Les analogies trinitaires

En ce jour de la Saint Patrick, je ne résiste pas à la tentation de mettre des oreilles d’elfes toutes vertes… ! Ou plus sérieusement, à partager une petite vidéo bien connue maintenant mais qui se prête bien à l’occasion… vidéo donc, à but pédagogique et dont le message est clair : attention aux analogies lorsque vous en venez à la théologie trinitaire. Cette dernière est, à mon sens, probablement l’un des domaines les plus fascinantes de la théologie systématique, avec la doctrine de Dieu.

Ce petit clip est malheureusement en anglais, et certains auront peut-être du mal à saisir ce qui se passe dans le détail. Pour simplifier : la théologie trinitaire parle, ou essaie de parler, de qui Dieu est en lui-même et du mystère difficilement saisissable de l’union et de l’identité particulière de chaque personne de la trinité, ainsi que de leur relation « intra-trinitaire. »

Cette vidéo contient deux leçons pour nous :

  • tout d’abord, la théologie trinitaire exige une grande précision, ainsi, les analogies conduisent presque nécessairement vers l’une ou l’autre erreur. Soit Dieu est un, et alors le Père, le Fils et l’Esprit ne sont que des « apparences » de Dieu. Soit Dieu est trois, et dans ce cas leur unité n’est qu’une expression sans vraie réalité.
  • ensuite, les théologiens et les pasteurs ont tendance à croire que la théologie trinitaire, c’est trop compliqué pour le « commun des mortels ». Peut-être l’avons-nous même un jour pensé, sans vraiment réfléchir : « Franchement, la trinité c’est une question de détail et si les chrétiens saisissaient déjà l’importance de Christ, ce sera pas mal ! »

La deuxième attitude m’interroge aujourd’hui beaucoup plus que l’autre. Par snobisme intellectuel et spirituel, à cause de leur propre incompréhension, ou parce qu’ils estiment que nous ne pouvons pas vraiment comprendre ce qu’est cette fameuse trinité (à part ceux touchés par la grâce de la Raison), beaucoup sont tenté de ne pas parler de la trinité.

Or, il y a difficilement plus important. Oh, je sais bien que dans nos milieux évangéliques, « Jésus » est toujours la bonne réponse. Et bien, peut-être pas cette fois-ci. Aujourd’hui, peut-être que « trinité » est la bonne réponse.

Car en fin de compte, si Dieu n’est pas un-et-trois, comment Christ, le Dieu-homme peut-il être envoyé  pour nous sauver ?

Si Dieu comment pourrions-nous vivre des bénéfices que Christ a acquis pour nous ? Et comment le Père pourrait-il nous adopter dans cette famille spirituelle dont nous faisons partie ?

Si Dieu n’est pas Père-Fils-Esprit tout en restant un seul Dieu donnant la vie, comment l’Esprit du Père communiquerait-il la vie de Christ, cette sainteté acquise à grand prix ?

Et enfin, si ce Dieu n’était pas tel que le décrit le symbole d’Athanase en des termes humains bien limités, comment serions-nous certains que ce Dieu trinitaire œuvre toutes choses pour notre rédemption ? Comment sinon être certains que l’une de ces trois personnes trinitaires ne décidera pas, un jour, d’œuvrer dans une autre direction ?

La nature trinitaire de Dieu est ce qui distingue une théologie à proprement parler chrétienne et biblique et peut devenir le point d’ancrage d’une apologétique interreligieuse, en particulier avec l’islam. C’est aussi en cette trinité que des problèmes philosophiques sont résolus (cf. cet article d’Henri Blocher) ; et en cette même trinité nous avons tous l’assurance de notre foi. Il appartient à chacun, et surtout ceux qui sont investis d’un ministère dans l’église (anciens, diacres, pasteurs, enseignants, évangélistes) de pouvoir expliquer une doctrine qui peut-être partiellement comprise par chacun.

Symbole d’Athanase

Comme est le Père, tel est le Fils, tel est aussi le Saint-Esprit :711px-3enighed.svg

incréé est le Père, incréé le Fils, incréé le Saint-Esprit ;

infini est le Père, infini le Fils, infini le Saint-Esprit ;

éternel est le Père, éternel le Fils, éternel le Saint-Esprit ;

et cependant, ils ne sont pas trois éternels, mais un éternel ;

Tout comme ils ne sont pas trois incréés, ni trois infinis, mais un incréé et un infini.

De même, tout-puissant est le Père, tout-puissant le Fils, tout-puissant le Saint-Esprit ;

et cependant ils ne sont pas trois tout-puissants, mais un tout-puissant.

Ainsi le Père est Dieu, le Fils est Dieu, le Saint-Esprit est Dieu ;

et cependant ils ne sont pas trois Dieux, mais un Dieu.

Ainsi le Père est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Esprit est Seigneur ;

et cependant ils ne sont pas trois Seigneurs, mais un Seigneur ;

car, de même que la vérité chrétienne nous oblige à confesser que chacune des personnes en particulier est Dieu et Seigneur, de même la religion catholique nous interdit de dire qu’il y a trois Dieux ou trois Seigneurs.

Ancienne erreurs trinitaires

Arianisme : négation de la divinité de Christ ; ce dernier n’est qu’une créature du Père. Cf. Arius (250–336 ap. J-C.).

Modalisme : parfois appelé sabellianisme. Les trois personnes sont des manifestations du même Dieu, mais ne sont pas en elles-mêmes différentes.

Trithéisme : le Père, le Fils, et l’Esprit sont trois personnes divines à part entière, distinctes, autonomes, mais associées et complémentaires.

C’est la vie !

Les controverses sociales semblent toujours prendre une tournure inattendue. Les réactions contre le dernier « hymne » des Enfoirés est un bon exemple. Cette chanson qui met face à face deux groupes, la troupe des Enfoirés et une « bande » d’adolescents a contribué à remettre en avant une joute générationnelle un peu artificielle. Le titre a été jugé trop réactionnaire, rempli de clichés, et absolument ignorant des problèmes et aspirations des nouvelles générations. Il est vrai que les paroles mises dans la bouche des « jeunes » sont parfois condescendantes, notamment lorsqu’on fait dire à ces derniers :

« Toute la vie ; c’est bidon, ça veut rien dire. »

« Quel ennui, je l’échange contre ta caisse. »

Comme si, dans l’idée que les Enfoirés ont de la nouvelle génération, le cynisme et le matérialisme des jeunes était leurs caractéristiques principales. D’accord certains parmi les nouvelles générations ont une attitude très « blasée » par rapport à ce qu’ils peuvent attendre de la vie. Exemple : ce qui me fit froid dans le dos, c’est l’attitude d’un ami de mon frère qui, après avoir réussi ses études, avoir décroché un boulot plus que décent, a acheté une maison avec sa compagne… et sa seule réaction était : « et maintenant, quoi ? » Cet exemple ne suffit pas cependant à enfermer dans un tel cliché toute une génération, ce que certains ont pourtant tendance à faire.

Malgré tout ce qui a pu être dit la génération Y, les « millennials », est loin d’être bien représentée par la « caisse » sus-mentionnée… d’autant plus que selon toutes vraisemblances, d’après toutes la plupart des études sociologiques, économiques et empiriques, cette génération est (1) moins matérialiste que ce que la génération précédente veut bien en dire, et moins focalisée sur la bonne provision de son compte en banque, et (2) la possession matérielle d’objets traditionnellement symboles de réussite est moins importante ou plutôt, a été transférée sur d’autres artéfacts. Par exemple l’éternelle voiture souvent obligation sociale ou signe d’accomplissement personnel n’est plus aussi déterminante. Par contre, rester au « top technologique » devient symbole social.

Ce n’est qu’un exemple de certains mots/maux qui ont été écrits, chantés, comme un message envoyé à une génération qui continue de se croire incomprise. Et peut-être l’est-elle vraiment ! Je me demande d’ailleurs si parfois nos Églises ne devraient pas essayer d’être exemplaires en comprenant toutes les générations et non pas seulement en proposant des activités par tranche d’âge, ce qui contribue d’ailleurs à une rupture et isolement des générations. Quel signe sommes-nous alors pour la société dans laquelle nous vivons?

D’ailleurs, parlant de « signe », quel signe la récente controverse nous envoie-t-elle ? Difficile à dire, d’autant plus que cette « controverse » n’en a été une que dans les journaux ! Ce sont les médias qui, en particulier, ont étés assez véhéments. Curieusement, 80% des français n’ont rien trouvé à dire. Une explication serait de croire que ces 80% font tous partie des « autres » générations, mais pas des millennials dont il est question ici. Mais quand même… 80% de français qui se fiche de cette chanson comme de leur premier dentifrice… cela fait réfléchir sur le pouvoir d’influence démesuré des médias.

Ce n’est qu’une chanson…

Certainement, il ne faut pas non plus oublier, comme Goldman le remarquait en se défendant, que ce n’est qu’une chanson. Hum… seulement, une chanson… c’est aussi une affirmation. Aucun auteur, que ce soit en musique, en littérature, n’invente tout en niant avoir une intention particulière. « Ce n’est qu’une chanson » ne veut pas dire grand chose. Est-ce que cela signifie que ce qui est dit n’est pas important ? Probablement pas parce qu’écrire pour la tournée des Enfoirés c’est penser avoir quelque chose d’important à dire. Ou alors cette expression veut peut-être dire que l’auteur ne pense pas ce qu’il dit ? Goldman en tous ne nous a jamais habitué à cela. Enfin, cela pourrait aussi dire qu’écrire une chanson telle que celle-ci n’a aucune influence. Là aussi, de toute évidence ce n’est pas le cas : cette tournée est un évènement annuel et il est impensable de penser écrire un tel « hymne » en imaginant que cela n’aura aucune influence sociale. D’autant plus que l’auteur en question est l’un des préféré des français !

Non, ce n’est pas vraiment qu’une chanson. C’est une affirmation qui peut être à double tranchant. De toute évidence, c’est le cas ici. Certains s’en défendront en prétextant que ce n’est pas à prendre au premier degré. Après tout il ne faut pas chercher la « petite bête » ! Ce n’est que de l’humour ! Défense facile. Rien n’est jamais que de l’humour, ou plutôt tout humour révèle quelque chose de vrai, car rien n’est jamais dit en l’air. Alors oui, peut-être que ce n’était, si ce n’est de l’humour, au moins de l’ironie. Dans ce cas là, elle n’est pas très évidente. Goldman se défendait de faire une lecture au premier degré de son texte. Le reproche de la troupe « d’adultes » est en forme d’excuse irrecevable. Leur position n’est donc pas vantée dans le texte du compositeur. Cela, beaucoup l’ont peut-être raté.

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Même si je comprends cela, il me semble que l’effort de communication entre générations ne doit jamais être sous estimé. Se défendre par un appel à l’ironie ou à l’humour, c’est oublier que les mots que nous utilisons ont une importance, voire qu’ils peuvent détruire. C’est oublier que si ces deux formes de communication humaines sont nécessaires, elles doivent être utilisées à bon escient. Dans un chanson aussi publique que celle-ci, peut-être l’ironie aurait du être plus évidente ? Au lieu de devoir être devinée, interprétée… découverte à la suite d’une semi controverse rapidement disparue du web !

… en manque d’espoir.

De plus, cet hymne à la réussite des Enfoirés ne convient pas nécessairement comme signe d’espoir. Je veux bien qu’ils n’aient « rien volé », mais la réussite individuelle de chacun des membres du groupe est-elle vraiment ce que nous voulons laisser d’espoir aux générations actuelles ? Faut-il même laisser imaginer que tout le monde puisse atteindre un niveau hypothétique de bien-être et de statut social ? D’autant plus que là aussi cela ne semble pas correspondre aux attentes de la nouvelle génération, moins angoissée par sa réussite professionnelle que d’autres avant elle. La solution est facile :

C’est la vie,
La vie qui caresse
Et qui blesse
C’est ta vie
Vole et Vas-y

Je me permets d’être là le plus dubitatif possible. Nous ne sommes pas dans du fatalisme pur et dur… mais il faut avouer que la réaction de certains face à une attitude condescendante des « anciens » est compréhensible. Le message entendu est le suivant : prends-toi en main… pour réussir, il suffit de le vouloir. Ce serait sans compter le réalisme implacable des conditions socio-économiques actuelles. Lorsque certains articles ou éditos voient, dans ces quelques lignes, un manque de réalisme des Enfoirés, ainsi qu’un manque de compréhension de la société actuelle, je suis obligé pour une fois de donner raisons auxdits journaux. « C’est la vie » pourrait aussi être une expression jugée résignée et fataliste par cette troupe d’adolescents improbables faisant face à une troupe toute aussi improbable.

De plus, je ne sais pas quel espoir il est possible de donner à quelqu’un en lui disant que, finalement, il n’a qu’a se bouger, et le reste suivra. Put-être que là la communauté de Christ a aussi une espérance à porter et à faire vivre. Non seulement une espérance de foi mais aussi d’entraide fraternelle au sein de laquelle chacun, encourageant et exhortant les autres, peut être une instrument de restauration sociale et spirituelle.

Vers une réconciliation

Sans en faire trop, prenons quand même l’occasion de cette polémique semi-inutile pour réaffirmer le lien générationnel que se doit de faire l’Église, Corps intégral de Christ dans lequel subsiste des membres de toutes conditions, langues, ethniques, et âges.

Mais quand même, on peut légitimement se demander si une telle chanson, faisant jusqu’à réagir le président de la république et le ministre de la culture, n’a pas été prise un peu trop au sérieux ! Après tout, il n’y a pas eu de soulèvement civil, pas de troubles sociaux ni de grèves de l’enseignement supérieur ! Là encore, remercions la médiatisation outrancière sans laquelle nous pourrions passer une semaine sans une polémique qui de toute évidence ne touche pas vraiment les français. Et voilà, même si elle n’est pas aussi importante que cela cette controverse aux airs de pétard mouillé peut quand même nous servir de leçon… car elle nous rappelle la nécessité de nous engager consciemment et volontairement dans une œuvre intergénérationnelle (1) en arrêtant de nous focaliser sur les ministères jeunesse ; (2) en développant les ministères tournés vers les plus anciens, qui eux-mêmes peuvent servir de mentor et servir dans un ministère ecclésial (!) ; et (3) œuvrer pour une reconnaissance et travail mutuel des générations.

Je ne sais pas si Toute la vie est « anti-jeune », mais j’en doute. Pas plus que je ne sais si elle valait vraiment la peine de tout le cirque qu’en ont fait les médias. Par contre je tiens pour certain que le Corps de Christ doit être lieu de réconciliation inter-générationnelle — et qu’il doit en cela être un exemple social.