneaux, écrit dans le Livre Rouge de Westmarch (ou de Periannath) les évènements qui l’ont conduit à quitter précipitamment sa chère Comté, sans même un mouchoir de poche ! Non, à mon sens, Jackson a une fois de plus adopté la seule option qui à la fois (a) conservait au plus l’intégralité du texte de Tolkien, et (b) adaptait le Hobbit pour le cinéma.

D’aucuns trouveront donc que le Hobbit est par certains aspects trop familier, surtout dans son introduction, dans ses paysages … en fait, dans tout ou presque :

« Hey, vous vous souvenez de cet emplacement ou le personnage que vous aimiez dans le premier film ? Eh bien, Peter Jackson est bien trop heureux de vous les montrer à nouveau! C’est assez difficile de savoir si ces rappels au Seigneur des anneaux sont inclus pour relier les films ou pour les allonger. »2

Mais je reste convaincu que ces critiques auraient trouvé le moyen de tirer sur Jackson si il nous avait plongé directement dans son film. Certains ne s’en sont d’ailleurs pas privés. Que dire de ces critiques en particulier ? Et bien pour commencer on ne dit pas Tolkein mais Tolkien, et avec cette orthographie incompétente disparaît la crédibilité de cet auteur, telle la fumée de la pipe de Bilbo. En fin de compte il faut bien que les critiques trouvent une « critique » comme faire-valoir de leur talent … ou tout simplement pour justifier leur existence.

Alors oui, certains critiques en voudront à Jackson de s’épancher en longues explications, en aller-et-retour, et regretteront ne serait-ce qu’une minute du Hobbit, à l’instar de l’auteur écrivant pour le Christian Science Monitor : « Ma première pensée en regardant le Hobbit fut : «Avons-nous vraiment besoin de ce film ? Ce fut aussi ma dernière pensée. »3 Probablement. Mais il doit en être ainsi pour tous ceux qui ne souhaitent pas d’adaptation du Hobbit. En quel cas il faudrait justifier pourquoi une adaptation de Tolkien n’est pas souhaitable au lieu de simplement clamer sa désapprobation. Pour ma part, il est vrai que je suis bien trop heureux de retrouver les couleurs et les lieux de la Terre du Milieu, source « J ».

Du détail et de la vraisemblance

Bien sûr, il est difficile de garder un œil non critique, surtout après dizaines de lectures de l’oeuvre de Tolkien. Ainsi, il est normal de chercher les détails impossibles. Par exemple : les géants de pierre. Ma première réaction fut de critiquer Jackson d’avoir introduit quelque chose qui peut-être visuellement « marche », mais qui est étranger à Tolkien. Une fois rentré, première chose faite : vérifier bien sûr dans mon édition du Hobbit. Le résultat fut pour le moins surprenant : ces géants de pierre sont littéralement là, au début du chapitre quatre.

Jackson : 1 vs. Docteur ès Tolkien : 0

La présentation du Taureau Rugissant, Took, celui qui fit voler la tête du chef gobelin à plus de cents mètres et qui ainsi … inventa le golf. Voilà aussi un détail non canonique chez Tolkien, mais qui cependant s’insérait bien dans la scène jouée par McKellen. Mais prit de doute par mon premier échec je me replonge dans le Hobbit : ce détail est bien présent.

Jackson : 2 vs. Docteur ès Tolkien : 0

Et puisque « jamais deux sans trois » : que dire d’Azog, l’orc albinos ? Certainement ce dernier est étranger au Hobbit ? A ce stade, et puisque warg échaudé craint l’eau froide, je commence à me dire que Azog est un vrai personnage du corpus tolkienien et qu’i doit avoir un rôle. Et effectivement, si Azog n’est pas dans le Hobbit, il est capitaine des orcs du nord, père de Bolg qui commanda l’armée des orcs à la Bataille des Cinq armées à la fin du Hobbit. Changement de détail, mais détail cohérent avec Tolkien.

Jackson : 3 vs. Docteur ès Tolkien : 0

 Pour couronner le tout, j’étais convaincu que Jackson & Cie. avaient ajouté cette histoire au sujet de l’origine du surnom de Thorin Écu-de-chêne. Un ajout mais bien trouvé cependant ! Cohérent avec Tolkien, convaincant et pertinent. Que nenni ! Cf. Tolkien : tout ce qui est décrit dans le Hobbit, source « J », provient des fins fonds de Tolkien—des fins fonds, peut-être, mais de Tolkien, certainement! Reportez-vous à la bataille d’Azanulbizar devant les portes de la Moria en l’an 2799 du troisième âge, et vous y lirez la mort tragique de Thrór par la main d’Azog … mais dans la source « T », le fils de Thrór, Thráin, ne disparaît pas.

Jackson : 4 vs. Docteur ès Tolkien : 0

 Leçon d’humilité de la journée : dans le prochain opus du Hobbit, même si je me retrouve avec Bilbo confrontant Darth Vader ou Yoda confessant à Gollum « Je suis ton père », je croirais que Jackson a tout simplement une bonne raison et que tout cela est made in Tolkien. Yoda sera donc le père de Gollum. Avec les deux derniers exemples, nous touchons là à un détail important qui distingue film et livre, et peut-être même films et livres : la narration. Tous les deux utilisent des procédés narratifs, mais le film est nécessairement plus rapide dans son adaptation narrative. Certains raccourcis doivent donc être faits, tout en demeurant au plus fidèle à Tolkien. Malheureusement beaucoup de critiques semblent avoir développé une aversion pour le concept même d’adaptation, comme si adapter la temporalité de la narration littéraire au profit d’une narration cinématographique était similaire à corrompre le blanc du manteau de Saruman.

 La critique du Telegraph concernant le temps de film par page du Hobbit est donc largement injustifiée et inutile. Calculer que le film tourne en moyenne 80 secondes par pages du livre est, comment dire, orquement ridicule4. A croire même que cet uruk-haï en particulier n’a que peu d’intérêt pour la narration : certes le procédé de la source « J » peut surprendre, mais qu’il prenne son temps pour installer le Hobbit dans le trente première minute n’est pas un luxe. Oui il y a des noms, des généalogies, des lignées de rois nains ; oui, il y a un royaume détruit et calciné (et non il n’y a pas de cristal magique!). Oui, oui, et triple oui !, par la barbe de Gandalf, tout cela est nécessaire.

 Puisque nous sommes dans le détail, le seul petit détail incohérent est une question de « durée » : lorsque le Hobbit s’ouvre, Bilbo commence seulement la rédaction de son « aventure ». C’est la nuit précédant sa fête d’anniversaire, ses un-décante-et-un ans, et donc sa disparition mystérieuse. Le lendemain matin, ce même Bilbo commente sèchement à Frodo : « Ce n’est pas prêt ». Et pourtant, lorsque le Seigneur des anneaux commence, nous voyons Bilbo entrain de commencer la rédaction du prologue. Le talent d’écrivain de notre hobbit, et sa rapidité, sont déconcertants : écrire plus de 300 pp. À la plume en une nuit ! Mais si cette incohérence chronologique est l’une des rares à charge de Jackson, nous pouvons largement le lui pardonner.

Du Hobbit au Hobbit

Il est vrai que le Hobbit, source « J » n’a pas la qualité d’un film pour enfants, mais la version Tolkien l’était-elle vraiment ? On dira peut-être que la version « J » est remplie d’actions mal introduites, de scènes inutiles ne servant qu’à gagner du temps et donc, à allonger la franchise Jackson, donnant à ce dernier la possibilité d’en gagner plus—non du temps, mais de l’argent. Jackson serait-il attiré par le seul bénéfice, tel Smaug convoitant le trésor d’Érebor ? A en croire certains critiques, c’est la seule manière de voir les choses. Rien ne justifie que ce premier opus du Hobbit soit « action packed ». rien ne justifiera d’ailleurs trois Hobbit.

L’ajout gratuit de scènes d’actions ne servant qu’à faire jouer Weta est, pour certains, flagrant en plusieurs occasions : du combat entre Thorin et Azog à l’apparition des géants de pierre (encore eux!)5 . Comme je l’ai indiqué, en ce qui concerne ces derniers, il n’y a rien de particulièrement choquant. Certes la source « J » en rajoute un peu, mais rien qui ne porte à préjudice. En tous cas pour celui qui a un atome de patience. Certes un critique ne peut pas tout savoir, mais si il a de l’honnêteté artistique, il essaiera au moins de vérifier ses « opinions ». Et avec ce minimum d’honnêteté, Mme Ann Hornaday, du Washington Post ne se plaindrait pas de choses somme toute évidentes.

Mais peut-être que l’un des problèmes des critiques, au delà de la stricte comparaison entre deux choses essentiellement différentes, est que bien souvent ils ne semblent faire aucun cas du Hobbit de Tolkien. Simple exemple : appeler le Hobbit de Tolkien un comte de fées simpliste est une claire démonstration qu’on est aussi familier avec le Hobbit qu’un uruk-hai ne l’est avec le foklore elfique6. De la structure du Hobbit de Jackson au casting, des choix directoriaux au contenu cinématographique lui-même, les critiques sont aussi nourries que l’assaut des orcs au gouffre de Helm. Prenons certaines de ces critiques. Pour le Washington Post, la production de Jackson n’est qu’une succession inintéressante de marcher-parler-combattre7. La question n’est pas de savoir si la version « J » se structure ainsi mais de voir si l’original « T » suit cette structure précise. Si la réponse du lecteur est positive alors il faut conclure que l’interprétation « J » ne fait que suivre la source autoritative « T » . Il faut d’abord revoir son Tolkien avant de critique la source « J ».

 Ainsi, que tous les balrogs de Morgoth me pourchassent si je parviens à dire, avec l’auteur écrivant pour CNN qu’il n’y a aucun enjeu au Hobbit8. Une fois de plus, il est aussi clair que la lumière d’Eärendil, que ce dernier n’a pas réfléchi, ou n’a pas conscience de l’importance de nombreux éléments qui apparaissent dans l’adaptation de Jackson. Dans les deux cas, le silence est de mise au lieu d’indiquer :

 « Une fois le groupe se met en route pour son voyage, cependant, Jackson commence à accumuler, petit à petit, des scènes d’actions et des incidents étranges. Il ne suffit pas que notre héros doive combattre le Grand Gobelin et sa terrible horde, ils doivent aussi combattre un seigneur de guerre orc brutal qui garde une rancune de longue date à l’encontre de Thorin. Pendant ce temps, un mystérieux nécromancien a élu domicile dans une forteresse abandonnée, et la forêt elle-même montre des signes d’influence maligne. Même les araignées—que nous ne verrons pas vraiment avant le prochain film—reçoivent un certain traitement. »9

Une fois encore le Hobbit, source « J » est le Hobbit source « T », adapté, interprété, mais tout aussi fidèlement que si vous, moi, Sylvebarbe ou Aragorn lui-même relisaient le manuscrit du Livre Rouge. Tout cela fait partie intégrante d’un scénario extrêmement structuré sur lequel nous reviendront.

 Mais que veulent les critiques ?

Après plusieurs lectures, après plusieurs recensions, une seule question reste en suspend : que veulent les critiques ? Il ne faut pas un film trop rempli d’action ; mais il ne faut pas non plus prendre trop de temps. Il ne faut pas trop de généalogies et de discours ; mais il faut bien introduire ses personnages et son scénario. Encore et toujours : le travail de critique doit se « mériter » et doit mériter son salaire. Pour ce faire, il est bien nécessaire de trouver des choses, si ce n’est pertinentes et intéressantes, au moins cyniques et ironiques. Apposer des adjectifs est un travail créatif certainement plus épuisant que l’adaptation du chef d’œuvre de Tolkien !

3dconceptsketch1Mais les critiques perdent presque tout leur sens lorsqu’ils se concentrent sur des questions techniques comme la qualité des « effets spéciaux » (CGI et autres), et surtout dans le cas présent sur le choix de Jackson de filmer en HFR (High Film Rate) de 48p (images par seconde). Et là, toutes les conclusions sont permises : le film donne plus de clarté et de visibilité pour certains, alors que pour d’autres il a l’aspect d’un mauvais jeux vidéo. Pour certains il n’est que l’expression de désirs de grandeur de Jackson, pour d’autres il représente une avancée dans la technique de production. Pour la recension de CNN :

 « La théorie derrière cette technologie de pointe—technologie qui double les 24 images par seconde qui furent la norme depuis l’époque du film muet—est que le taux d’images plus rapide permet plus de luminescence, contrebalançant la perte encourue en 3D. C’est plus clair, plus lumineux et plus immersive—en théorie. Dans la pratique, c’est plus clair, la lumière plus vive, et c’est tout à fait aliénant. »10

Et il est vrai que Jackson a beaucoup misé sur le 48p en 3D au point de faire réaliser des croquis en 3D par John Howe et Alan Lee !

Bien sûr que nous préférions tous des CGI convaincants, ces derniers sont-ils les seuls indicateurs de la qualité d’un film tel que le Hobbit ? Le devraient-ils ? À en lire certains, je pourrais le croire. Ce serait malheureusement ignorer que l’excellence de tous les effets spéciaux, serait-ce même avec tout l’art d’Elrond et de Galadriel réunis, peuvent avoir comme conséquences négatives de limiter notre imagination. La qualité d’un film comme celui-ci se mesure aussi à la liberté qu’il laisse à la simplicité de l’imagination.

Mais de nos jours, c’est la technologie qui contrôle ce que nous pensons de nos films. C’est la qualité l’excellence technologique qui commande nos recensions. C’est elle qui motive nos désirs, nos attentes, et qui conditionne notre appréciation. Dans technologie, il n’y a plus d’art : il faut que tout soit plus réel que le réel ou cela « ne marche pas ». La concentration de certains critiques sur le 48p prouve que beaucoup se soucient plus de cette technique somme toute non centrale au film, que sur le contenu scénaristique.

Et je n’ai vu nulle part dans les recensions une appréciation du développement scénaristique ! Et pourtant la première réussite du Hobbit, comme ce fut le cas pour Le Seigneur des anneaux. Et pour le peu qui soulèvent des considérations scénaristiques, les conclusions ne sont pas à la hauteur de la réalité. C’est à se demander si nous voyons dans le même Palantir !

« Ayant travaillé à partir d’un scénario écrit avec Guillermo del Toro, Fran Walsh et Philippa Boyens, Jackson passe beaucoup de temps sur des explications qui entraînent beaucoup de discours informatifs insensés ainsi que de présentations de personnages, mais qui ne dit pas grand chose par le biais d’une implication ou d’un dynamisme émotionnel. »11

Oui, il y a bien un ou deux moments où le dialogue n’est pas satisfaisant comme dans la réplique suivante de Gandalf Galadriel :

« Saruman pense que seul un grand pouvoir peut tenir le Mal en échec. Mais ce n’est pas ce que j’ai appris. J’ai appris que ce sont les petits actes du quotidien, de personnes ordinaires qui tiennent le Mal en respect … de petits actes de bonté et d’amour. Pourquoi Bilbo Sacquet ? Peut-être parce que j’ai peur et qu’il me redonne du courage.»

Cette réplique est l’une des rares que je trouve étrangère à Tolkien, tout comme lorsque dans La communauté de l’anneau, Gandalf conseille à Frodo : « Croyez en vous-mêmes ». Mais en dehors de cela : pas d’engagement émotionnel ? Je ne peux qu’exprimer mon fort désaccord : du poème Misty mountain mis en chanson par Howard Shore au jeux de devinettes, l’émotion est présente. C’est justement pour cela que je ne pourrais pas conclure : « Lorsque Gollum perd son précieux anneau et ne peux trouver Bilbo, le désespoir sur son visage invite presque à la pitié. « 12 Si l’auteur relisait son Tolkien ou prenait la peine d’écouter Gandalf, il saurait que nous ne sommes pas « presque » invités à la pitié mais que nous lui devons la pitié.

Que veulent donc les critiques ? Comprendre Tolkien ou passer outre ? Voilà la seule question. On veut comprendre Tolkien ou on ne le veut pas, comme le résume bien l’auteur du Huffington Post, probablement l’une des meilleurs recensions en date au titre éloquent : « Vous n’aimez pas Le Hobbit de Peter Jackson ? Alors vous ne comprenez rien à Tolkien. »13 Ce qui est certainement vrai. Malgré ses quelques défauts, ses adaptations, quelques ratés, An Unexpected Journey est à la hauteur de toutes, ou en grande partie, de mes attentes. Fidélité à Tolkien, beauté visuelle, grandeur musicale. Cela me suffit …

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Notes :

1 Lisa Kennedy, « Movie review: The Hobbit sets off with lots of action but not enough heart », Denver Post, 9 décembre 2012.

2Drew Taylor, « The Hobbit Review: The Pros And Cons Of The Lord Of The Rings‘ Prequel », Moviefone, 19 décembre 2012. Voir aussi Christopher Orr, « The Oversized Ambitions of ‘The Hobbit’ », The Atlantic, 14 décembre 2012.

3 Peter Rainer, Christian Science Monitor,

4Robbie Collin, « The Hobbit – An Unexpected Journey, film review », The Telegraph, 9 décembre 2012.

5« But he also seems to have ginned up the action simply for its own sake, such as when two mountains come to rock ’em-sock ’em life in an earth-shattering mano-a-mano that looks like one of Ray Harryhausen’s rejected outtakes. » Ann Hornaday, « The Hobbit: An Unexpected Journey », Washington Post, 26 décembre 2012.

6Drew Taylor, « The Hobbit Review: The Pros And Cons Of The Lord Of The Rings‘ Prequel ».

7« But purely on its own terms, “An Unexpected Journey” can’t be seen as anything but a disappointment, a dreary, episodic series of lumbering walk-talk-fight sequences that often looks less like genuine cinema than a large-scale video game, its high-def aesthetic and mushy close-ups perfectly suited to its presumed end-use on a living room wall or iPhone. » Hornaday, « The Hobbit: An Unexpected Journey ». C’est aussi l’opinion de Liam Lacey écrivant pour Globe and Mail : « The repeated iterations of fight, flight and respite here get wearing. Especially perhaps because, with Jackson’s fetish for detail, they take more time to watch on screen than to read about. ».

8« Even if it’s something of a dry run for Frodo’s odyssey, « The Hobbit » is a different beast. There’s so much less at stake in the story of Bilbo Baggins (Martin Freeman) joining Gandalf (Ian McKellen) and a band of dwarves in a raid on a dragon’s mountainous lair. ». Tom Charity, « Review: ‘Hobbit’ a sluggish misadventure with a TV sheen », CNN, 18 décembre 2012.

9Orr, « The Oversized Ambitions of The Hobbit ».

10Charity, « Review: ‘Hobbit’ a sluggish misadventure with a TV sheen ».

11Hornaday, « The Hobbit: An Unexpected Journey ».

12Kennedy, « Movie review: The Hobbit sets off with lots of action but not enough heart ».

13Seth Abramson, « Dislike Peter Jackson’s The Hobbit? Then You Don’t Know Tolkien », Huffington Post,

La Vie rêvée des Licornes

Interview de Yannick Imbert

professeur d’Apologétique à la Faculté Jean Calvin d’Aix-en-Provence

Propos recueillis par Pierre de Mareüil, publiés dans  Horizons Evangéliques

 

Lewis est connu comme théologien évangélique, or vous semblez plus vous intéresser à Tolkien. Y a-t-il une raison à cela ?

J’ai beaucoup travaillé sur Tolkien ces derniers temps et moins sur Lewis… Mais de mon modeste avis d’amateur de littérature fantastique, Lewis est supérieur à Tolkien en une chose : il y a des licornes dans Narnia ! Au-delà de cette différence, ces deux auteurs sont d’une similarité surprenante pour qui veut bien leur prêter non seulement ses oreilles mais aussi ses rêves, son imagination. Car c’est bien de cela qu’il s’agit chez eux : la reconquête de l’imagination.

Qu’est-ce qui à motivé cette reconquête ?

 L’imagination faisait partie du monde dans lequel ils vivaient. Ils ont eu tous deux une enfance plus ou moins difficile, orphelins, loin de chez eux… c’est l’imagination qui les a poussés à aller de l’avant. Ils ont aussi grandi dans un société : l’Angleterre de la fin du 19e, où l’imagination était vue comme une véritable réponse à l’industrialisation. Tout un mouvement s’était développé dans ce sens.

La foi chrétienne leur a fait comprendre que l’imagination faisait partie intégrante de ce que nous sommes parce que nous sommes créés à l’image de Dieu. Tolkien, en particulier, l’a beaucoup mis en avant : si nous avons une imagination, c’est parce que Dieu lui-même est un artiste. Il a fait preuve d’imagination en nous créant. C’est pourquoi, nous avons tous cette capacité d’imaginer, ou comme le disait Tolkien, à re-créer.

Pour Lewis, l’imagination a joué un grand rôle dans sa conversion. Il n’arrivait pas à accepter la résurrection du Christ. Pourtant, il s’intéressait beaucoup, comme Tolkien, aux mythologies nordiques où des dieux (ou demi-dieux) mourraient et revenaient à la vie. Or, pour tous deux, les mythes étaient très importants dans leur réflexion. Ils considéraient qu’ils exprimaient une vérité sur l’homme et son histoire. Tolkien a démontré à Lewis que son rejet du christianisme n’était pas aussi rationnel qu’il le pensait lui-même, que s’il accordait de l’intérêt aux mythes nordiques : il ne pouvait ainsi rejeter le « mythe » chrétien de la résurrection du Christ. Lewis a été convaincu puis s’est converti.

Quel était pour eux le rôle de l’imaginaire ?

 L’imaginaire et le réel ne s’opposent pas, au contraire ils se complètent. L’imagination combinée à la raison peut rendre notre monde plus réel parce qu’elle apporte, en lien avec la foi, du sens à ce monde. Les licornes, en vérité, vivent dans le monde imaginaire. Elles y naissent et y passent. Que ce soit dans le monde que nous imaginons ou celui dans lequel nous vivons… comme les licornes, nous naissons et passons.

N’y a-t-il pas contradiction à mettre ensemble la mythologie et la foi chrétienne ?

 Pour Lewis et Tolkien, l’homme peut connaître Dieu au travers de la nature et de la création. C’est comme cela qu’ils comprenaient le rôle de l’imagination et de la mythologie. Pour Tolkien en particulier, les mythologies sont des explications au sujet de la divinité que les hommes ont écrit et qui reflètent quelque chose de réel. Elles ne sont pas vraies en elles-mêmes, mais elles ont toutes des étincelles de vérité parce qu’elles ont été faites pour rechercher le Créateur. Mais pour lui, la véritable mythologie est celle qui parle du vrai Dieu. Le seul vrai mythe c’est l’incarnation, la mort et la résurrection du Christ.

N’est-ce pas choquant de parler du Christ comme d’un mythe ?

 Nous avons tendance à considérer le mythe comme quelque chose de mensonger. Tolkien y amène une dimension d’histoire. Le Christ est le seul vrai mythe parce que c’est la seule fois dans l’histoire où Dieu s’est fait homme. Le mythe est alors devenu l’histoire. La Bible est le vrai mythe car c’est un récit écrit par des hommes et inspiré par Dieu. On peut dire que le seul moyen de bien comprendre les mythes, c’est de comprendre l’incarnation du Christ, centre de la révélation de Dieu qui nous donne le moyen de comprendre le monde. Elle donne le sens à toute l’histoire humaine.

Pourtant dans Le Seigneur des Anneaux, la divinité est plutôt absente…

 Oui, cela explique en partie la raison de la méfiance vis-à-vis Tolkien de la part monde chrétien francophone et en particulier évangélique. C’est aussi parce qu’on ne connaît -en France- de Tolkien que Le Seigneur des Anneaux. Or, ce n’est pas ça la mythologie que Tolkien à écrite. C’est un récit épique qui rentre dans sa mythologie de la Terre du Milieu. Mais cette mythologie, on la retrouve beaucoup plus dans le Sillmarillon. Dans le premier chapitre, qui concerne la création du monde, on est saisi par l’influence du récit biblique. Ceci dit, quand on connaît toute l’histoire de la Terre du milieu, on retrouve dans le Seigneur des Anneaux des traces de la divinité au travers des poèmes.

Quel lien peut-on faire entre la littérature fantastique et l’Évangile ?

 Pour Tolkien, il y a trois caractéristiques principales dans cette littérature :

la restauration, retrouver une vision correcte du monde ;

la dimension échappatoire à un monde qui n’est pas tel qu’il devrait être ;

la consolation dans le monde dans lequel on vit.

Ce troisième aspect était pour lui le plus important et venait de sa foi chrétienne : la consolation qu’on voit dans les mythologies ou dans les contes de fées, c’est la consolation qu’on a en Christ. C’est aussi ce qu’il a voulu faire dans ses livres : la consolation dans le Seigneur des Anneaux :la consolation est vue dans le renversement soudain d’une situation catastrophique. À chaque fois que l’échec est assuré, il se produit ce que Tolkien appelait une eu-catastrophe, une bonne catastrophe, c’est-à-dire un événement qui renverse la situation. L’incarnation est la « bonne catastrophe » par excellence dans l’histoire de l’homme. La consolation comprise ainsi est l’essence de la littérature imaginaire. Or, il n’y a pas de consolation s’il n’y a pas de mort et de résurrection.

Il n’y a pas de joie sans tristesse ou événement dramatique. Mais un événement dramatique seul n’apporte rien du tout. Dans une vraie consolation, il y a les deux. On ne s’arrête pas à la mort du Christ. Mais à l’inverse, la résurrection n’a aucun sens si Christ n’est pas vraiment mort. Voilà ce qu’est la consolation et c’est en Christ seul qu’on la trouve. Il n’y a pas de vraie littérature imaginaire sans consolation.

Nicolas Bonnal, « Tolkien, Les univers d’un magicien », Les Belles Lettres, 2002, 283pp.

Note : ce court article a été écrit il y a presque dix ans alors que je rédigeais mon mémoire de Maîtrise en Théologie sur le mal dans le Seigneur des anneaux. Il va de soi qu’en dix ans le style aurait changé … mais l’appréciation de cet ouvrage reste, fondamentalement, identique.

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Avec ce livre au titre pourtant prometteur, le lecteur tournant la page finale se trouve confronté à un choix pour le moins cornélien : tout jeter ou essayer de trouver un aspect positif à cette lecture. Hormis le fait que le lecteur a progresser dans sa maîtrise de soi et dans sa patience, ayant fait l’effort de lire l’ouvrage jusqu’à sa conclusion. A vrai dire … c’est à peu près le seule bénéfice des quelques heures passées dans ces 280 pages.

La grande thèse de N. Bonnal est que la dimension ésotérique est omniprésente dans Seigneur des Anneaux. La thèse de départ, pour tous ceux qui connaissent un tant soit peu J.R.R. Tolkien, est a priori discutable, vous en conviendrez ! Du point de vue de l’écriture même du livre (pour ne commencer par là), Bonnal a la fâcheuse tendance à ne pas citer ses sources. Remarquez, il vaut mieux parce que certaines pages seraient faites de traductions intégrales ! Quand on utilise un bouquin, on se doit de le citer. Au lieu de cela Bonnal fait du plagiat, notamment de Tolkien : A biography de Humphrey Carpenter dont il rapporte des passages entiers.

De plus, certaines de ses citations n’ont rien à voir avec ce qu’il veut montrer et d’autres sont employées dans un mauvais sens. Par exemple, p. 26, lorsque Tolkien écrit :

 « mon œuvre a échappé à tout contrôle, et j’ai produit un monstre : une aventure d’une longueur immense, compliquée, plutôt triste et même terrifiante ne convenant pas aux enfants (et peut-être à personne). »

Et Bonnal de conclure :

 « Tolkien est un grand créateur d’horreurs et de mondes terribles » (241)

Alors certes le mot « terrifiante » est écrit. Cela veut-il dire que nous devons en conclure que Tolkien avait littéralement créé un monstre sur lequel il n’avait pas de prise ? Bien sûr que non ! Tout auteur a expérimenté ce sentiment étrange que ce qu’il écrit, soit le dépasse, soit devient maître de lui. Ayant rédigé une thèse … je pense aussi avoir accouché d’un monstre (bien différent et de qualité moyenne) ! C.S. Lewis a connu la même chose lors de l’écriture du 16e volume du Oxford History of English Literature au point où cet acronyme OHEL est devenu pour Lewis … « Oh, hell ! »

De plus, lorsque Tolkien écrit cela il est entrain d’essayer de changer d’éditeur (il était alors avec Allen & Unwin et vouler aller à la maison Collins). Quelle meilleure façon de changer d’éditeur que de lui montrer le livre sous un mauvais jour pour qu’il décide lui-même de ne pas imprimer le dit ouvrage ? C’est, vraisemblablement, ce que Tolkien a voulu faire ici. Attention donc avec l’emploi de cette citation ci particulière de Tolkien1.

Passons à la suite.

Dans le premier chapitre, Bonnal fait de Tolkien le « messager de la Tradition ». Mais de quelle tradition ? Celle qui verrait dans le mal « une force positive à l’œuvre sur terre » (p. 11) ? D’où sort-il que dans le Silmarillion et le Seigneur des Anneaux le mal est positif ? Qui peut me dire l’aspect positif de Sauron ? La mort de Théoden et de son fils, la mort de Denethor ? Disons que Bonnal commence avec une sérieuse erreur philosophique et théologique, et donc, littéraire.

Tout cela tient peut-être aux erreurs que commet Bonnal en identifiant les sources de Tolkien. Il voit en effet dans les inspirations du Professeur l’Edda scandinave (très juste) et la Bible (pour dire le moins). Ce n’est en réalité pas tout à fait le cas. Pour l’Edda, peut-être, quoique le terme « inspiration » ne soit pas le plus approprié. Quand à la Bible ! Elle n’était pas son inspiration mais le fondement de ce que Tolkien pensait. On a souvent tendance à voir le christianisme de Tolkien comme l’élément qui fait que le Silmarillion commence par le récit de la Création du monde par un dieu (Eru, ou Illúvatar suivant le nom qu’on emploie) … mais sans plus.

Cependant, si Tolkien commence comme cela ce n’est pas simplement qu’il s’inspire de la Bible, comme s’il en tirait des illustrations ou des symboles utiles, mais c’est qu’il ne concevait pas un monde qui ne soit pas le fruit d’une Source Première, d’un Dieu Un et transcendant. Comme je l’ai dit, cela fait du christianisme de Tolkien le fondement de son œuvre et non une source d’inspiration parmi d’autres.

Erreurs flagrantes :

« Le Silmarillion […] avec son polythéisme », p. 36.

Alors là … Bonnal bat des records. Polythéiste signifie plusieurs dieux or quiconque a lu le Silmarillion, verra qu’il n’y a qu’un seul et véritable dieu : Eru. Les Ainur sont beaucoup plus comparables à ce que nous pourrions appeler des (arch)anges. Le Silmarillion n’est pas polythéiste répétons-le ! Eru, traduit en français signifie « Dieu ». Cette signification est attestée par le glossaire du Silmarillion et le livre de R. Foster, The complete guide to Middle Earth.

Tom Bombadil,  « ce petit bonhomme » (p. 144).

Euh, Tom n’est pas un de ces lutins qu’on trouve dans certains contes pour enfants. Ce n’est pas un être minuscule. Tom a la taille d’un homme, donc beaucoup plus grand que Frodo et ses amis. Qu’est-ce que c’est que cette expression péjorative à l’encontre du personnage le plus mystérieux du Seigneur des Anneaux. Tom est, à mon avis bien au delà de cette description. Je ne discuterai pas de savoir qui est Tom mais il est sûrement plus qu’un « petit bonhomme ».

Bonnal parle du chien Garm qui attaque Beren dans le Silmarillion. Le chien dont il parle existe ! Mais c’est celui de Farmer Giles of Ham  ! Le chien qui sauve Beren, qui emmène Luthien sur son dos, qui combat Carcharoth, c’est le loyal et fidèle Huan. Bonnal qui semble bien maitriser son sujet (ah !) … mais confond les œuvres de Tolkien de manière assez flagrante2.

[La Comté] c’est un monde pour enfants simples ».

Est-ce vraiment cela la Comté ? La Comté a eu ses moments de gloire, même si les hobbits ne sont guère batailleurs ils peuvent être courageux quand la situation s’en fait sentir. Ils sont même d’une incroyable robustesse comme le fait remarquer Gandalf. Il est vrai qu’ils mènent une vie tranquille et peu agitée… mais n’est-ce pas là le souhait et le rêve de beaucoup d’hommes plutôt que la caractéristique d’un « monde pour enfants » ?

En vrac, et sans commentaires :

Cesont les Touques seulement qui résistent aux bandits à la fin du >Seigneur des Anneaux (p. 61) ;

L’art de fumer est un privilège octroyé à une minorité (p. 64) ;

Les champignons du père Maggot3 sont probablement hallucinogènes (p. 70) ;

Chaque Ainur fondamental a un élément (donc 4 Ainur « fondamentaux », eau, air, feu, terre) (p. 80)4 ;

Aulë demande à Illúvatar d’améliorer sa création : les nains (p. 84) ;

Mîm le nain est un ami de Húrin (p. 85)5 ;

Aragorn demande à ses amis d’attendre qu’il ait trouvé l’arbre avant de partir (p. 91)6 ;

Les hobbits (tous) ont les pieds velus (en fait un seul clan sur trois) (p. 93) ;

Huan mi-bête mi-dieu (p. 97) ;

Beorn (personnage du Hobbit) est un personnage cruel (p. 110) ;

Faramir est le demi-frère de Boromir (p. 127) ;

Denethor déteste son fils Faramir (p. 129) ;

Gandalf utilise les pierres de vision (les Palantir) pour défendre le Gondor (p. 143) ;

Galadriel est présente dès le commencement du monde7 (p. 151) ;

Seuls Legolas et Gimli font honneur à leurs races (p. 263) ;

Le mal est nécessaire (p. 264) ;

Oh, je suis sûr qu’il y en a d’autres ! Mais on peut raisonnablement s’arrêter là et conclure que ce bouquin est truffé d’erreurs. Ne l’achetez sous aucun prétexte.

*

Mais la plus grosse erreur de Bonnal est de voir dans le Seigneur des Anneaux des références aux religions et traditions asiatiques. Tolkien ne s’est jamais intéressé à de telles régions du globe, en tous cas pas en tant que philologue ou mythopoéiste. En revanche il est vrai qu’il était fasciné par les mythologies nordiques. Or, Bonnal revient sans cesse sur ces religions asiatiques. Pour preuve l’emploi que fait Bonnal des œuvres de Mircéa Eliade8 connu pour ses travaux sur les religions et les sociétés asiatiques et africaines … mais en aucun cas nordiques ! Bonnal cite aussi des écrivains de ces régions, tel le Baghavad-Gitâ, la tradition védique, ou encore la religion hindoue (96) ou égyptienne (95). Pourquoi ne pas rajouter les Rohirrim comme incarnation du bushido ou Gandalf comme émissaire des martiens ?

Les vrais connaisseurs de Tolkien ne pourront que bondir en face de telle absurdités, fruit d’un travail de recherche lamentable. Ou d’une œuvre de fiction.

Cette théorie trouve très peu d’appuis dans le texte du Seigneur des Anneaux, du Silmarillion ou du Hobbit. Encore moins d’appuis trouve-t-on dans la biographie de J.R.R. Tolkien. Tolkien aurait été dans une mouvance ésotérique, j’aurais peut-être acquiescé. Mais là ! Entre voyage mystique de Frodo et initiation de Gandalf, on rampe en plein Mordor !

Conclusion : du vrai travail d’orc.

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Notes :

1 Carpenter, The Letters of JRR Tolkien, lettre n°124.

2 l’épisode auquel fait référence Bonnal existe bien dans le Silmarillion. Mais premièrement le nom de l’animal est Carcharoth et deuxièmement ce n’est pas un chien mais un loup !

3 j’ai gardé les noms de l’anglais original. Tolkien était avant tout un philologue, c’est à dire quelqu’un qui étudiait les langues. Respectons donc les noms qu’il a voulu donner à ses personnages.

4 Il n’y a pas d’Ainur « fondamentaux » ! De plus il donne le feu à Melkor. Il n’aurait pas plus mal choisir. En effet le feu est lié à la Flamme Eternelle, dont fait don Illúvatar aux Ainur. C’est à Illúvatar seul qu’appartient le feu. C’est probablement pour cela que Gandalf dira au Balrog lors de leur affrontement sur le pont : « Je suis le serviteur du Feu Secret ».

5 Il s’agit dans cet épisode de Túrin, fils de Húrin. De plus, on n peut pas vraiment dire que Túrin et Mîm ait été amis !

6 En réalité Aragorn leur demande d’attendre son mariage !

7 Galadriel est fille de Finarfin et d’Eärwen. Finarfin est lui-même fils de Finwë, premier chef des Noldor. Elle ne peut donc pas avoir été présente au commencement puisque déjà deux générations sont présentes en Terre du Milieu.

8 Contemporain de Tolkien, il a publié ses œuvres majeures vers les années 1955, ce qui rend virtuellement impossible un emprunt de Tolkien à la pensée d’Eliade !

La saga cinématographique Harry Potter : retour sur dix ans de Voldemort !

Avec une recette totale de plus de 4,68 milliards d’euros, les sept films de la série Harry Potter comptent parmi les trente plus gros succès du box-office mondial. Poussez la bonne brique, suivez les rails du Hogwarts Express, passez la cinquième dans votre lunatique voiture volante, entrez dans la cheminée … et redécouvrez Hogwarts ! Retour sur la saga Harry Potter, et sur « Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom »1.

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Le générique final défile toujours à l’écran et je reste songeur devant ces sept années passées à Hogwarts. Difficile de me remémorer des évènements qui se rapportent à plus de cinquante ans ! Sur ce point, la sortie de ces sept films a été pour moi la bienvenue. Leur fidélité à ma vie est d’ailleurs assez évidente … et je me rappelle. Je me rappelle de mon combat contre Quirrell, le basilic, les démentors, les Mangemorts et l’armée d’un Voldemort régnant. Comment revenir sur sept ans de Voldemort ? Sept ans de Voldemort, c’est d’abord sept ans de personnages intrigants dans tous les sens du terme, à commencer par Severus Snape et Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore (Dumbledore pour les intimes). Mes deux premiers années furent marquées essentiellement par ma découverte des maléfices de Voldemort, toujours bien présents même à Hogwarts.

Ce n’est que lors de ma troisième année, lorsqu’un voile sombre tombe sur Hogwarts, que mon histoire prend vraiment tout son sens. Envolée l’innocence et l’apparente harmonie entre notre humour adolescent et le développement du scénario. Je découvrais les démentors, mais aussi Dumbledore, de plus en plus l’égal de lui-même. Enfin, je découvrais la réelle force de Dumbledore, d’une grande passivité jusqu’alors. Je découvrais que ses régulières absences n’étaient pas seulement l’occasion pour nous trois de n’en faire qu’à notre tête. Etaient aussi mis à jour des secrets de famille, et l’aveuglement borné du ministère de la Magie. Et !, quel drame de constater que le Ministère ne croyait que ce qu’ils voyait ! Sans cela, Peut-être que nous aurions pu nous débarrasser de Voldemort bien avant ! Bien sur, dans ce cas vous n’auriez pas eu l’occasion de voir ces films.

Mon monde phantasmagorique s’écroula tout à fait avec ma découverte de l’Ordre du Phénix, marquant la mort anticipée de mon adolescence. Et sur mon écran, la renaissance terrifiante de Voldemort signe l’arrivée de Ralph Fiennes (que je pourrais presque confondre avec le vrai Voldemort !), et marque la maléfique continuité des films dont la dynamique s’effrite lentement. Avec cet épisode la saga prend une saveur plus épique, de même que ma vie à Hogwarts commença à devenir plus dramatique. Enfin, Lord Voldemort devient plus qu’une simple menace désincarnée et fait désormais trembler le monde de la magie et celui des Moldus. « Pas de pression, Harry, mais maintenant c’est à toi de jouer ! ». Tout le reste n’est qu’action et quête des Horcruxes.

Je me met en quête des Reliques de la Mort et, soudain !, tout semble devenir plus réel. Trop réel ! La photographie plus naturelle du septième film, la poursuite de notre trio traqué par les Mangemorts capturent la longueur des fins inéluctables. Même pour moi, cela a l’air beaucoup plus vrai que dans mes souvenirs. Après la magie et la grandeur exubérante de l’architecture de l’Ecole, nous voici plongés dans le vide naturel, symbolisant le passage irréparable d’une adolescence magiquement naïve à un monde prématurément adulte dans lequel seul le néant semblait nous attendre. Lenteur de ce film qui interrompt le récit de cet épisode central de mon combat contre Voldemort. Deux films, pourquoi pas ! Mais une éternité au milieu du film ? Voilà une erreur que les acteurs, même s’ils n’étaient pas accaparés par les projets post-Harry, n’auraient jamais pu rattraper.

Et c’est là que l’univers dans lequel j’ai été replongé s’effrite un peu plus. Oh ! Il y a des passages éblouissants, comme les disparitions éclatantes de Dumbledore : il faut bien le dire, il a du style ! Le problème n’est pas la fidélité des films à mes folies de jeunesse. Non. Là où la série échoue, c’est dans le rapport de l’audience au récit visuel. Un acteur, incarnant les émotions que des lignes décrivent, produit un attachement, un rapport plus fort et personnel avec le personnage qu’il joue à l’écran. Pour maintenir cet attachement il y a deux possibilités : faire grandir cet attachement en même temps que les personnages murissent, ou essayer de maintenir cet attachement envers et contre tout, surtout contre tous les changements inhérents à la direction des films. Mais les manquements de la série cinématographiques ne sont que le miroir des lacunes de leurs ancêtres littéraires. La série des films a une « âme », mais qu’elle a tendance à se perdre dans les labyrinthes de personnages qui ont de la peine à grandir en maturité. Voldemort, lui, reste fidèle à lui-même tout en se dévoilant comme celui que l’amour a toujours fuit. ce qui sera sa perte. Enfin … pour combler ces lacunes, nous avons encore la mémoire de Lord Voldemort !

Voldemort ! Pour moi, cela a toujours été à propos de Voldemort et du meurtre de mes parents. Que nous ayons finalement sauvé le monde de la magie, bien ! Sans cela, pas de Ginny, pas de famille. Mais venger la mort de mes parents a toujours été ce feu intérieur qui me faisait poursuivre Voldemort envers et contre tout, et tous. Avec sa mort viendra aussi la fin de mon épopée cinématographique. Fini Voldemort, fini Harry. Retraite bien méritée et gratification d’une vie à laquelle nous aspirions tous. Me voilà enfin ce que j’ai toujours été : torturé par mes souvenirs, j’ai enfin eu ma vengeance, ma justice. Tout fini bien : tous les trois mariés, tous les trois heureux. Mes cheveux sont blancs maintenant. Ginny n’est plus là, et mes yeux sont devenus bleu-acier. Mes rides disent toute la joie d’une longue vie. Mais je ne peux m’empêcher de me demander : dans l’enchantement, ai-je trouvé une consolation à la mort de mes parents ?

1Harry Potter à l’école des sorciers, de Chris Columbus (2001) ; Harry Potter et la Chambre des secrets, de Chris Columbus (2002) ; Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban de Alfonso Cuarón (2004) ; Harry Potter et la Coupe de feu, de Mike Newell (2005) ; Harry Potter et l’Ordre du Phénix, de David Yates (2007) ; Harry Potter et le Prince de sang-mêlé, de David Yates (2009) ; Harry Potter et les Reliques de la Mort (partie 1), de David Yates (2010). Sortie le 13 Juillet : Harry Potter et les Reliques de la Mort (partie 2), de David Yates (2011). 

Ph.D. Dissertation abstract

“Who invented the Stories anyway?”
A Reformed perspective on J.R.R. Tolkien’s theory of fantasy

While J.R.R. Tolkien has become somewhat of an cultural and literary icon, some aspects of his work remain under-explored.

In this dissertation, I defend the thesis that J. R. R. Tolkien’s theory of fantasy has to be understood as much in his theological context as in his academic context. We assert that Tolkien’s theory is specifically Thomist in its theological nature. To support this assertion, my first goal is to show that J.R.R. Tolkien’s overall theory of fantasy is based on his Roman Catholic faith. The second goal is to offer a Reformed evaluation of Tolkien’s theory of fantasy to provide the basis for the subsequent development of a Reformed and covenantal theory of fantasy.
Beginning with a brief presentation of Tolkien’s life, we then examine his historical background more closely, paying particular attention to the influence of John Henry Newman in the context of nineteenth-century English Roman Catholicism. Newman’s influence is particularly crucial to the development of Tolkien’s faith, and so to his theory of fantasy.

The second and third chapters explores Tolkien’s theory in the context of contemporary academic debates. Tolkien scholars, while paying close attention to major themes in Tolkien’s theory of fantasy, have at times underestimated the importance of ongoing academic debates in which Tolkien participated. In these two chapters, we consider successively language and mythology to reach a better understanding of Tolkien’s own view regarding these topics. I conclude that, while Tolkien follows contemporary theories regarding language and mythology, his own convictions in these matters is strongly informed by his Roman Catholic faith.

The fourth chapter unites the conclusions of the preceding chapters in order to present Tolkien’s theory of fantasy. In particular, I examine Tolkien’s notions of man as subcreator, the nature of imagination, and his definition of “Faërie.” The influence of Romanticism, especially of S.T. Coleridge, through Owen Barfield, is especially important. In this chapter, the dissertation also explores  Tolkien’s underlying theological convictions. In this respect, I present the core of the thesis regarding the theological nature of Tolkien’s theory of fantasy. Relying heavily on the works of Thomas Aquinas and G.K. Chesterton, I conclude that the Thomistic notion of analogy between God and man is particularly important to Tolkien’s understanding of the nature of imagination and fantasy.

Finally, chapter five presents a Reformed critique of Tolkien’s theory of fantasy. Since Tolkien’s fantasy relies on a Roman Catholic starting-point, our evaluation is mostly based on Cornelius Van Til’s criticism of Roman Catholic. We apply Van Til’s criticism against the notion of “autonomous reason” to Tolkien’s use of a somehow equivalent concept of  “autonomous imagination.” I conclude that instead of defining fantasy along the lines of an analogical relationship between God and man, it is better to consider that fantasy is intrinsically ethical, rather than ontological.

Ph.D. Dissertation, under the direction of Dr. William Edgar III,  presented at Westminster Theological Seminary, 2010 (pdf ‘Who made the stories anyway’ Tolkien’s theory of faerie)