La rédemption du Père Noël

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Comme tous les ans ou presque, une question semble agiter le monde évangélique. Pouvons-nous fêter Noël ? Et que faire du Père Noël ? Si la réponse à la première question est le plus souvent positive – avec de trop nombreuses qualifications – la réponse à la deuxième question est généralement beaucoup plus unanime et directe.

Le Père Noël ? À la poubelle. Au mieux il nous distrait du vrai sens de Noël. Au pire, il est une idole qui prend, ou conteste, la place de Christ, le Dieu venu se faire homme pour nous sauver.

Je ne dirai rien cette année sur la supposée question éthique : mentons-nous aux enfants en les laissant croire au Père Noël. Après tout je ne suis pas professeur d’éthique… et il faut bien laisser la place à un article pour l’année prochaine !

Je voudrais m’arrêter avec vous sur l’autre face du rejet de cette figure trop bonne enfant qu’est ce monsieur au costume rouge. Sa commercialisation, et son conséquent rejet par de nombreux chrétiens. Je ne doute pas que le Père Noël soit utilisé par la pub pour vendre leurs produits. Il n’y a qu’à regarder quelques minutes de pub, passées et présentes, pour s’en rendre compte. Le Père Noël vend tout et n’importe quoi… et parfois c’est bien loin de l’esprit de Noël.

Une fois encore je ne conteste pas cela. Oui, le Père Noël est parfois le porte-parole corrompu d’une société qui se vend corps et âme pour un peu de plaisir en fin d’année. Face à cela, beaucoup de chrétiens sont tentés d’accentuer les différences entre Jésus et le Père Noël.

Oui, bien sûr le Père Noël ce n’est pas Jésus.

Oui, certainement, Jésus est le cadeau ultime de Dieu pour nous.

Oui, c’est clair, le Père Noël peut parfois faire oublier quel est le vrai cadeau de Noël.

Et bien sûr, Dieu n’est pas un vieux gars barbu, perdu là-haut, désespérément en train d’essayer de mettre de l’ordre dans ce bas monde. Du coup le Père Noël… aux oubliettes (avec peut-être un verre de lait et un bout de bûche de Noël rassis).

Question : est-ce vraiment de sa faute ? Pauvre Père Noël. Lui, il n’a jamais rien demandé à personne. Il apparaît quand nous l’invoquons. Les uns pour se prosterner à ses pieds, les autres pour le mettre au bûcher (cela vaut d’ailleurs bien un poème). Que faire de lui… n’y a-t-il que ces deux options. Est-ce une fatalité ?

La deuxième attitude me semble problématique, moins cependant que l’idolâtrie commerciale des semaines passées. Je crois pour ma part que nous pouvons – j’hésite toujours à dire « devons » – avoir une attitude différente. Nous pouvons transformer l’image du Père Noël. Nous pouvons restorer le Père Noël dans une fonction qui fasse de lui un héraut de la grâce (ce que j’avais déjà écrit l’année dernière).

Notre monde est un composite visuel de logos, de symboles, d’images. si notre société est centrée sur le visuel, devons-nous rejeter l’importance des images, ou devons-nous appeler à leur redonner une juste place, un rôle restauré ? vous l’aurez compris, je milite pour le deuxième choix. Cela fait partie de ma théologie réformée de la culture.

Si quasiment rien dans la culture n’est absolument « chrétien », rien n’est complètement hors de portée de la restauration que Dieu amène à travers la sanctification de son peuple. Nous croyons qu’aucun être humain n’est hors de portée du salut. La conséquence culturelle de cela est, pour moi, que la puissance transformatrice de l’Évangile se manifeste aussi dans la culture.

Et parce que nous voulons manifester notre salut, notre sanctification et transformation dans tous les domaines et à chaque minute de notre vie, nous pouvons aussi accomplir cela dans des choses aussi insignifiantes (ou importantes, c’est au choix) que la figure du Père Noël.

L’un de ceux qui a essayé de faire précisément cela, et avec beaucoup de succès, c’est bien sûr C. S. Lewis dans les chroniques de Narnia. Le Père Noël apparaît en effet dans le premier livre, L’armoire magique.

Alors que les enfants tentent d’échapper à la sorcière blanche en compagnie de M. et Mme Castor, ils font la rencontre incroyable du… Père Noël. Étrange pour un livre qui est considéré – à tort – être une allégorie de l’évangile.

N’en croyant pas ses yeux, Susan s’exclame étonnée : « Je croyais qu’il n’y avait pas de Noël à Narnia. » Ce à quoi le Père Noël répond : « Non, pas depuis longtemps. Mais l’espoir que vous avez amené, vos majestés, commence enfin à affaiblir le pouvoir de la sorcière… Longue vie à Aslan… et joyeux Noël ! » Qui est le Père Noël dans L’armoire magique ? Le Père Noël est ambassadeur d’Aslan, fils de l’Empereur-d’au-delà-des-mers. Il est annonciateur de la rédemption. Ni plus, ni moins.

Le monsieur en rouge, risible et rejeté, peut être transformé. Son symbole et son sens, restauré, remis à leur bonne place dans une vision biblique du monde. Ceci est rendu possible parce que le Père Noël est un symbole et peut être transformé en allégorie… de l’Évangile, ou d’une partie de ce dernier.

813mPGK45ELLe Père Noël peut devenir allégorie de l’espérance, de la joie, du don. C’est au choix : car c’est à nous de faire du Père Noël un nouveau symbole. En faisant cela, peut-être trouverons-nous aussi un moyen de révéler la merveilleuse grâce du don de Dieu. Comme le disait Lewis:

« La fonction de l’allégorie n’est pas de cacher mais de révéler, et il est correctement utilisé seulement pour ce qui ne peut être dit, ou aussi bien dit, avec un discours littéral. La vie intérieure, et spécialement la vie de l’amour, de la religion, et de l’aventure spirituelle, a donc toujours été le domaine de la véritable allégorie… » [1]

Je crois que ce que Lewis dit au sujet de ce qui ne peut pas être correctement exprimé par un discours littéral vaut aussi pour le discours culturel. Si la culture contemporaine est hermétique ou parfois même, osons le mot, hostile à l’Évangile, nous devons trouver tous les moyens pour rendre le discours de la foi compris et pertinent. Y compris en transformant radicalement le Père Noël.

 

En conclusion, oui le Père Noël de Coca-Cola ou de Nike n’est pas celui dont nous voulons. Nous voulons quelqu’un qui soit une image, limitée, du don et de l’espérance en des temps difficiles. Quelqu’un qui dirige nos yeux vers un autre plus grand que lui.

N’est-ce pas cela le message du Père Noël ?

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Notes : 

[1] C. S. Lewis, The Allegory of Love, New York, Oxford University Press, 1936, p. 166.

Le Père Noël crie sur la voie publique

 

Le Père Noël crie sur la voie publique

Il ne cesse de dire – même d’implorer –

Qu’il n’est pas celui auquel nous pensons.

 

Il dit l’espérance, que nous n’osons

Plus imaginer ou même rêver.

Le Père Noël crie sur la voie publique :

 

Il dit l’attente de l’homme de compassion.

Le Père Noël ne cesse de proclamer

Qu’il n’est pas celui auquel nous pensons.

 

Il exhorte, il répète avec raison ;

En vain – les hommes sont sourds. Désespéré,

Le Père Noël crie sur la voie publique.

 

Mais le Père Noël, dans son oraison,

S’efface devant celui qui vient, qui est :

Lui est bien celui auquel nous pensons.

 

Au risque de troubler l’ordre public,

Le Fils de l’Homme il vient annoncer ;

Le Père Noël crie sur la voie publique

Qu’il n’est pas celui auquel nous pensons.

Joyeux Noël, Charlie Brown !

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Il y a cinquante ans tout juste était diffusée pour la première fois ce qui est devenu, aux États-Unis, l’un des grands classiques de Noël : Joyeux Noël, Charlie Brown ! Basé sur le comic strip bien connu Peanuts (en français plus souvent connu par le nom Snoopy) de Charles Schultz, ce court métrage de Noël mérite à être redécouvert, d’autant plus qu’il est peu connu en France.

Retour sur ce grand classique, et sur le profond sens de Noël qu’il met en avant. Tout d’abord, résumons…

C’est Noël.

Mais le pauvre Charlie Brown se sent déprimé ! Il se tourne comme d’ordinaire vers Linus, toujours fidèle confident, pour se décharger de son anxiété et de sa déception à la vue de la commercialisation de Noël (comme quoi cela n’a pas commencé aujourd’hui !). Charlie Brown étant le pessimiste de service, Linus ne fait pas attention. Mais la période supposée festive ne fait que rendre les choses plus difficiles pour Charlie Brown. Il n’arrive pas à apprécier Noël et devient amer, en voulant à ses amis à cause de… et bien de quelque chose qu’il n’arrive pas à saisir.

C’est Noël, mais il ne se sent pas « comme il le devrait » pendant cette période.

Charlie Brown décider finalement d’aller voir Lucy, qui a elle décidé de se faire psychologue ! Après avoir diagnostiqué un certain nombre de « peurs », la recommandation de Lucy est simple : Charlie Brown doit participer à Noël et qu’il mette en scène la pièce traditionnelle. Totalement désemparé, ne sachant pas que faire, Charlie Brown se dit qu’il ne perd rien à essayer et se rend donc vers la salle de théâtre.

Arrivé, Charlie Brown constate que personne ne se préoccupe vraiment de Noël…

Ah, pauvre Charlie Brown !  Que faire pour revivifier l’esprit de Noël ? Notre pèlerin de Noël décide que ses amis ont tout simplement besoin du symbole de Noël le plus connu qui est… l’arbre de Noël bien sûr ! Il ne fait ni une, ni deux et rapporte… un arbre si maigrichon qu’il fait peine à voir. C’est raté Charlie Brown.

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C’est là que se trouve un moment important du Noël de Charlie Brown. Se tournant vers Linus, Charlie Brown capitule :

« Je suppose que tu as raison, Linus. Je n’aurais pas du choisir ce petit arbre. Tout ce que je fais se termine en catastrophe. Je suppose que je ne sais vraiment pas ce que veut dire Noël. »

Et de s’écrier par désespoir: « N’y a-t-il personne qui sache de que c’est Noël ? » Linus, le théologien du clan, déclame alors les plus grandes lignes de ce « spécial » de Noël.

Deux choses sont à souligner.

Tout d’abord, tout d’abord, la citation biblique est cruciale à cet épisode des Peanuts et est l’un des passages important du récit de la nativité (Luc 2:8-14) :

« 8 Il y avait, dans cette même région, des bergers qui passaient dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur survint devant eux, et la gloire du Seigneur se mit à briller tout autour d’eux. Ils furent saisis d’une grande crainte. 10 Mais l’ange leur dit : N’ayez pas peur, car je vous annonce la bonne nouvelle d’une grande joie qui sera pour tout le peuple :

11 aujourd’hui, dans la ville de David, il vous est né un sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. 12 Et ceci sera pour vous un signe : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire.

13 Et soudain il se joignit à l’ange une multitude de l’armée céleste, qui louait Dieu et disait :14 Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et, sur la terre, paix parmi les humains en qui il prend plaisir ! »

L’important de ce passage se trouve bien sûr dans la signification de cette proclamation angélique qui a toujours été l’un de mes passages préférés en cette période de Noël. Mais c’est aussi assez extraordinaire de voire une émission aussi populaire que les Peanuts affirmer quelque chose d’aussi fort à propos du vrai sens de Noël… et à une heure de grande écoute, qui plus est !

Ensuite, il y a l’attitude de Linus. Pour ceux qui ne seraient pas familiers avec les Peanuts, il faut expliquer deux choses particulières chez Linus. Premièrement, c’est le théologien de la bande. Faites-lui confiance, sa Bible il l connait, et sa théologie aussi !

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La deuxième chose caractéristique de Linus, c’est sa couverture. Et pas n’importe quelle couverture, c’est une « couverture de sécurité, » une « couverture de confort » qui lui permet de tout surmonter, ou du moins de survivre. Et Linus ne se sépare jamais – jamais ! – de sa couverture. avec elle, tout est en sécurité, même la vaisselle…

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Il en faudrait beaucoup pour que Linus laisse tomber, littéralement ou non, sa couverture ! C’est d’ailleurs l’un des grands sujets des Peanuts, et Snoopy ne cesse d’essayer de voler la magie bleue. Mais rien n’y fait… Linus ne se laissera pas enlever sa « zone de confort ». Tant qu’il a sa couverture fétiche, rien ne peut arriver.

Mais faisons bien attention à ce qui se passe dans le petit clip ci-dessus. Regardez bien. Quelque chose vous saute aux yeux, non ?

Linus commence son speech de Noël avec la proclamation des anges aux bergers qui sont saisis de crainte. UnDe la même manière que Linus est craintif, dans la plupart  des situations. Mais alors qu’il récite la parole angélique, à la 39e seconde « Ne craignez pas ! »… Linus laisse tomber sa couverture. Tout simplement.

Paix.

Non seulement Linus choisi ce passage précis pour résumer Noël : annonce de la naissance, paix, espérance pour les humains. Mais il est lui-même témoin de cela. C’est symbolique, c’est vrai. Linus ne change pas totalement. Il a toujours besoin de sa couverture bleu. Mais le symbole est bien là. Noël, c’est la libération, c’est la fin de l’angoisse, de la peur, de l’incertitude de notre avenir. Noël, c’est la Paix de Christ qui vient assurer de la descente divine au milieu de nous.

C’est probablement un bon rappel, surtout dans les temps troublés qui sont les notre. Alors que nous nous dirigeons trop rapidement  vers Noël, dans les jours qui viennent, rappelons-nous ce que les bergers ont entendu :

« Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et, sur la terre, paix parmi les humains en qui il prend plaisir ! »

Et c’est bien cela Noël, Charlie Brown.