La politique du faux témoignage

La campagne présidentielle est enfin terminée et, pour tous, le moment est venu de faire les comptes. Financiers, culturels, politiques, mais aussi théologiques. Le moment est venu de faire les comptes. Y compris pour nous, qui osons réclamer le nom de Christ. Faire les comptes de ce que nous avons dit, de ce que nous avons fait. Voire même, devant Dieu, de ce que nous avons pensé.

Une chose m’a frappée plus que d’ordinaire : les accusations qui ont fusées de toutes parts sur à peu près tout le monde. Et en particulier concernant les trois candidats « principaux » : Macron, Fillon, et Le Pen. L’un est à la solde du monde de la finance, l’autre est un escroc, et quant à la dernière, c’est une néo-nazie (bien lire néo-nazie). Bien sûr je n’aurais pas dû être étonné. Après tout ce genre de pratique est monnaie courante en politique — malheureusement.

Une chose encore m’a frappée : le fait que nous avons reproduit, copié, et amplifié les accusations que se sont lancées les candidats par sbires et médias interposés. Nous avons été les porte-paroles des invectives politiciennes. Nous avons été mégaphones naïfs mais fidèles de ces accusations. Je ne veux pas débattre ici du bien-fondé des dites accusations. Je ne chercherai pas à savoir s’il y a eu manipulation un peu étrange de l’opinion publique contre M. Fillon ou s’il y a eu jeu politique de M. Macron au moment du « hackage » de son parti.

Macron

La seule question qui m’intéresse ici est la suivante : en reproduisant ces accusations, avons-nous porté faux-témoignage contre notre prochain ?

Lorsque nous avons commenté sur les réseaux sociaux — en particulier sur ces vecteurs incendiaires que sont tragiquement Facebook ou Twitter — sur tel ou tel candidat, nous nous sommes faits « témoins ». Commenter sur la politique financière de Macron ou sur le protectionnisme de Le Pen, commenter comme si nous maîtrisions le sujet, c’est se faire témoin en faveur, ou à charge, dudit candidat. La plupart d’entre nous avons cette tendance. Parce que nous avons de profondes convictions sur des sujets politiques, sociaux, économiques qui nous sont importants, nous parlons, critiquons, analysons les articles, les tweets, les infos supposées exactes, comme si nous étions experts.

Ce n’est malheureusement pas le cas. Peut-être la politique doit être le domaine premier dans lequel ce verset des Proverbes (10.19-20) devrait être notre code de conduite:

« Avec beaucoup de paroles, les offenses ne manquent pas ;

celui qui retient ses lèvres est un homme de bon sens.

La langue du juste est un argent de choix ;

le cœur des méchants a peu de valeur. »

Avec une relecture pour bien que le verset entre dans nos esprits : « celui qui retient ses lèvres est un homme de bon sens. » Un bon ami a fait de ce verset son verset quotidien. Je ne sais pas s’il faut effectivement faire de ce verset le guide de notre vie, à chaque minute et chaque seconde. Je suis convaincu, par contre, que nous devons la vivre naturellement.

Je suis tout aussi convaincu que, pour des sujets complexes et sensibles comme la politique, nous devons parfois briller par notre silence, nous distinguer par cette sagesse émanant de l’Écriture. Que se serait-il passé si nous avions suivi cette règle lors de la campagne passée ? Se pourrait-il — imaginez seulement ! — que nous ayons pu être lumière dans l’obscurité éthique de certains débats ? Reprenons tous nos tweets, commentaires, articles (y compris ceux que nous avons seulement « partagés ») et évaluons-les à la lumière de cette exhortation constante dans les livres de sagesse, que ce soient les Psaumes ou les Proverbes.

Fillon

Mais il y a plus troublant. Ces dernières semaines je me suis posé une question. Une question qui touche à l’intégrité de notre, de ma, foi. Avons-nous porté faux témoignage ? Je suis devenu pour le moins convaincu, à défaut de devenir convaincant, qu’à chaque fois que nous avons dit que Le Pen est une néo-nazie, nous avons porté faux témoignage. À chaque fois nous avons confirmé que Fillon est, je cite, un « filou » ou un voleur, nous avons porté faux témoignage. Pourquoi ? Parce qu’en disant cela, nous sommes allés (1) soit au delà de la réalité, (2) soit au delà de ce que nous savons personnellement.

En prêtant aux autres des paroles, des pensées, des volontés, des idées, que nous n’avons pas pu vérifier, confirmer, nous avons porté faux témoignage. Et pour ceux qui se réclament de Christ, ceci est sérieux. Très sérieux. C’est une atteinte à l’intégrité de ceux à qui nous avons causé tort. Et c’est une atteinte au Dieu dont nous portons l’image.

Oui bien sûr, nous avons le droit de penser et justifier notre rejet de la politique de Mme Le Pen. De même que nous avons le droit de douter de la politique économique de notre nouveau président. Et de le dire publiquement. Mais jusqu’à où pouvons-nous aller avant de porter faux témoignage ? Sans concessions, posons-nous la question. Pouvons-nous comparer son programme politique, que probablement nous n’avons pas lu, à celui de l’extinction programmée et rationalisée de toute une population ? Avons-nous écouté ses interviews, ses meetings ou ses conférences ? Avons-nous vu les finances de M. Fillon ou sondé le cœur « financier » de notre nouveau président ? Si nous ne l’avons pas fait, nous n’avions pas la capacité de faire les commentaires déjà mentionnés à l’encontre des candidats. Et alors, nous sommes venus grossir la foule des faux témoins.

LePen

Faux témoins. L’expression n’est pas trop forte et ses implications non plus. La plus importante est que le faux témoignage est une injustice. Et la deuxième, c’est que nous nous sommes conformés au monde, nous avons été modelés par le monde. Le Pen est une nazie et Macron est annonciateur de la Bête de l’Apocalypse. En disant cela, nous avons promu l’injustice, alors que nous devrions être porte-paroles en toutes choses d’un Dieu qui est patient, lent à la colère, juste, et bon. Un Dieu qui encourage la paix et la justice. Lors de cette campagne présidentielle, qu’avons-nous fait. À quoi avons-nous contribué ? Avons-nous allègrement et inconsciemment jeté de l’essence sur un monde dans lequel un feu avait déjà été allumé (Jc 3.6) ?

Il est trop tard pour cette campagne. Elle est terminée. À moins d’en demander pardon et d’œuvrer maintenant pour une réconciliation. Rappelons-nous déjà maintenant pour les prochaines tensions présidentielles que nous devons promouvoir et défendre l’intégrité de tous, la justice envers tous, et nous abstenir de tout faux témoignage. Et en cas de doute, abstenons-nous.

J’avais nommé ce blog « De la grâce dans l’encrier »… et maintenant je suis « pris au piège » de mon propre idéal  chrétien. Comment vivre une grâce que nous n’avons pas vécue totalement — et que je n’ai pas vécue totalement ? Quelle forme doit prendre cette grâce au sein des débats politiques ? Comment manifester cette grâce au cours des violences présidentielles ? En ne participant pas aux combats de rues sur Facebook ? En ne nous associant pas aux lynchages, même symboliques. Cette leçon, je prie de pouvoir la suivre.

Il y a deux choses qui m’ont frappées dans cette élection présidentielle, et même trois : les invectives politiciennes ; leurs répétition et amplification par les chrétiens ; et une troisième enfin, notre manque de sagesse. Il y a une quatrième chose qui m’a frappée : nous n’avons pas été lumière du monde ou sel de la terre.

Mais rassurons-nous, il y a une bonne nouvelle. Dieu est un Dieu de justice absolue. Un Dieu radical qui ne fait de différences entre personne. C’est un Dieu qui, au jour de la fin de l’histoire, demandera des comptes et rendra compte de ce que nous sommes. Il le fera, sans concessions, et alors toute injustice sera dévoilée. Ainsi, et seulement ainsi la justice et la paix s’embrasseront dans le royaume à venir.

Le moment viendra de rendre compte devant Dieu des injustices que nous avons commises. Y compris au cours de la présidentielle 2017.

Session 6. Popologétique

I. APOLOGÉTIQUE CULTURELLE : UNE THÉOLOGIE QUOTIDIENNE

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A) Où commencer ?

i. Les deux pôles de l’apologétique culturelle

ii. Dialogue grâce – jugement

iii. L’apologétique culturelle : tension

iv. La théologie quotidienne

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B) Une apologétique culturelle … mais comment ?

i. Bref discours des méthodes

ii. La production de la culture

iii. Votre manque de foi me consterne

iv. Faut-il choisir ?

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II. POPOLOGÉTIQUE

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A) Qu’est-ce que la culture populaire ?

i. La culture populaire est vision d’un monde

ii. Une apologie du discernement culturel

iii. Trois questions–catégories

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B) Cinq questions à poser

i. Quelle est l’histoire ?

ii. Quelle est ma place dans le monde créé par cette œuvre culturelle ?

iii. Qu’est-ce qui est beau est vrai dans cette œuvre culturelle ?

iv. Qu’est-ce qui est laid et pervers dans cette œuvre culturelle ?

v. Comment l’Evangile s’applique-t-il ici ?

 

Session 10. The God Delusion Debate

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Dans cette dixième session de cours, nous continuons à nous intéresser à la pratique de la défense de la foi chrétienne. Aujourd’hui, nous nous intéressons à un bon exemple de débat : celui entre John Lennox et le scientifique athée Richard Dawkins.

Le débat complet entre John Lennox et Richard Dawkins est disponible en ligne en cliquant sur ce lien. Il est recommandé aux étudiants à distance de pouvoir prendre connaissance de ce débat avant d’écouter le cours : au minimum il vous faut lire la transcription téléchargeable ci-dessous.

Présentation du débat : (télécharger)

Transcription du débat : (télécharger)