Recension de Michael F. Bird, « Jesus is the Christ, the Messianic Testimony of the Gospels »

1-bird jesus is the christMichael F. Bird, « Lecturer » en théologie à Ridley College (Melbourne, Australie) présente dans cet ouvrage, Jesus is the Christ, th Messianic Testimony of the Gospels (Jesus est le Christ), une exposition claire et bien résumée du témoignage des évangiles à propos de l’identité messianique de Jésus. En soi, cela paraît simple. Mais de nombreuses écoles théologiques contestent que Jésus se soit jamais considéré comme le Messie.

En 147 pp. seulement, Bird défend la conscience messianique de Jésus, démontrant que « ce qui est probablement la conviction (la croyance) la plus fondamentale et universelle de l’église primitive était l’affirmation selon laquelle Jésus est le Messie d’Israël. » (1) Ainsi, il est légitime de dire que l’église primitive était un mouvement « messianique » pour laquelle en Jésus, le Temps était venu et accompli. Les premiers témoins du Nouveau Testament et de l’église voyaient en Christ et en sa messianité la venue du Roi.

En, littéralement, quelques pages –un exploit pour un théologien – Bird a réussi à mettre en relief le problème de l’interprétation des titres donnés à Christ, notamment ceux liés à sa messianité. Bird développe, en particulier dans son introduction et au cours de son livre, plusieurs arguments liant nécessairement résurrection et messianité en réponse à ceux qui affirment que la résurrection de Jésus par Dieu n’implique pas nécessairement qu’il ait été le Messie attendu. En ce cas la résurrection seule n’est pas suffisante pour la christologie et ne peut en être la base (contra Dale C. Allison). À l’inverse Bird suggère que celle-ci en est la condition nécessaire.

Une autre approche assez différente de ce qui pourrait être attendu, c’est son argument concernant l’attente messianique. Contrairement à ce qui est souvent affirmé, Bird est d’avis – avec des arguments finalement assez solides à l’appui – que les attentes messianiques n’étaient pas répandues à l’époque de Jésus. De fait, nous ne connaissons que deux personnes auxquelles le « titre » de Messie : Jésus et Simon bar Kokhba (4-7). Après son introduction, le reste du livre s’articule, en quatre chapitres, et ce avec une cohérence et logique évidente autour de la messianité de Jésus telle que présentée dans les 4 évangiles. Dans ces quatre chapitres, Bird présente la spécificité de chacun des évangiles.

  • Marc : le Messie crucifié.

    L’évangile de Marc, appelé par certains « l’évangile de la croix », répond à la question suivante : Jésus est le Messie, mais comment va-t-il monter sur son trône ? Comment va-t-il régner ? Marc présente la messianité de Jésus en réponse aux objections juives mais aussi en opposition aux attentes impériales qu’auraient pu avoir certains chrétiens d’origine romaine. La passion de Jésus est par exemple consciemment présentée comme étant une parodie de la procession triomphale des empereurs romains. Les titres messianiques témoignent eux aussi de cela.

  • Matthieu : le Messie davidique.

    L’évangile de Matthieu se distingue bien sûr par l’importance de la lignée royale, importance soulignée dès son premier chapitre avec cette généalogie définie par le chiasme mettant en évidence le thème de la messianité royale :

Messie … David … Abraham (1.1)
Abraham … David … Messie (1.17)

Jésus est ainsi présenté comme étant l’accomplissement, non seulement des prophéties, mais aussi de l’histoire d’Israël. Il faut noter aussi une attention particulière, dans cet évangile, portée à l’association entre Messie et « Fils de David ». Noter d’ailleurs l’importance de la figure de David (9.27, 12.23, 15.22, 20.30-31, 21.9 et 15, 22.41-45). L’importance du « Messie davidique » est mis en relief par la centralité d’Es 61 dans la définition de la mission messianique.

  • Luc : le Messie prophétique.

    Le compte rendu narratif évangélique de Luc présente la messianité de Jesus avec, en arrière plan, les « grandes oeuvres » accomplies par Dieu par ses prophètes de l’Ancien Testament — d’où la mention de Moïse dans le magnificat. Un certain nombre de titres importants sont utilisés par Luc au sujet du Messie comme le « soleil levant » ou « lumière d’en-haut » (1.78), titre prophétique par excellence. Les récits de l’enfance de Jésus témoignent d’ailleurs de la nature prophétique de la messianité. La présentation de l’unité des récits lucanien est convaincante, même si l’unité de Luc-Actes dans cette dimension messianique-prophétique aurait pu être démontrée plus clairement – si l’accomplissement prophétique peut même être vu comme unissant Luc et Actes.

  • Jean : le Messie insaisissable.

    La spécificité de cet évangile, par rapport aux trois synoptiques, c’est la nature insaisissable du Messie, ce « Messie venu du ciel » (Charles Briggs) qui est l’incarnation du messie « pré-existant » (99-104). La spécificité de l’évangile de Jean étant résumée ainsi par l’auteur :

     « La confession que Jésus est le Messie, et la filiation qu’il réclame pour Jésus, tout cela dit clairement que Jésus est Dieu. Jésus accomplit les espérances scripturaires d’une manière qui éclipse la loi et Moïse du centre des croyances juives, et Jésus se trouve dans une unité qui n’a pas de parallèle avec le Père – c’est cela, être le Messie. » (140)

Cet ouvrage n’étant pas spécialement écrit pour les théologiens et autres académiciens, toutes les notes sont reléguées en fin de chapitre, et non en bas de page. Pour ceux qui considèrent que les « excursus » souvent présents en note sont parfois aussi importants, voir plus, que le texte lui-même, ce système est finalement assez pénible à suivre – surtout lorsque le nombre de notes est élevé, comme c’est le cas pour ce livre. C’est un choix éditorial, mais dont il est facile de questionner la pertinence. Même si la motivation est compréhensible, est-ce la meilleure manière d’encourager et de développer la compréhension biblique et théologique de ceux à qui s’adresse cet ouvrage ? En laissant les notes en bas de page, nous signalons à nos lecteurs que ces notes ne sont pas anodines ou accessoires. Nous encourageons là aussi nos lecteurs à poursuivre leur réflexion, à aller plus loin, à ne pas s’attacher uniquement à ce que le texte dit.

Bien écrit et engageant, clair et bien équilibré, entre recherche académique et « vulgarisation » au sens noble du terme, il est parfois bien difficile de trouver quelque chose à redire. On pourrait se demander si Bird ne sur-accentue pas la destination judaïque des quatre évangiles – même si Bird n’oublie pas pour autant les destinataires non juifs. La conclusion résume le propos de l’auteur ainsi :

« un objectif significatif des évangiles est de convaincre les lecteurs – les lecteurs juifs en particulier – que Jésus est le Messie. Les évangiles ont comme objectif conscient de répondre aux objections juives concernant la messianité de Jésus. Ils perçoivent en Jésus l’apogée des espérances juives, et ils proclament ainsi Jésus, sauveur d’Israël. » (33)

Ce livre est particulièrement utilise pour ceux, pasteurs ou responsables d’église, qui prêchent ou préparent régulièrement des études. Un tel ouvrage, si disponible en français, pourrait aussi servir de base à une première étude de la personne de Jésus avec des non croyants. Il présente clairement toutes les dimensions de la messianité de Jésus et les met en rapport avec le contexte du 1er siècle – que ce soit les espérances religio-politiques juives ou les idéologies impériales gréco-romaines. En cela nous voyons la portée socio-historique, théologique, et spirituelle de Jésus le Messie : roi, prophète, sauveur.