Peter Jackson, « Le Hobbit : La désolation de Smaug, » New Line, WingNut, 2013

De l’avis de la majorité des critiques1, La désolation de Smaug est une totale réussite cinématographique – je répète, cinématographique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je ne dirai absolument rien de ce qui fait la réussite de ce deuxième volet du Hobbit, car je partage l’essentiel des avis mentionnés ; à part pour ceux qui mettent le narratif de Un voyage inattendu au rang des niaiseries, ce qui est un jugement à mon sens difficilement compréhensible.

Je voudrais plutôt m’arrêter sur certains critiques négatives que j’ai lues ou entendues sur des blogs, sites dédiés ou encore de la part de « fans » de Tolkien. Je note d’ailleurs que côté « fans » la plupart sont modérés dans leurs critiques de Jackson. Pour ces critiques, le Hobbit de Jackson ressemblerait autant au Hobbit de Tolkien que la Comté de Frodo ressemblerait à celle de Saruman à la fin du Seigneur des anneaux. Autant dire : le Hobbit serait détruit, ravagé, méconnaissable. La plupart des critiques « officielles » très négatives, assez rares d’ailleurs, proviennent de critiques français, ce qui ne m’étonne pas au demeurant. Seul le cinéma français, obsédé par l’opinion haute et illusoire qu’il a de lui-même, fasciné par son propre existentialisme, peut avoir le type de critiques que chacun peut lire en ligne. Seul un cinéma français produisant à la chaîne des histoire aussi personnelles qu’inintéressantes pourra lancer un sort d’incinération sur Jackson pour ne pas avoir pris trois heures afin de présenter Beorn ou le Maire de Lacville. Bref, passons donc aux critiques principales qui ont été faites à l’encontre de cette dernière interprétation du Hobbit de Tolkien.

De la narration visuelle

Première critique : celle de la cohérence narrative, voire même pour certains, celle de l’absence narrative. Je ne peux nier que La désolation de Smaug impose au récit un rythme assez effréné, loin des multiples commencements du Voyage inattendu. Mais j’imagine aussi que je peux comprendre que Jackson, après avoir fait un premier volet plus lent, ait souhaité ne pas imposer à son audience un même rythme. Ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler le contraste entre La communauté de l’anneau et Les deux tours. On aime ou pas, mais là aussi avec un peu d’effort on peut comprendre les choix éditoriaux faits pour La désolation de Smaug. Mais soit. Prenons un ou deux exemples de ces coupures narratives.

À commencer par l’ouverture de La désolation de Smaug. Alors c’est vrai, le film ne reprend pas à la seconde près, la suite de Un voyage inattendu. Après quelques minutes de rencontre secrète entre Gandalf et Thorin, on retrouve la compagnie de nain quasiment arrivée chez Beorn, soit plusieurs jours après que les aigles les aient déposés à la fin du premier volet du Hobbit. D’où une coupure narrative « un peu décousue ». Mais quel est le problème ? Je ne suis pas certain de bien discerner l’enjeu, si ce n’est que Jackson a prit le parti de ne pas décrire chaque minute du périple de cette étrange compagnie. Coupure narrative ? Seulement si on manque d’imagination. Certes, Jackson ne montre pas tout, de la même manière que Tolkien ne décrivait pas tout. Je reconnais bien volontiers que Jackson fait quelques raccourcis narratifs et qu’il fait des choix tout à fait personnels, choix qui pourront sembler parfois bien arbitraires. Mais là encore, le tout est laissé à l’appréciation personnelle.

De même, lorsque les nains quittent Lacville pour se mettre à la recherche de la porte secrète, Tolkien les fait errer sur les pentes du Mont Solitaire pendant, ma foi, un bon moment ! Jackson, lui, a fait le choix de ne nous montrer cela qu’en quelques minutes : une journée est suffisante pour que la compagnie parte de Lacville et trouve in extremis la « porte de derrière ». Quel autre choix y avait-il ? Filmer 10 minutes d’errance au milieu d’une terre désolée. Oui, c’était une option. Aurait-elle été meilleure ? Cela dépend bien du critère utilisé pour répondre à cette question. Si vous êtres un littéraliste, vous répondrez que le meilleur choix est toujours de suivre à la lettre le Hobbit de Tolkien. Si vous êtes conscients que le Hobbit de Jackson est une interprétation (personnelle) de l’oeuvre de Tolkien, alors je ne suis pas certain de pouvoir dire qu’il y a un meilleur choix. Certainement celui qui a, au final, été fait est légitime et compréhensible, d’autant plus qu’à ce stade de La désolation de Smaug, nous avions déjà bien assez attendu pour ne pas que Jackons prenne encore 10 minutes avant l’instant fatidique.

Enfin, il y aurait bien aussi l’arrivée des nains chez Beorn. « Pourquoi, par la barbe de Radagast, ne pas suivre à la lettre la description de Tolkien ? C’est quand même pas compliqué ! », s’écrieront les scribes littéralistes de Denethor. À mon sens pour une raison très simple : ne pas faire trop répétitif. Observons. Un beau jour, de manière bien inattendue, alors que le héro est bien tranquille chez lui, on frappe à la porte : Oh, un nain. Puis de nouveau à la porte… un autre nain. Et comme si ce n’était pas assez … encore un nain ! Jusqu’à ce qu’il y en ait treize. Cette introduction de Thorin & Cie ne vous rappelle rien ? Tolkien a choisi d’introduire Thorin & Cie d’une manière similaire auprès de Bilbo et de Beorn. Or, si un tel parallèle marche parfaitement dans une structure littéraire, c’est moins le cas pour celle que Jackson a donné à son Hobbit. Deux scènes similaires dans deux films différents, cela aurait fait un peu trop répétitif. C’est ce qu’il a essayé d’éviter, et je ne le lui reprocherai pas. Jusque là, pas de quoi donner un elfe à bouffer à Arachne.

Tout cela pour dire qu’il ne faudrait pas confondre deux styles très différents : la narration littéraire et la « narration visuelle ». La deuxième a ses limites, elle a même de sérieuses faiblesses que souligne notamment Jacques Ellul dans son La parole humiliée : l’image aurait emprisonné les mots, ici le « narratif », au point de rendre ce dernier méconnaissable, voire impossible. C’est une analyse à poursuivre, car je suis assez sensible à l’argumentation générale d’Ellul. Ce qui me semble important de souligner, une nouvelle fois, c’est l’essentielle (dans le sens philosophique d’essence) différence entre un récit littéraire et un récit cinématographique. La plupart des critiques formulées à l’égard de l’interprétation de Jackson considère qu’un « film » se doit d’être un livre mis en image. C’est beaucoup plus compliqué, et prendre conscience de cette complexité, c’est déjà reconnaître l’énorme travail scénaristique accompli une nouvelle fois dans ce Hobbit.

Du réchauffé ou du recherché ?

Deuxième critique : Jackson nous sert du réchauffé. Le Hobbit, c’est du Seigneur des anneaux au micro onde. On prend les mêmes thèmes, les mêmes personnages, le même tout et on recommence quelques années avant avec en prime treize nains improbables. La preuve ? Jackson est tellement à sec côté idées originales qu’il se voit même contraint de recycler l’auberge du Poney Fringuant pour produire un imaginaire début de film avec la rencontre de Gandalf et de Thorin2. Oui, bien sûr. Et surtout ce serait oublier que Jackson connaît l’intégrale de Tolkien bien mieux que nous, et j’inclus mes années doctorales passées sur Tolkien. Ce serait oublier que lorsque je dis que Jackson connaît parfaitement son Tolkien je ne parle pas d’une solide connaissance du Hobbit et du Seigneur des anneaux mais de l’essentiel de Tolkien, incluant les 12 volumes de L’Histoire de la Terre du Milieu, Les Contes et Légendes Inachevés, et bien sûr le Silmarilion ainsi que les Lettres. Je doute qu’aucun des critiques que j’ai lus ou entendus, n’en aient fait autant.

Il faut ainsi éviter de sauter sur des wargs enragés afin de couper Jackson en dés avant de les jeter à bouffer aux Orcs. Il vaut mieux essayer d’ouvrir les Contes et légendes inachevés, volume 3, au chapitre « La quête d’Erebor », et là que voyons-nous ? Que tout commence par une rencontre « fortuite » entre Gandalf et Thorin – certes initiée par Thorin et non par Gandalf3. Du coup, les répétitions comme celle-ci, si elles sont « suffocantes » pour quelques rares critiques, ne sont que l’expression d’un sérieux travail de recherche et de connexion entre divers écrits du corpus tolkienien.

Certains parallèles étaient aussi nécessaire pour relier le Hobbit au Seigneur des anneaux. Parmi les détails importants se trouve le commentaire totalement imaginaire de Tauriel et Legolas, alors qu’ils débattent de l’engagement des elfes dans la guerre à venir : « Nous faisons partie de ce monde ». Ce commentaire, étant l’exact parallèle avec les Ents, sert de pont narratif entre les deux sagas. Et il faut reconnaître en cela un certain succès chez Jackson, d’autant plus que c’est un point important du développement historique du Troisième Âge : l’unité des races libres dans la lutte contre Sauron. Que ce soit les elfes de Mirkwood ou les Entes de Fangorn, tous en viennent à cette pénible prise de conscience : le monde ne sera plus comme avant et le mal nous atteindra tous, tôt ou tard.

On entendra aussi dire que Jackson en rajoute : d’ailleurs la compagnie de nains se fait constamment poursuivre par des hordes d’orcs alors que dans le livre, rien n’en est dit : « Où avez-vous vu que ça grouille d’orcs jusque chez Beorn ? » De toute évidence Jackson en rajouter pour donner du rythme à son film. À première vue, nulle part, en tous cas pas dans la source T, ne voyons-nous cela. Mais en cherchant un peu, on trouvera dans les manuscrits précédant la version définitive de la source T des ébauches laissées de côté par Tolkien dans lesquelles Beorn tombe, pendant la nuit, sur une patrouille de wargs et d’orcs toujours à la poursuite des nains4. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? La poursuite d’Azog a donc une certaine justification. Là aussi Jackson un fait un choix éditorial qui se justifie cependant au vu des modifications rédactionnelles opérées par Tolkien lui-même !

Du presbytérianisme tolkienien

On pourrait résumer l’ensemble des critiques en une expression : le presbytérianisme tolkienien. Je m’explique. La tradition presbytérienne (protestante) a utilisé ce qu’on appelle le « principe régulateur du culte » pour décrire ce qu’il était légitime d’intégrer au culte. Ce principe dit simplement que seuls les éléments expressément commandés dans la Bible sont permis dans le culte. Par contraste, une autre approche dit que tout ce qui n’est pas contraire à la Bible est permit dans le culte. Il en est de même pour les critiques que nous venons de mentionner. Pour certains, seuls les éléments présent dans Tolkien peuvent aire l’objet d’une adaptation cinématographique. Pour d’autres, dont je suis, peuvent être présents dans le film tout ce qui n’est pas contraire à Tolkien. Pour l’instant, je crois que Jackson n’a rien fait d’essentiellement contraire à Tolkien. Ce presbytérianisme tolkienien fonde donc une certaine approche de l’adaptation cinématographique, voire même donne une certaine approche à la capacité imaginative.

En effet, la légitimité de l’activité créatrice se trouve ici limitée par un « principe régulateur » d’adaptation qui restreint fortement la possibilité d’exprimer une imagination personnelle. Et c’est là que j’en viens au problème qui me semble être le problème principal de la plupart des critiques. C’est un problème d’imagination, mais j’ai l’impression ici de me répéter car il me semble avoir déjà fait déjà quatre fois le même type de commentaires. Mais il paraît que la répétition est un outil pédagogique nécessaire, alors répétons.

Certains modifications sont même une amélioration du récit de Tolkien. Rappelons-nous par exemple que les deux ouvrages de Tolkien conserveront quelques incohérences dues à un détail essentiel : lorsque Tolkien a écrit Le Hobbit, aucune suite n’était prévue. Ce qui a une conséquence particulièrement importante : l’anneau du Hobbit était magique, mais ce n’était pas l’anneau de Sauron. Cela posa un sérieux problème à Tolkien lorsqu’il se mit à la rédaction de la séquelle du Hobbit. Dans cette séquelle, dont nous savons ce qu’elle deviendra, l’anneau n’est plus simplement un pratique anneau magique mais une partie de Sauron, un serviteur à part entière de ce Seigneur ténébreux. Or, dans le Hobbit, l’anneau semble être quelque chose de bien utile mais de finalement pas si important, et certainement pas très « dangereux ». Jackson a essayé de mettre une plus grand cohérence dans le récit, notamment en rendant Biblo visible lors de sa conversation avec Smaug. L’original par Tolkien n’est d’ailleurs pas très clair là dessus, l’auteur lui-même ayant changé d’avis. On appréciera aussi de voir à l’écran la fascination destructrice que l’anneau commence déjà à avoir sur Bilbo, là aussi quelque chose que Tolkien ne pouvait pas montrer. Non seulement Jackson demeure cohérent avec Tolkien mais il apporte une dose de cohérence supplémentaire.

C’est la même chose pour la petite escapade de Gandalf à Dol Guldur. Mais par tous les marteaux de Durin, pourquoi va-t-il y mettre les pieds ? Dans la chronologie de Tolkien : (1) pour voir qui est le Nécromancien et (2) il trouve la clé de Thrain, emprisonné par Sauron. Pour ce qui est de (2), c’est trop tard. À cause du « condensé temporel » utilisé par Jackson, Thorin se trouve déjà en possession de la clé au moment où dans le film Gandalf explore Dol Guldur. Il fallait donc trouver une raison pour Gandalf d’aller à Dol Guldur. Mais il fallait aussi montrer le retour de Sauron, que Jackson choisit de montrer d’une manière qui, si elle n’est pas complètement convaincante n’est pas non plus dénuée de mérites. Comment rendre visuellement un Sauron désincarné ? Que le réalisateur avec une idée de génie jette le premier palantir à Peter Jackson. La confrontation de Gandalf et Sauron est certes… particulière. Mais elle a le mérite de s’attarder un peu sur ce qui faisait en réalité l’arrière plan épique du Hobbit, à savoir les évènements à Dol Guldur et la découverte du retour de Sauron. Non, sérieusement, l’exploration de Dol Guldur par Gandalf n’a rien de bien choquant : elle nous met au contraire face au dramatique retour de cet ennemi de la Terre du Milieu. Là aussi Jackson met dans le mille.

Pour ce qui est des rajouts que certains trouvent inacceptables, vouloir expliquer l’utilisation par Jackson des annexes et autres passages obscurs de Tolkien par une simple volonté de « remplissage »5, c’est ne pas faire justice aux efforts du réalisateur. De plus, ces annexes ne sont pas anodins et jettent parfois une lumière importante sur les évènements qui conduiront au Seigneur des anneaux. Je serais même presque prêt à dire que sans ces annexes, il était difficile que les trilogies du Hobbit et du Seigneur des anneaux puissent créer une vraie cohérence.

Certaines autres critiques sont un peu ridicules, comme de descendre en flamme un Jackson qui a uni en un seul personnage (Bard) l’archer légendaire et le batelier6. Franchement : c’est une excellent idée. Au lieu d’introduire des dizaines de personnages inutiles (sur lesquels d’ailleurs la source T ne dit rien dont on ne puisse se passer), Jackson décide de tout unifier en une narration centrée sur Bard. Là aussi on gagne en cohérence, en tous cas au niveau cinématographique. Nous avons maintenants trois « arcs » centrés sur les nains, Gandalf et Bard, trois parties du Hobbit qui seront unies dans le troisième volet. Pas de quoi fouetter un poney de la Comté.

La poursuite des orcs et la traque des deux elfes jusque dans Lacville est effectivement difficile à expliquer7. De même que l’empoisonnement de Kili – et on ne parle pas de cette « chose » entre notre bon nain et l’elfe innocente (hum)8. À moins que, pour ce qui concerne les premiers, Jackson ne prépare son troisième volet. Il lui faut en effet se préparer à expliquer comment les elfes vont à un moment débarquer à Lacville. Dans la source T (Tolkien), cela prend un bon moment, et Jackson ne peut décemment pas suivre la narration tolkienienne. Or là aussi le rythme cinématographique exige des changements, d’autant plus que Tolkien lui-même ne dit pas grand chose là dessus. Jackson est donc contraint d’expliquer autrement l’arrivée des elfes. Pour ce qui est des orcs, c’est à mon sens un peu le même principe, d’autant plus que Tolkien ne s’étend pas sur les raisons derrière la bataille des Cinq armées. Là aussi la source J (Jackson) a de grands mérites : il essaie de clarifier les raisons conduisant à cette bataille qui, à la fin de la source T, peut donner l’impression de tomber du ciel. En tous cas, nous verrons ce qu’il nous réserve dans le troisième volet, The Hobbit: There and Back Again.

Conclusion : comprendre avant de détruire

Pour conclure, je reste convaincu qu’une différence majeure entre les critiques très négatifs de La désolation de Smaug et ma propre appréciation de ce dernier est la suivante : il est nécessaire de comprendre les choix d’un auteur ou d’un réalisateur, ici de Jackson, avant de critiquer ces choix. Il est nécessaire de comprendre, de l’intérieur, une « vision » particulière. Si on ne comprend pas, on ne peut critique de manière pertinente. On se contente d’exprimer plus ou moins vocalement son désaccord. Mais peut-être est-ce le professeur d’apologétique qui parle ici. La première étape d’une bonne apologétique, c’est de comprendre de l’intérieur la position de votre interlocuteur. Une fois encore, il faudrait avant de massacrer Jackson ou de le laisser se faire dévorer vivant par des araignées affaméesse poser la question : a-t-il des raisons légitimes, compréhensibles? Certains choix n’en ont aucun, je l’ai déjà reconnu. Pour les autres, réfléchissons (un peu).

Ensuite, ne sacralisons pas Tolkien. Certains des choix faits par la source T peuvent être modifiés. Certains choix faits par Tolkien sont relativement incohérents dans son propre univers. Cet univers, ce monde, Tolkien l’a aussi voulu assez cohérent pour qu’il puisse continuer à vivre. Pour que la Terre du Milieu continue de vivre, il faut légitimer le continuationisme de l’imagination tolkienienne, ce que Jackson fait brillamment. Protéger Tolkien au delà de toute raison, c’est limiter notre imagination, voire même emprisonner la Terre du Milieu dans un carcan que Tolkien n’aurait (peut-être) pas imposé. Il ne faudrait quand même pas être plus protectionniste que Thranduil et refuser à Jackson de sortir du cadre tolkienien imposé par les « fans ».

Conclusion : le littéralisme tolkienien, sous prétexte de fidélité à Tolkien, refuse souvent de même essayer de comprendre les choix faits par Jackson. Et ainsi on ne peut apprécier La désolation de Smaug à sa juste valeur – qui est excellente. De mon côté, je continuerai à apprécier les deux sources (T et J), en ayant une préférence certaine pour la première – mais pas parce que je pense que Jackson aurait trahit Tolkien. J’ai peut-être ici trop défendu Jackson et pas assez Tolkien. J’avoue avoir une préférence pour une recension « trop généreuse » que trop critique, surtout quand cette dernière est à peine justifiée.

Je terminerai avec une remarque théologique. Certains auront remarqué des parallèles théologiques dans cette recension. Clairement, c’était volontaire. Je suis en effet frappé par des parallèles évidents. La majorité de ceux qui ont gentiment, mais fermement, allumé Jackson l’ont fait par littéralisme et je suis frappé de constater que ceci est en cohérence avec leur littéralisme biblique. L’interprétation d’un film et l’interprétation de la Bible sont donc étrangement parallèles. Cela pourrait-il refléter plus qu’une méthode d’interprétation et indiquer une certaine structure psychologique un poil rigide ? Cela nous conduirait aussi à dire que notre méthode d’interprétation de la Bible influence notre méthode d’interprétation de tant d’autres choses, comme celle d’un film. C’est une banalité. Mais la manière dont nous interprétons un film influence aussi la manière dont nous interprétons la Bible. Dans cette fin de modernité tardive où nous sommes toujours confrontés à des produits culturels, ces derniers ne transforment-t-ils pas inconsciemment la manière dont nous lisons la Bible ?

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Notes :

1 Avant d’être mis dans le même sac que Grishnákh, Langue de Serpent, Shagrat ou encore Gothmog, je rappelle que la « majorité » ne signifie pas tous. Donc ne venez pas objecter : « La majorité, oui, mais pas tous ». Je suis bien conscient de cela.

2 Christopher Orr, « The Hobbit 2 Is Bad Fan Fiction », The Atlantic, http://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2013/12/-em-the-hobbit-2-em-is-bad-fan-fiction/282316, accédé le 21 décembre 2013.

3 J.R.R. Tolkien, Contes et légendes inachevés, vol. 3, Paris, Christian Bourgois, 1982, pp. 79-103, ici p. 81 s.

4 John D. Rateliff, The History of the Hobbit. Part One: Mr Baggins, p. 241.

5 Mike McGranaghan, « The Hobbit: The Desolation of Smaug », http://aisleseat.com/hobbitsmaug.htm.

6 http://www.theatlantic.com/entertainment/archive/2013/12/-em-the-hobbit-2-em-is-bad-fan-fiction/282316

7 Pour certains, les orcs (gobelins) ne jouent aucun rôle dans Tolkien, ce qui est loin d’être exact. Mais il faut faire l’effort de voir le Hobbit avec l’arrière-plan qui est le sien : la multiplication des orcs en Terre du Milieu, la découverte du retour de Sauron et le premier prélude à la Guerre de l’Anneau en cette bataille des Cinq armées.

8 Pour ce qui est de Kili, Jackson ré-imagine l’absence de Fili et Kili du Mont Solitaire pendant quelques jours, avant que les nains n’y soient assiégés. Alors oui, il y a là une sérieuse modification : cela ne tient plus de l’interprétation mais de la ré-imagination. Mais cela ne me gêne pas outre mesure car je ne vois pas Tolkien trahit par ces changements.

Joel Allen Schroeder, « Dear Mr. Watterson », http://www.dearmrwatterson.com, 2013.

Calvin & Hobbes, c’est l’histoire d’un enfant de six ans, Calvin, et de son tigre en peluche. Euh non, son tigre n’est pas une peluche. donc c’est l’histoire de Calvin, six ans, et de son tigre, Hobbes. Calvin & Hobbes, c’est le comic strip le plus influent, le plus connu, le plus apprécié. Au moins à la hauteur des Peanuts (Snoopy et Charlie Brown) de Charles Schultz.

Première planche publiée de "Calvin & Hobbes"

Première planche publiée de « Calvin & Hobbes », 18 novembre 1985

Au moment où Calvin & Hobbes sort pour la première fois, le 18 novembre 1985, le « comic strip » est à son apogée, et Calvin et Hobbes, création de Bill Watterson, en sera l’un des chefs d’oeuvres, marquant peut-être même le début d’un certain déclin du genre. Dès les premières planches, les traditionnelles 4 cases du dimanche matin, beaucoup réalisèrent rapidement que cette nouvelle n’était décidément pas comme les autres. Ce fut la première d’une longue série de « strips », plus de 3 000, qui remplirait la décennie d’une audience attentive, qui serait reprise dans plus de 2 400 journaux au monde, et qui serait traduite en plus d’une vingtaine de langues. Certaines collections sont d’ailleurs toujours en cours d’impression.

Dernière publication de "Calvin & Hobbes", 31 décembre 1995

Dernière publication de « Calvin & Hobbes », 31 décembre 1995

Et puis, juste après les dix ans commémorant l’arrêt de Calvin & Hobbes, un illustre inconnu commença une série d’interview explorant l’immense impact culturel de ce « comic strip », influence continuant trente ans encore après la première parution de ce dernier. Ces premières interviews deviendraient le documentaire Dear Mr. Watterson (Cher M. Watterson), sorti le 15 novembre 2013. Ce documentaire, le premier sur la série ou sur le Bill Watterson lui-même méritait donc l’attention d’un public tout aussi anxieux qu’impatient de savoir comment allait être approché cette tâche redoutable.

Les limites d’un documentaire

Alors bien sûr, ce documentaire n’aura pas satisfait ceux des plus grands fans qui savaient déjà tout, ou presque, de Calvin & Hobbes. Pour ceux qui auraient attendu de Schroeder qu’il révèle des secrets, des détails inédits de la vie de Watterson, là aussi la désappointement sera grand : là dessus, il n’y a pas grande originalité, voire aucun apport réel comparé à la page Wikipédia de Bill Watterson !1 Et pourquoi en serait-il autrement ? Ainsi, ce serait un total non-sens de remarquer avec un critique : « Savoir ce que ce documentaire, rempli de témoignages serviles, cherche à atteindre n’est pas tout à fait clair. Une approbation professionnelle ? Réconforter les fans secrètement rongés par le doute ? La pression de leurs pairs ? »2 Cela part du principe que le documentaire se devait d’apporter autre chose qu’une appréciation absolument positive de C&H. Pour tous ceux qui attendaient cela, la frustration sera grande. D’un autre côté, il fallait s’y attendre.

Tout d’abord, Watterson a toujours été d’une réclusion presque maniaque. Comme l’a remarqué quelqu’un, Bill Watterson, c’est un peu le Sasquatch des cartoonistes . Ceux qui le fréquentent personnellement se comptant sur le doigt d’une main et les interviews données, peut-être sur l’autre main encore libre3. Un numéro de Scene daté de novembre 2001 (numéro 24) titrait ironiquement, sous un dessin de Calvin et Hobbes représentés avec des longues vues : « Avis de recherche : le créateur de Calvin et Hobbes, Bill Watterson, vu pour la dernière fois dans le Nord-Est de l’Ohio. Ne pas approcher ». Une des dernières et rares interview donnée par Watterson au webzine Mental Floss, n’apporte pas grand chose sur le « mystère » de ce génial créateur4. Quant à sa propre autobiographie, elle mérite une lecture attentive, elle et ses neuf lignes !5 Dans une culture de la célébrité, même dans nos églises, nous apprendrions pas mal de cette attitude quelque peu surprenante.

Ensuite, l’objectif du documentaire n’est pas de proposer une exploration de la signification profonde de Calvin & Hobbes et encore moins, et là j’exprime ma reconnaissance, une tentative de lire le « comic strip » à travers une interprétation freudienne de l’enfance de l’auteur !6 L’objectif que Dear Mr Watterson essaie d’achever est bien simple : un hommage, un remerciement relativement bien élaboré, adressé à Watterson7. Sans plus de prétentions. Cela a évidemment dérangé certains critiques qui remarquent amèrement le peu d’originalité quant au contenu du documentaire, notant même parfois une certaine superficialité : « Il se contente d’interviewer les fans, et ils sont légions. Les célébrités, les cartoonistes, les curateurs et autres discutent leur appréciation de Calvin & Hobbes »8. Certains, de toute évidence, attendent d’un documentaire qu’il soit une réflexion critique sur l’oeuvre ou l’auteur étudié. Mais un documentaire n’a pas nécessairement ce but : il peut être informatif et didactique, ce que celui-ci est vraisemblablement !

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Cela dit, Dear Mr Watterson souffre de longueurs réelles. Les premières 10-12 minutes sont particulièrement laborieuses, notamment à cause de l’intrusion narrative du directeur Joel Allen Schroeder essayant de personnaliser quelque peu un documentaire qui était pourtant bien parti. On peut particulièrement apprécier la volonté de narrer ce documentaire plutôt que de simplement commenter sur C&H. Les premières minutes, présentant, sans les nommer, les « hommages » de plusieurs personnes alors inconnues a le mérite de focaliser notre attention sur Calvin & Hobbes et non sur les titres des personnes en question. C’est un « comic strip » pour tout le monde, pas pour les « grands » de ce monde.

Alors oui, le contenu n’est pas focalisé sur l’information, sur la nouveauté. Il est centré, il se nourrit, de la fascination et de l’amour même, que beaucoup portent encore à ce « comic strip » bien particulier. Cela pose d’ailleurs la question de savoir quel est le critère qui doit être utilisé pour « évaluer » un tel documentaire. Ce dernier ne doit pas être jugé sur son seul contenu, mais aussi sur la réalisation… car finalement, ce qui est devant nous, c’est un film documentaire et pas une biographie critique, et alors,

« quoiqu’on puisse dire des excès de ce documentaire, c’est un travail de talent : la réalisation, le montage, la photographie, la musique et les effets visuels sont tous de qualité. Si l’art de Watterson a contribué à inspirer leur talent, et celui de bien d’autres, ce serait en soi un grand héritage. »9

Bien que certains éléments si appréciables, comme la musique, d’une grande cohérence avec le sujet même du documentaire auraient pu être un peu moins omniprésents10.

Du « comic strip » à l’art

L’une des choses remarquables que ce documentaire met aussi en avant, c’est l’exceptionnelle qualité de C&H. Plusieurs remarquent par exemple la grande qualité du trait, elle aussi remarquablement unique et distinctive. D’autant plus que cette aisance dans le trait ne s’acquiert souvent qu’à force de pratique : le trait ne peut en effet être naturel que lorsqu’il dépend du personnage, que lorsqu’il naît presque littéralement du personnage dessiné. Or pour C&H, cette aisance naturelle fut trouvée presque instantanément et le trait de dessein de Watterson fut très rapidement aboutit. Cela démontre la proximité, l’intimité de Watterson et de ses personnages, surtout cette identification avec Calvin et avec Hobbes : ces derniers se comportent sous le crayon comme dans la/leur vraie vie.

Et si Watterson est parvenu a accomplir cela, c’est entre autre, comme le soulignent bien els autres cartoonistes qui lui rendent ici hommage, parce que le « comic strip » est un art. Comme le dit Watterson lui-même : « Malgré leur simplicité apparente, les possibilités expressives des comics rivalisent avec toutes les autres formes d’art » Et c’est peut-être pour cela que Calvin part dans des discussions esthétiques délirantes, démontrant l’absurdité de la distinction entre « art populaire » et l’art des élites. Au contraire, le petit garçon de six ans qui parle parfois comme un professeur de philosophie, parfois comme un manager, sert de catalyseur à la découverte du langage, de l’humour. Dans C&H, il faut chercher le sens des mots, car Watterson n’édulcore pas la difficulté des mots ; au contraire, il faut chercher leur beauté, chercher la manière dont ils jouent avec l’imagination du lecteur – voire la manière dont ils sont « travestis » par notre culture. C’est peut-être à cause de tout cela que Calvin est un grand fan de « comic strips », jusqu’à en être lui-même le héro : il est un expert sur la Ligue Thermonucléaire du Capitaine Napalm, il est aussi Spiff l’intrépide explorateur de planètes, ou encore Stupendous Man, défenseurs des libertés.

calvin-and-hobbes-on-evilMais si C&H s’apparente à une forme artistique particulièrement achevée, c’est aussi parce que la forme et le fond se rejoignent dans la subversion culturelle qu’il propose. Cela aussi a fait la force et la pérennité de l’oeuvre de Watterson. C&H est subversif, tout en étant infus d’une certaine pureté, dans son discours, dans son honnêteté. C’est peut-être pour cela aussi que cela fait de C&H un tel outil apologétique : non pas à cause de sa supposée proximité avec la foi chrétienne, mais parce que les questions posées rejoignent souvent les questions que posent la Bible elle-même. Ainsi pour la question du mal ou de l’existence de Dieu !

Enfin, l’art de C&H ne fut pas sans poser de sérieux problèmes éthiques à son créateur, notamment lorsque le succèssyndicate4 initial fit place à la possible marchandisation (franchise), ce que Watterson refusa toujours, dans des termes des plus radicaux. Mais pour préserver C&H d’une marchandisation, Watterson maintint une position radicalement ferme en s’opposant à vendre une licence pour sa création, ce qui lui aurait rapporté bien 30 millions, estiment certains experts. Pas de place ici pour résumer le débat dans les grandes lignes, car beaucoup d’autres dont le créateur des Peanuts, ont fait le choix inverse. Pas de procès d’intention ici. Pour résumer brièvement la position de Watterson :

« c’est le cartooniste de Pearls Before Swine, Stephan Pastis, qui discute avec éloquence les deux côtés de l’argument. D’une part, il comprend bien que la décision de Watterson de préserver Calvin & Hobbes des boîtes-repas est vraiment une question de contrôle. Une fois que ces personnages sont mis entre les mains d’autres designers et commerciaux, essayant d’adapter les personnages sur des emballages, la pureté du comic strip commence à se diluer. Mais, d’autre part, Pastis ne voit pas le problème avec une vraie peluche de Hobbes, ce qui permettrait naturellement à l’enfant d’adopter le même esprit imaginatif que Calvin. »11

Stephen Pastis commente aussi sur une motivation plus profonde de Watterson, celle du contrôle. Autoriser une « licence », c’est en effet une perte de contrôle, or, note Pastis, le « comic strip » est la seule forme d’art où l’auteur est au contrôle du début à la fin. Pas d’éditeur, d’agent de publication. Pas de caméraman, de directeur, de pigiste. Rien : le cartooniste, son crayon, son papier. Et dès qu’il y a une « licence »… alors il faut « faire avec » des gens qu’on n’aime pas vraiment. Tout le monde veut que Hobbes ait : un sourire, qu’il soit allongé au soleil, couché sous un arbre, etc. Le cartooniste n’est plus seul maître à bord.

Cette volonté de ne pas perdre le contrôle, Watterson en a lui aussi parlé : « Calvin & Hobbes a été conçu pour être un « comic strip » et c’est tout ce que je veux qu’il soit. C’est le seul endroit où tout fonctionne comme je le veux. » D’ailleurs lorsque le père de Calvin lui dit : « Le problème c’est que tu vois tout en noir et blanc » et que Calvin répond : « Parfois les choses c’est vraiment noir ou blanc », ne retrouvons-nous pas ce même débat sur le refus de « licence » ? Certainement Watterson est un homme de principe, et il voulait maîtriser ses principes, du début à la fin. Mais n’est-ce pas cela qui a contribué à pérenniser C&H ?

Le regard de l’enfant qu’il ne faut pas avoir

C’est cela, et c’est Calvin. Le petit garçon qu’il ne faut pas avoir. Calvin & Hobbes, le « comic strip » qu’il ne faut pas laisser lire aux enfants. Voici une question entre le dilemme éthique et la question métaphysique ! Ou alors il faut être prêt à assumer : avoir un enfant critique, conscient, responsable et en même temps, complètement submergé par sa propre imagination. Calvin a six ans, c’est un petit garçon très intelligent – malgré un système éducatif inapproprié – et possède une imagination… exubérante. C’est un enfant avec un désir intense de vivre. Et puis il y a Hobbes, son meilleur ami, le tigre en peluche qui, pour Calvin seul, est vivant et avec lequel il entretient les plus exceptionnelles conversations : du non-sens à la conversation métaphysique, passant de l’un à l’autre sans aucune hésitation.

calvin-hobbes_onlifexxCalvin & Hobbes, pour ceux qui ne connaîtraient pas encore, c’est… peut-on vraiment le résumer ?On ne peut pas vraiment le résumer : il faut le lire. Car C&H, il faut le lire. C’est un coup d’oeil jeté dans la vie des personnages, de leur personnalité, de leur vie, de leur culture. C’est ce qui explique en partie l’impact que ce « comic strip » a eu sur la culture américaine, et sur bien d’autres. C’est la représentation de la condition humain vu à travers les yeux d’un enfant de six ans qui essaie de verbaliser le tragique de la société contemporaine. Et comme il n’a que six ans, nous tombons souvent dans le non sens satirique. Et nous y prenons plaisir !

L’un des éléments qui explique la persistance de l’influence de Calvin & Hobbes, c’est en partie le regard critique que CalvinHobbesCalvin porte sur la société et la condition humaine. Toutes les grandes questions existentielles s’y trouvent abordées, parfois d’un ton cynique (comme l’attitude de Calvin envers l’art par exemple, et en particulier envers l’art postmoderne), parfois d’un ton dramatique peu fréquent (les thèmes de la mort et de l’abandon), ou d’un ton humoristique caractéristique de Watterson, enfin, de Calvin, pour un certain nombre de questions sociétales (comme l’écologie).

Toutes ces questions, Watterson les aborde, se laissant même interroger par sa surprenante création. Si Calvin est le petit garçon qu’il ne faut pas avoir, c’est parce qu’il est toujours dangereux d’avoir un vis-à-vis honnête et subversif : il pourrait bien vous entraîner à sa suite, et ainsi, contribuer à faire naitre une alternative aux sérieuses dérives de nos sociétés.

Du comic à la féérie

Et pour conclure, il est impossible de ne pas comparer C&H à la féérie. Car de temps en temps, dans le monde de Calvin, la réalité fait son intrusion momentanée et disparaît aussitôt ! Ce n’est pas un monde imaginaire qui s’introduit dans notre réalité de temps à autre, mais précisément l’inverse ! Le « salon des professeurs » : une cave infecte et une odeur pestilentielle, la salle de classe, une ère préhistorique ou un espace vide qui ne demande que l’apparition d’un créateur. La réalité elle-même est le lieu du féérique, comme Chesterton le pensai déjà et comme Tolkien le rappelait. C’est le rapport continuel du féérique et du réel, non pas comme l’un opposé, confronté à l’autre, mais les deux se nourrissant l’un de l’autre. C’est le Mooreeffoc chestertonien.

Par le conte de fées, par la féérie, par « l’imagination ordinaire », nous retrouvons une vue claire du monde, disait Tolkien. N’est-ce pas aussi ce que fait C&H ? Le recouvrement d’une vue claire, pure, sur le monde. Nous pourrions même voir l’imagination chestertonienne dans l’occupation des quatre cases du « comic strip ». La manière dont Calvin et Hobbes prennent place, avec tous les autres personnages, de Susie à Moe, dans cet espace limité transcende littéralement l’espace restreint pour marquer profondément notre ordinaire.

calvin-and-hobbes-religion-2Et là, soudain, l’imagination de Calvin donne vie à notre imagination faisant de l’appropriation personnelle de l’imagination une vie renouvelée. Ce ci est finalement assez proche de ce que Newman appelait le « sens illatif » (appréhension des choses par le sens imaginatif) qui conduit droit vers l’assentiment réel que Newman applique à la foi mais que nous pourrions aussi appliquer à l’existence du monde imaginaire de Calvin. Nous pourrions aussi dire que dans l’intrusion du réel nous sommes en présence de la cohérence interne si chère à Tolkien pour qui une féérie était jugée, non pas à l’aune de son étrangeté, mais de sa « cohérence » interne.

Tout cela donne au C&H présenté dans ce documentaire une importance qui va bien au delà de l’appréciation des uns ou des autres. La valeur et la pertinence de C&H ne doit pas être mesurée que par son influence mais aussi par le renouvellement de notre imagination, par la subversion artistique dont il témoigne. Calvin & Hobbes, Bill Watterson, c’est tout cela, et plus encore. C’est en prenant conscience de cela que ce documentaire fait de notre société un monde nouveau. Oui, le monde est nouveau aujourd’hui, nous pouvons sortir, le découvrir.

« Allons l’explorer ! »

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Notes :

1 Brent Simon, annihile Dear Mr Watterson en quelques mots qu’il pense bien pesés : « The movie provides such scant biographical details as to render it almost completely ridiculous. » Brent Simon, « Dear Mr. Watterson: An Exploration of Calvin & Hobbes », Shared Darkness, http://shareddarkness.com, accédé le 10 décembre 2013.

2 Nicolas Rapold, « The Genius Behind the Subversive Squiggles », The New York Times, http://www.nytimes.com, accédé le 10 décembre 2013.

3 L’oncle de Calvin, Max, n’est-il pas une incarnation de Bill Watterson lorsqu’il remarque, pensif : « Parfois j’ai l’impression que tous mes amis étaient imaginaires » ?

4 « Our Interview with Bill Watterson! », Mental_Floss, http://mentalfloss.com, accédé le 10 décembre 2013.

5 Bill Watterson, « The Autobiography of Bill Watterson », BlogSizer, http://ignatz.brinkster.net/cautobio.html, accédé le 10 décembre 2013.

6 Pour ne pas paraître trop négatif par rapport à la psychologie, faisons référence ici à un article intéressant regardant à l’imagination de C&H sous un angle lacanien. Philip Sandifer, « When Real Things Happen to Imaginary Tigers », Interdisciplinary Comic Studies, http://www.english.ufl.edu/imagetext/archives/v3_3/sandifer, accédé le 10 décembre 2013.

7 Ainsi : « But the 90-minute documentary doesn’t pretend to be anything more than it is: a love letter to a great comic, providing a digestible version of its history with an eye to its legacy. ». Kevin Jagernauth, « ‘Dear Mr. Watterson’ A Breezy Walk Through The Mostly Well Known History Of ‘Calvin And Hobbes’ » The Playlist, http://blogs.indiewire.com/theplaylist, accédé le 10 décembre 2013.

8 Chris Knight, « The Calvin & Hobbes scribe’s eye for the tiger gets a close look in heartwarming documentary », National Post, http://arts.nationalpost.com, accédé le 10 décembre 2013.

9 Franck Lovece, « Film Review: Dear Mr. Watterson », Film Journal International, http://www.filmjournal.com, accédé le 10 décembre 2013.

10 La musique de We Were Pirates est ainsi un peu envahissante, http://www.wewerepiratesmusic.com.

11 Jagernauth, « ‘Dear Mr. Watterson’ A Breezy Walk Through The Mostly Well Known History Of ‘Calvin And Hobbes’ »

Gerald Rau, « Mapping the Origins Debate: Six Models of the Beginning of Everything », IVP, 2012.

Rau_Mapping Origins DebateNe nous y trompons pas : le texte de Gn 1-3 nous pose à tous des questions essentielles. Et soyons honnêtes, nous avons tous eu quelques problèmes avec ce texte, que ce soit avant, pendant, et même après notre conversion. Normal : Gn 1 en particulier nous met face à l’origine de qui nous sommes. Il nous confronte aussi avec le ce que nous sommes. Avec ce double constat, de multiples positions chrétiennes se sont construites autour de l’interprétation de Gn 1-3. Ces interprétations de Gn 1-3 ont à leur tour affecté la manière dont nous considérons les théories scientifiques, en particulier celle de l’évolution. De nombreux ouvrages et blog se radicalisent, particulièrement en France, le plus souvent au détriment du Corps de Christ. Au milieu de toutes ces publications, un ouvrage sort du lot, Mapping the Origins Debate: Six Models of the Beginning of Everything, de Gerald Rau.

Gerald Rau, qui fut un temps professeur adjoint de biologie à Wheaton College et à Trinity Christian College, a aussi une formation en philosophie des sciences, ce qui en fait quelqu’un de qualifié pour se lancer dans ce qui fait la force de cet ouvrage : la présentation des modèles principaux construits pour répondre à la question des origines. En cela, Mapping the Origins Debate est un succès, réussissant même l’exploit d’être recommandé par le National Science Teachers Association, que l’on peut difficilement soupçonner d’être partial en faveur des thèses créationnistes strictes. S’il y avait le moindre doute quant à Gerald Raud, la NSTA aurait certainement fait preuve de réserves, d’autant plus que l’ouvrage a été publié par IVP, grande maison d’édition évangélique.

L’objectif recherché par l’auteur est clairement établi dès les premières pages : fournir au lecteur, qu’il soit théologien, pasteur, laïc, qu’il ait déjà un avis ou non, un résumé pratique des principaux modèles en présentant pour chacun d’entre eux : leurs présupposés, leur convictions principales, leurs faiblesses, et tout cela en les comparant les uns aux autres. Rau prend même le temps, pour certaines données exégétiques ou scientifiques importantes, de voir les interprétations divergentes faites selon les modèles, prouvant ainsi que les présupposés affectent l’interprétation des données. Ainsi, nous pourrions dire que les présupposés exégétique du créationnisme « jeune terre » affectent leur interprétation des données scientifiques tout comme les présupposés scientifiques de l’« évolutionnisme théiste » affectent leur interprétation de Gn 1. Ce constat est d’ailleurs l’un des points de départ majeurs de l’auteur qui en fait un principe déterminant. Il est ainsi important de le rappeler : l’impossible neutralité de la science. Rau rappelle très justement :

« Notre vision du monde et notre philosophie conditionnent la manière dont nous évaluons des preuves [des faits], dès la première fois que nous les entendons. Tout scientifique travaille sur le fondement d’une théorie particulière qui affecte à la fois la collecte et l’interprétation des données. »

Cela ne signifie pas en conséquence que l’objectivité est hors de portée. Certes, la totale objectivité est impossible, mais Rau parvient il me semble à se montrer relativement impartial. Ici, il faudrait d’ailleurs se rappeler la différence que les historiens ont encore (ou devraient encore faire) entre objectivité et neutralité. Il est impossible de comprendre sans prendre position, mais il est possible, en ayant prit position, de comprendre un autre « modèle ». Dans un commentaire en ligne l’auteur continue :

« Dans tout le livre, mon but est de présenter, sans prendre parti, les différentes positions. Bien que la neutralité totale soit impossible, j’essaie de présenter le « pourquoi » de ce que chacun pense, et pourquoi chacun est convaincu que son point de vue est le meilleur. »

Ayant dit cela, il ne faudrait pas se tromper sur ce livre. Il faut qu’une chose soit claire. Si vous êtes « créationniste évolutionniste ou « créationnistes strict »1, ce livre ne vous plaira pas si vous y cherchez des munitions « contre » votre ennemi juré, celui qui se compromet avec la science ou celui qui lit de manière caricaturale Gn 1. Ce livre est pour ceux qui cherchent à comprendre avec respect les positions autres que la sienne. Dans la situation actuelle, avec ce que je continue à entendre, très souvent en aparté, nous en sommes bien loin. Les clichés ont bien du mal à disparaître, même dans les grandes réunions évangéliques consacrées à la science.

Dans le premier chapitre Rau défini ce qui est fondamental pour l’ensemble du débat et à toutes les questions qui lui appartient , en soulignant l’importance de reconnaître la lentille à travers laquelle nous voyons et interprétons les données comme preuve en premier lieu. Dans ces quelques pages, Rau présente deux éléments pertinents pour le reste de son exploration. Tout d’abord, Rau présente plusieurs définitions possibles de la science, remarquant que notre définition intuitive de la science est parfois l’un des élements qui complique le débat : sans définition claire de ce que nous entendons par « science », un rapport clair entre « science et foi » ne peut pas être établi2. Ensuite, Rau met l’accent sur l’importance de la notion de vision du monde qui explique en fin de compte pourquoi et comment la science est toujours interprétée par le scientifique.

Dans le deuxième chapitre Rau jette les bases de sa future évaluation des six modèles présentant les origines. La première distinction importante qu’il présente, et qu’il serait très utile de se rappeler : hypothèse, théorie, loi, et modèle. L’utilisation ambigüe de « hypothèse » et « théorie » revient très souvent dans le présent débat, obscurcissant un débat déjà très sensible (33). De là, Rau présente un éventail de modèles organisés en six points de vue différents : l’évolution naturaliste (position classique), l’évolution non-téléologique (sans finalité), l’évolution planifiée, l’évolution dirigée, le créationnisme « vieille terre », et le créationnisme « jeune terre ». Suivant la présentation de ces six modèles, Rau met quelques pages à part pour traiter du « dessein intelligent » (52-56) soulignant quelques points importants. Le tableau ci-dessous (reproduit de la page 42) résume les diverses positions :

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Les chapitres 3 à 6 sont constitués de la réponse que chaque modèle donne aux quatre questions essentielles sur les origines : de l’univers (57-81), de la vie (82-100), des espèces (101-128), et de l’humanité (129-152). À chaque étape, Rau présente les points forts et les faiblesses de chaque modèles, incluant les données scientifiques que chaque modèle met de côté afin de préserver sa cohérence. C’est probablement ce constat qui est le plus intéressant, mais qui vraisemblablement, desservira aussi ce livre. En effet chacun pourra trouver dans ces chapitres des arguments « contre » les positions adverses. Mais chacun sera aussi confronté aux incohérences de son modèle de préférence. Ceci sera particulièrement difficile à accepter pour les scientifiques (chrétiens), persuadés que leur modèle intègre toutes les observations scientifiques naturelles. Ce constat nous exhorte donc à considérer notre science comme étant provisoire – encore et toujours, provisoire.

Un point intéressant sur lequel Rau revient à plusieurs reprises, ce sont les critiques faciles faites, notamment par le « créationnisme évolutionniste » (dans sa classification, « évolution planifiée ») à l’encontre du « dessein intelligent », refusant à ce dernier l’étiquette « science » à cause de l’intrusion de Dieu à l’intérieur d’une explication naturelle. Pour cette critique, le « dessin intelligent » perd sa nature scientifique dès que Dieu intervient dans le modèle scientifique. Rau utilise l’exemple de BioLogos pour montrer une incohérence dans ce type d’argument. Tout le monde accepte que Christ a pris chair humaine, a vécu, est mort corporellement et est revenu de la mort. Mort et résurrection de Christ sont donc bien une interaction (littéralement, une intrusion) du surnaturel dans le monde naturel, intrusion qui a laissé des traces dans le monde naturel. La plupart d’entre nous diront par conséquence que nous pouvons déduire de ces effets naturels qu’il s’est produit quelque chose de surnaturel. La question que pose Rau est la suivante : pourquoi nier au « dessein intelligent » la possibilité de faire la même chose en ce qui concerne, disons, l’information génétique ou la complexité cellulaire (par référence au livre de Stephen Meyer, Signature in the Cell). Si dieu lui-même est entré dans le monde naturel et a laissé son empreinte dans ce monde, ne serait-il pas « naturel » d’intégrer ce constat dans l’entreprise scientifique ? La question mérite d’être posée.

Sur ce même point, un passage court et fascinant présente un exemple de débat « interne » à la théologie chrétienne, entre deux scientifiques, l’un Michael Behe (que l’on peut associer à l’ « évolution dirigée ») et l’autre Stephen Barr, représentant de l’ « évolution planifiée ». Rau souligne que bien que les deux positions se trouvent au milieu du spectre des options possibles, les deux positions démontrent aussi de nombreuses différences, certaines majeures. Ce que l’auteur met en évidence, c’est que ceux qui rejettent du « dessein intelligent » (DE) comme n’étant pas une science mais une philosophie, commettent deux erreurs (187-188) : (1) tout d’abord  il faut rappeler que « il est vrai que le DE n’est pas une science, telle que la science est définie par l’alliance évolutionniste » (188) ; (2) ensuite, c’est oublier que toute science est aussi liée à une philosophie. Critiquer le DE à cause de sa dimension philosophique c’est passer à côté de ses propres présupposés philosophiques.

Dans le chapitre 7, l’auteur nous conduit à considérer la question des origines sous un angle « complémentariste ». Convaincu que cette question se présente à nous sous forme d’un puzzle géant, Rau nous invite à voir chaque modèle comme n’étant qu’une mise en forme de certaines pièces de ce puzzle – ce dernier n’étant jamais complètement terminé. Les contributions de chaque modèle peuvent être intégrées… mais dans quoi ? C’est l’une des questions qui reste en suspend à la fin de Mapping the Origins Debate. Est-ce une faiblesse du livre ? Peut-être. D’un autre côté, Rau n’a jamais prétendu offrir autre chose qu’une présentation des six modèles en question.

Dans huitième et dernier chapitre, Rau souhaite ramener la discussion vers sa conclusion logique en montrant « comment la définition de la science elle-même est au cœur du débat et comment elle est même dictée par nos présupposés philosophiques », ce qui soulève une question fondamentale quant à notre définition de la science, la manière dont nous l’utilisons et la manière dont elle devrait être utilisée (176). Il conclu aussi que la définition contemporaine de la science est telle qu’elle exclue nécessairement (et illégitimement) tous les points de vue autres que « l’évolution naturaliste ». Cette conclusion exige aussi une sérieuse reconsidération de notre part : quelle est notre définition de la science et quelles implications inattendues peut-elle bien avoir ? Cette question demeure pour chacun de nous.

En conclusion, ce livre est un très bon outil présentant chaque modèle, indiquant la manière dont chacun inclus les données scientifiques, et la nécessité de prêter une attention particulière aux mots que nous utilisons. L’ouvrage se termine par plusieurs appendices très utile, comme le résumé détaillé des six modèles (cf. ci-dessous) ou un très bref résumé des interprétations de Gn 1 (probablement moins utile, ne pouvant pas vraiment expliquer les présuppositions exégétiques de chaque interprétation), ainsi qu’un glossaire relativement fourni.

Bien sûr, certains regretteront que Rau n’aille pas plus loin en encourageant à trouver un compromis, un consensus dans le conflit qui s’est enraciné au sein même de la théologie évangélique. Mais ce n’était pas son but, cela était bien clair dès le début.

Vous trouverez ici quelques pages tirées de l’Appendice 1, présentant certains des aspects les plus importants (télécharger)

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Notes :

1 L’un de mes étudiants a justement fait remarquer que « évolutionniste théiste » n’est pas une bonne expression. Je propose donc pour l’instant d’utiliser les expressions « créationnisme évolutionniste » et « créationnisme strict ». Merci à Jean-René Moret d’avoir soulevé ce point.

2 Les définitions de la science sont diverses. Dans le Glossaire à la fin de son livre Rau en mentionne plusieurs :
(1) Les données empiriques est tout ce qui peut être observée à l’aide de nos cinq sens , avec ou sans assistance .
(2) La science expérimentale – Étude d’un phénomène reproductible en manipulant une variable pour déterminer son effet , tout en maintenant les autres conditions constantes , comprend les sciences de laboratoire prototype , mais il est aussi utilisé dans les milieux de terrain .
(3) Science de l’observation – Etude des situations naturelles , souvent utilisés pour les phénomènes où la manipulation des conditions n’est pas possible . Dans le texte , il donne des exemples tels que les enquêtes d’étoiles, tremblements de terre, et la propagation de la maladie .
(4) La science historique – étude des phénomènes uniques qui sont historiquement contingent , sur la base de traces empiriques de modélisation ; comprend l’histoire ancienne , comme la paléontologie et l’histoire récente, comme la médecine légale . Dans le texte , il donne des exemples de périodes glaciaires et origines .
(5) Science théorique – Etude des phénomènes qui n’ont pas encore été observées , mais peuvent être prédits sur la base de la modélisation mathématique , comprend de nombreux sous-domaines au sein de la physique et de la cosmologie . Ces prédictions peuvent être testés par l’une des trois approches empiriques ci-dessus.

Kazuchika Kise, « Ghost in the Shell: Arise — Ghost Whispers », Production I.G, 30 novembre 2013

Après une recension finalement assez positive du premier épisode de Ghost in the Shell: Arise, un petit mot, beaucoup plus court sur le deuxième épisode (« Border ») de cette préquelle de GiS. Les différences avec les opus précédents sont plus clairs, en tous cas pour ce qui est de la disproportion entre les éléments d’action et les éléments réflexifs. Dans « Ghost Whisper », place à l’action !

Un peu trop même. Ne soyons quand même pas trop négatifs. Car un point joue en faveur de « Ghost Whisper », et non, ce n’est pas l’intrigue elle-même qui, bien que sans être originale, est cependant bien menée. Mais le « plus » réel, c’est la manière dont la future équipe de la « Sécurité Publique – Section 9 » est introduite. Si le jeune Togusa a été présenté dans le premier épisode et ne réapparaît pas ici, ce sont bien les autres, Ishikawa et Saito notamment, qui font leur entrée. Ils sont accompagnés de Batou, déjà vu dans « Ghost Pain ». Tous, à une rare exception, sont d’abord du côté opposé au Major et à la future Section 9. Surprise donc pour savoir comment l’intrigue principale conduira à la création de la Section 9. Pour certains, cela suffirait même à faire oublier qu’il y a une vraie histoire, intrigue derrière « Ghost Whisper ». Mais l’absence de réelle originalité laisse toute la place à la construction des personnages.

Enfin, un élément intéressant, quoique marginal, est le moyen de pression utilisé par ce ni-ème terroriste : les moyens de transport. Dans les 10 dernières années, ces derniers ont été la cible souvent privilégiée du terrorisme international (et sans donner d’exemples encore sensibles). Ici, c’est le moyen de transport le plus banal qui est pris en otage : la voiture. Dans un monde entièrement régit par des intelligences artificielles présidant au contrôle autoroutier, etc., il était relativement facile d’imaginer une situation dans laquelle les voitures ne seraient pas bloquées comme dans un « bouchon » sur l’autoroute mais précisément l’inverse : elles ne s’arrêteraient pas !  Qu’aurait bien dit Jacques Ellul, dans sa critique prophétique de la Technique, d’un tel cas de figure ?

Pour le reste, « Ghost Whisper » est certainement bien fait mais manque cruellement d’originalité. Seule exception : l’ébauche de la future relation, jamais vraiment explorée auparavant, entre le Major et les Tachikomas (ici Logicomas), les robots pensants de la section 9 qui bientôt acquerront une âme (« ghost »). En dehors de cela, nous restons avec un bon Ghost in the Shell, tout en espérant que le prochain épisode prévu pour juin 2014 sera plus proche du premier épisode de Arise que de ce deuxième.

Kazuchika Kise, « Ghost in the Shell: Arise — Ghost Pain », Production I.G, 22 juin 2013

Depuis presque 20 ans, la franchise de Mamoru Oshii règne sur le cyberpungk des anime. Du premier long métrage en 1995 aux deux séries Ghost in the Shell: Stand Alone Complex, l’exploration de la nature humaine, de l’individuation des êtres artificiels, mais aussi des questions telles que l’identité, la mémoire et les souvenirs, étaient au centre du monde de Ghost in the Shell. Sans parler des intrigues politiques brillamment menées, particulièrement dans la 2nd GIG (2e saison). Après l’excellent Solid State Society (2006) — mettant en avant l’émergence d’une conscience collective artificielle fusionnant avec le système social (d’où le « solid state ») — beaucoup attendaient la suite.

Elle s’est faite attendre. Un peu plus de six ans. L’année 2013 a vu sortir les deux premiers OVA, sur quatre annoncés, du nouveau Ghost in the Shell: Arise. Dès son annonce, beaucoup ont craint qu’une « préquelle » ne soit une erreur. La crainte principale était que GiS ne se transforme en un anime pour adolescent : de l’action et des effets spéciaux, mais pas de contenu. Cette crainte n’était finalement pas justifiée, mais qui était sérieusement inquiet ? Que Oshii puisse vendre son chef d’oeuvre pour se rabaisser au niveau d’autres anime de moindre qualité aurait été pour le moins aberrant.

Cette nouvelle série prend un format différent : 4 OVA d’une heure, appelés « Borders » (frontière). La première partie, « Ghost Pain » pose donc les premiers jalons de ces quatre nouvelles heures. Pour ceux qui attendaient de Arise qu’il se présente comme un simple récit du passé des personnages principaux de GiS comme le Major ou Aramaki, première déception : il n’y a pas de linéarité chronologique claire entre Arise  et, par exemple, Stand Alone Complex. La linéarité est plutôt symbolique et thématique, ce qui donne une certaine cohérence d’ensemble, en tous cas, une certaine cohérence à ce premier épisode.

Car « Ghost Pain » est bien un classique GiS : visuel finalement assez épuré comparé à d’autre anime ou oeuvres d’anticipation. Il y a aussi le cyberpunk, l’intrigue, les questions « habituelles » de cet univers. Et enfin, une autre caractéristique de GiS : il y a toujours plus que vous ne pouvez comprendre la première fois. Ce sera probablement la même chose ici.

Dans ce « Border » nous faisons les premiers pas vers la formation de l’équipe que nous connaissons des autres opus de GiS. Mais surprise, l’un des personnages principaux n’occupe pas vraiment la place que nous lui connaissons. Batou, le cyborg aux yeux de ranger, apparaît la première fois comme un adversaire. Un adversaire, ou plutôt même un « concurrent » dont on ne sais pas trop quoi faire. Vraisemblablement, il faut attendre la suite pour savoir comment cette opposition initiale se transformera en coopération, pour dire le moins.

Sans révéler l’intrigue, au cas où certains souhaiteraient voir cet épisode de Arise, quelques points cependant. On ne peut pas vraiment dire que « Ghost Pain » ajoute vraiment à ce que les autres séries avaient exploré. C’est peut-être d’ailleurs le plus grand défi de cette « préquelle » : poursuivre la philosophie de Ghost in the Shell. Une chose intéressante, soulignée plus qu’ailleurs auparavant (il me semble), c’est là manière dont le « subconscient » lutte contre les piratage de la conscience (« ghost hacking« ) et essaie de séparer le réel de la mémoire, et la mémoire implantée de la mémoire réelle. Mais dans quelques minutes de « Ghost Pain », nous voyons aussi la souffrance et l »isolation d’un individu confronté à l’impossibilité de distinguer mémoire réelle de mémoire implantée. Lorsqu’il n’y a plus de frontières, l’individu est seul, sans même savoir s’il est vraiment seul.

Nous rencontrons aussi le Major sous un nouveau jour. Nous la connaissions bien : une des meilleurs « hacker », distante et cependant en lutte avec les mêmes questions centrales au monde de Ghost in the Shell. Mais en somme, un personnage fort, presque sans limite. Ici, nous retrouvons un personnage qui avait été évoqué au cours de la 2e saison de Stand Alone Complex : en proie à certaines faiblesses, victime de ses propres erreurs. Dans « Ghost Pain », c’est aussi la manière dont le Major fait face à ses faiblesses qui construit sa personnalité.

Enfin, le point le plus positif, qui fait l’attrait principal de Arise semble être (en tous cas si les autres épisodes sont semblables à ce premier) la personnalité du Major, explorée d’une manière assez inattendue : d’une manière beaucoup plus personnelle qu’auparavant. La psychologie du Major sera peut-être même, qui sait ?, l’un des objets principaux de Arise. Du côté des points négatifs, le plus décevant est sans nul doute l’absence de réflexion philosophique. Cela peut être dû à un certain essoufflement de GiS, à une différence dans la direction de la série, ou au rythme nécessairement plus rapide d’un OVA que d’une série comme Stand Alone Complex.

Quoiqu’il en soit, pour ceux qui attendaient Arise pour poursuivre, par exemple, leur exploration apologétique du monde de Ghost in the Shell, alors la déception est perceptible. Personnellement, c’est en partie ce qui faisait l’attrait de GiS : pouvoir s’appuyer sur cette anticipation pour avoir une parole prophétique dans un monde post-humain déjà entrain de se construire. Le monde de GiS rejoint de plus certaines grandes questions bibliques : l’identité personnelle, notre lien avec une conscience transcendante (Dieu), ou encore la question de la mémoire (et donc de la connaissance, donc, de l’épistémologie). Pour aller plus loin, il n’y a guère de chance que Arise nous soit bien utile, malheureusement.

Alors, succès ? Cela dépend un peu de ce qu’on en attendait. La tentation c’est certainement de toujours espérer le « plus », le spectaculaire, car Ghost in the Shell nous y a habitués. Ici, pas de spectaculaire, mais une valeur solide qui réussi donc à remplir son premier but : construire sur les acquis de GiS. Bien sûr, maintenir cet intérêt et cette qualité sera un bien grand défi. On ne peut qu’attendre le 2e épisode pour confirmation. Cependant, « Ghost Pain » aura probablement servit à calmer les sceptiques, si ce n’est à apaiser les plus récalcitrants.

Recension de Thomas Nagel, « Mind and Cosmos: Why the Materialist Neo-Darwinian Conception of Nature is Almost Certainly False », New York, Oxford University Press, 2012, 128 pp.

mindandcosmos_nagelThomas Nagel, professeur de philosophie et de droit à l’université de New York, dont les domaines d’expertise sont la philosophie de la conscience aussi bien que la philosophie politique1, signe avec son dernier Mind and Cosmos: Why the Materialist Neo-Darwinian Conception of Nature is Almost Certainly False un ouvrage relativement important dans les débats actuels touchant à l’approche matérialiste de l’évolution. D’ailleurs ce livre a causé une petite controverse comme certaines recensions en témoignent2. Du côté des recensions extrêmement négatives, notons celle de Wes Aslan ou celle de Brian Leiter and Michael Weisberg cyniquement intitulée « Avez-vous vraiment un cerveau ? À propos de Thomas Nagel ». Pour ces critiques, ce seul livre sert à discréditer l’ensemble des philosophes. À lire cette recension, on peut se demander quelle place la science actuelle accorde à la diversité d’opinion. À lire certains titres de ces recensions, on peut se demander si il est encore possible de prendre au sérieux quelqu’un avec qui nous sommes en désaccord. Il fut un temps (béni?) ou même en désaccord profond, il y avait un respect et une appréciation mutuelle3. Je suis profondément reconnaissant que Nagel ne soit pas aussi hautain que nombre de ses critiques.

Ce livre par d’un double constat : (1) l’existence de la conscience et de la pensée (en anglais the mind) et (2) le fait que l’existence de la conscience « n’est pas un problème local qui ne concernerait que la relation entre la pensée, le cerveau, et le comportement dans les organismes vivants (animaux), mais que ce problème influence la compréhension de tout notre cosmos et de toute son histoire » (p. 3). Avec le but qu’entretien le livre – montrer qu’une perspective purement matérialiste de l’évolution ne peut pas rendre compte de l’existence de la conscience – commencer ainsi était certainement l’un des meilleurs moyens de procéder. Cela établit, de la part de l’auteur, la conviction que le problème auquel nous sommes confronté n’est pas anecdotique mais qu’il mérite d’être considéré à fond. Ce problème mérite que nous prenions toute la mesure des questions subsidiaires qu’il pose.

Bien sûr ce point de départ dépend aussi dans une certaine mesure de la définition de la « philosophie » (de la pensée, de l’esprit) adoptée par Nagel. Ce qui me semble intéressant, c’est qu’il identifie l’une des tâches essentielles de la philosophie comme étant l’exploration et l’identification des limites de notre connaissance, ici de notre connaissance scientifique. Cela pourrait surprendre. La philosophie n’est-elle pas une science et en ce cas n’a-t-elle pas comme objectif de déterminer ce que nous savons et pouvons savoir ? En partie. Mais en partie seulement. C’est là que le point de départ de Nagel se rapproche de l’étymologie première de « philosophie » : l’amour de la sagesse, et la sagesse, dans son sens biblique, n’est-ce pas aussi (ou essentiellement) de savoir identifier et garder nos limites ? Mais nous sommes ici déjà dans des considérations qui vont au delà du livre en question.

Mind and Cosmos, avec ses petites 128 pages est divisé en quatre chapitres (excluant l’introduction et la conclusion) : traitant de « l’antiréductionnisme », de la conscience, de la cognition, et des valeurs. Sur ce point, Nagel semble aller plus loin que certains apologètes car dès l’introduction il ne fait aucun doute que pour lui « l’orthodoxie présente [de l’évolution] qui traite de l’ordre cosmique est le produit de présupposition fondamentales qui n’ont pas de justification et qui sont contredits par le sens commun » (p. 5). D’où la conclusion qui sera développée dans les quatre domaines mentionnés : « il est hautement non-plausible que la vie telle que nous la connaissons soit le résultat d’une séquence d’ « accidents » physiques couplés avec le mécanisme de la sélection naturelle » (p. 6).

Dans chaque chapitre, l’objectif de Nagel est transparent : montrer que le matérialisme « naturaliste », comme le dirait Alvin Plantinga, ne peut pas parvenir à une explication complète de notre univers. Mieux : sur ce fondement matérialiste, l’existence même de la pensée demeure par nécessité un mystère. Par soucis de ceux qui souhaiteraient lire ces quelques pages très pertinentes, je ne me lancerait pas dans un compte-rendu détaillé de tous les arguments avancés par Nagel ; d’autres recensions sont disponibles sur internet et certaines présentent très bien ces derniers. Quelques mots, par contre, sur certaines grandes conclusions.

Lorsqu’il en vient à une discussion de la conscience, sujet dans lequel il excelle, Nagel semble identifier comme problème principal de l’évolutionnisme matérialiste l’existence de l’intentionnalité de la pensée et donc de la conscience. Cette intentionnalité des actions, qu’il tient pour bien réelle, ne peut pas être la conséquence unique de la seule matière, ou elle ne serait plus « intention » (la théologie dirait-elle « volition »?) Si nous adoptons une posture purement matérialiste, confirme Nagel, alors le lien entre intentionnalité, pensée et action, demeure un mystère incompréhensible.

Les questions que pose Nagel à la position évolutionniste « orthodoxe » (expression utilisée par Nagel, je précise) sont simples4 : « Comment rendre compte de l’existence de la pensée ? » Ou encore « Sur la base de votre présupposé réductionniste, comment expliquer que le monde soit intelligible ? » Ou encore « Les choses que nous comprenons du monde sont-elles vraies en elles-mêmes ou dépendent-elles des processus chimique de notre cerveau ? »5 Ou enfin, à propos de ce qu’on appelle les « lois naturelles » : « Du moment que ces lois fondamentales ne sont pas en elles-mêmes nécessairement vraies, la question demeure : pourquoi demeurent-elles ? » Toutes ces questions peuvent aussi être posées par des apologètes.

Au delà des arguments avancés dans les autres chapitres, un autre aspect fascinant de Mind and Cosmos, c’est de voir un philosophe athée du calibre de Nagel remettre en cause le dénigrement du « dessin intelligent » présenté par Michael Behe ou Stephen Meyers. Alors que des lobbys chrétiens comme BioLogos essaient de démontrer que le « dessein intelligent » n’a rien de scientifique, Nagel souligne les forces d’une telle approche, y compris le poids des arguments scientifiques qui ont, de son point de vue, le mérite de prendre en compte toutes les dimensions, et mystère !, de notre cosmos. Certes, Nagel ne défend pas une position théiste et se sépare même très nettement de ce qu’il considère comme étant deux extrêmes : le matérialisme évolutionniste (ou réductionnisme) et le théisme – ou ce qu’il appelle « interventionnisme », le Dieu qui intervient dans le monde6.

Quelle portée pour l’apologétique ? Quatre sont à retenir :

(1) Tout d’abord, si nous acceptons, après avoir lu ce livre, les grands arguments de Nagel, nous devons nous méfier du rejet pur et simple du « dessein intelligent » comme n’étant en aucun cas une argumentation scientifique. Non pas que Nagel s’associe au « dessin intelligent », loin de là7. Mais Nagel voit dans la critique trop facile du « dessein intelligent » une capitulation inconditionnelle aux présupposés du réductionnisme matérialiste qui est l’un des fondements de « l’évolutionnisme classique ». Cette critique il est à mon sens nécessaire de l’entendre : cela sert de juste rappel pour ceux qui joueraient le jeu matérialiste un peu trop sérieusement.

(2) Nous devons aussi prendre conscience qu’un évolutionniste athée n’est pas nécessairement matérialiste, ce qui certainement en étonnera plus d’un. Mais si nous y réfléchissons un peu, c’est tout à fait logique : l’athéisme, à strictement parler, ne fait qu’affirmer qu’il n’y a pas de dieux ou de divinités, pas même de « force supérieure » présidant aux destinées humaines. Cela signifie-t-il pour autant que seule la matière existe ? Pas nécessairement. Il peut y avoir une dimension spirituelle qui fasse partie de la nature, sans qu’elle soit divinisée. Il peut y avoir aussi un « spiritualité » quasi intrinsèque à l’être humain. Je me demande parfois si ce n’est pas la direction dans laquelle devrait aller la « spiritualité sans dieu » d’un André Comte-Sponville8.

(3) Le réductionnisme matérialiste (la réduction de toutes choses à une réalité, une existence, matérielle) est une vision du monde (l’auteur lui-même utilise cette expression désormais classique) qui ne pourra jamais rendre compte de la réalité dans laquelle nous vivons. Ce principe est en lui-même significatif : c’est par exemple l’un des principes essentiels à l’apologétique telle que nous la concevons à la Faculté Jean Calvin.

(4) La métaphysique poursuit son grand retour dans la philosophie contemporaine. Après avoir été dépassée par l’épistémologie puis par la philosophie du langage et ensuite des sciences, la « physique après la physique » revient sur le devant de la scène. Enfin, elle essaie.

Car Nagel ne présente pas qu’une analyse philosophique d’une question difficile (la conscience), mais il défend aussi une conviction philosophique un peu inhabituelle pour un philosophe athée en ces temps hypermodernes : la conscience fait partie intégrante de la nature humaine. Affirmation classique pour certains, beaucoup moins dans une philosophie marquée par la déconstruction et le réductionnisme matérialiste à la Dawkins. Une bonne partie de l’intérêt de Nagel pour ces questions est finalement de montrer que la science ne s’intéresse pas au « comment » mais que la science s’intéresse à ce qu’est la matière9. Par contraste, la métaphysique se pose la question de savoir « ce qui existe ».

Avec toutes ces considérations positives, certains se demanderont peut-être si nous devons prendre les arguments de Nagel comme étant de bons « outils » apologétique. Un mot d’avertissement est nécessaire : ce n’est pas parce que Nagel tient pour problématique la version classique de la théorie de l’évolution que sa position conduit par conséquent au théisme biblique, loin de là. S’il en voit les mérites, Nagel ne laisse aucun doute quant à son rejet de ce théisme (p. 22) lui préférant une forme de justification matérielle aux lois naturelles. Ainsi, certains créationnistes prendront garde à ne pas trop rapidement invoquer Nagel dans leur rejet de « l’orthodoxie évolutionniste ». Dans tous les cas, ces conclusions exigent que nous ne catégorisions pas trop rapidement les positions scientifiques des créationnistes ou des évolutionnistes athées, ce que nous avons tous tendance à faire, surtout à l’intérieur de nos milieux chrétien très fermés.

En poussant les choses un peu plus loin, nous pourrions nous demander quelles sont, finalement, les différences fondamentales entre le réductionnisme matérialiste qu’il rejette et sa volonté de justifier « naturellement » l’existence de la conscience ? Je ne suis pas certain, qu’en fin de compte, il le puisse10. Ou plutôt, je suis convaincu qu’il ne le peut pas car l’existence de la conscience ne peut être que le résultat de la création « analogique » d’une conscience personnelle transcendante, le Dieu trine. La « téléologie » qu’il tente de proposer ne peut donner un sens ou direction au cosmos tant que cette direction n’est pas initiée, ce qui semble exiger l’existence d’une intentionnalité qui préside au cosmos. Ceci est finalement assez ironique vu l’accent mis sur ce thème de l’intentionnalité dans le chapitre sur la conscience. La critique de « l’orthodoxie darwinienne » que propose Nagel est pertinente et percutante (« percunente » ?), malheureusement elle ne peut répondre au problème fondamental qu’elle identifie.

À mon sens, la question finale à laquelle nous sommes confrontés dans la conclusion du livre de Nagel est celle-ci : à cause de toutes nos limitations cognitives (dues à notre nature humaine et aux conséquences du péché sur notre compréhension), pouvons-nous savoir que quelque chose est vrai ? En des termes plus théologiques : en dehors d’une révélation cohérente, compréhensible et descriptive du Dieu créateur, pouvons-nous vraiment savoir quelque chose de la réalité dans laquelle nous vivons ?

__________________________________________________________ 
Notes :

On consultera avec intérêt une recensions théologique de cet ouvrage sur le site de Reformation21.

1 Cf. Equality and Partiality, Oxford University Press, 1991 ; Other Minds: Critical Essays, 1969-1994, Oxford University Press, 1995.

2 Wes Alwan, « Evolution is Rigged! A Review of Thomas Nagel’s Mind and Cosmos », The Partially Examined Life, 7 février 2013, http://www.partiallyexaminedlife.com, accédé le 3 décembre 2013 ; Brian Leiter and Michael Weisberg, « Do You Only Have a Brain? On Thomas Nagel », The Nation, 22 octobre 2012, http://www.thenation.com, accédé le 3 décembre 2013. Du côté plus positif, cf. Maria Popova, « Mind and Cosmos: Philosopher Thomas Nagel’s Brave Critique of Scientific Reductionism », Brain Pickings, http://www.brainpickings.org, accédé le 3 décembre 2013. D’autres recensions hésitent à se positionner comme la double recension de P. N. Furbank et Louis B. Jones, « Two Perspectives on Thomas Nagel’s Mind and Cosmos », Three Penny Review, http://www.threepennyreview.com, accédé le 3 décembre 2013.

3 Voir l’étrange amitié qui liait G.K. Chesterton, célèbre auteur chrétien, avec H.G. Wells et G.B. Shaw.

4 Enfin, « simples »… Bien sûr, certains des arguments avancés, ou seulement évoqués par Nagel, demanderaient une connaissance un peu plus avancée de domaines comme la psychophysiologie. Mais passons.

5 Question que posait déjà alvin Plantinga dans sa « trilogie » sur la justification rationnelle de la croyance. Cf. par exemple Warrant and Proper Function, New York, Oxford University Press, 1993.

6 À certains moments, Nagel semble être prêt à considérer comme plausible un théisme « non interventionniste » pour lequel, une fois l’acte créateur terminé, Dieu n’interviendrait plus dans sa création. L’étiquette utilisée par Nagel peut étonner, d’autant plus qu’il y a finalement une expression pour caractériser cette perspective : le déisme.

7 Comme le souligne fortement l’une des recensions les plus pertinentes à ce jour, celle de H. Allen Orr, « Awaiting a New Darwin », The New York Review of Books, 7 février 2013, http://www.nybooks.com, accédé le 2 décembre 2013.

8 André Comte-Sponville, L’esprit de l’athéisme : Introduction à une spiritualité sans Dieu, Albin Michel, 2006.

9 Je pense que par conséquence Nagel rejetterait la distinction souvent faite : la science parle du « comment » et la religion du « pourquoi ».

10 C’est aussi la conclusion de Louis B. Jones, « Two Perspectives on Thomas Nagel’s Mind and Cosmos »

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Leçons ecclésiales tirées des appendices du « Hobbit, un voyage inattendu », Peter Jackson, 2012

Tout le monde le sait, je vis dans la Terre du Milieu. De temps en temps il est vrai, je fais une incursion dans ce monde présent, comme il y a quelques jours lorsque j’ai reçu la version longue du Hobbit, un voyage inattendu. L’intérêt d’un tel Dvd n’est pas seulement dans les quelques trop rares minutes ajoutées par rapport à la version « cinéma », mais aussi tous les annexes parlant des divers aspects du tournage lui-même. Je trouve personnellement les quelques neuf heures d’annexe aussi passionnantes que le film lui-même. C’est donc sans surprise que j’ai dévoré en quelques jours les trois Dvd qui forment les annexes du Hobbit.

Et c’est là, au détour de quelques commentaires fait presque en passant par Peter Jackson que cela m’a frappé. Certaines réflexions pouvaient vraiment être transposées pour nos églises. J’en retiens, brièvement, cinq.

1) Une communauté, c’est passer du temps ensemble

Ce n’est pas la première fois que Jackson nous fait le coup. Ce fut déjà le cas lors du tournage du Seigneur des anneaux, particulièrement pour la première partie La Communauté de l’anneau. Il a créé une réelle atmosphère de « communauté », au sens fort du terme, entre les personnages de son film. Comment ? En faisant en sorte que ce soient les acteurs eux-mêmes qui forment une communauté car le principe de Jackson est le suivant : on voit à l’écran ce que les acteurs sont en réalité. C’est pour cela que Jackson a souvent fait en sorte, pour ses deux grandes trilogies, que les acteurs puissent passer près de deux ou trois semaines ensemble avant même le début du tournage. C’est là qu’ils apprennent ensemble… tout : le maniement des armes, le chant, le dialecte des nains, etc. Ils apprennent ensemble et cela contribue à créer une communauté de treize nains. Si les acteurs forment une « communauté » leurs personnages formeront aussi une communauté. S’il en est ainsi, c’est parce qu’ils ont passé du temps ensemble. Ils ne sont pas venus simplement pour tourner ensemble.

Nous rassemblons-nous seulement pour rendre un culte ensemble. Ou passons-nous du temps ensemble. Soyez assurés que je me pose aussi la question pour ma propre participation à la vie de mon église locale. Combien de temps passons-nous ensemble en dehors des cultes et autres réunions que nous voyons trop souvent comme des « obligations ». J’imagine assez peu. La réaction habituelle est de dire : « J’ai quand même une vie en dehors de l’église ! » En plus, soyons honnêtes, ceux qui y sont dans mon église seraient difficiles à vivre plus de trois heures par semaine ! Nous voulons une communauté de foi, oui, mais une communauté qui n’empiète pas trop sur notre vie. Une communauté qu’on puisse facilement maitriser en fin de compte.

Et pourtant, n’y a-t-il pas un lien quasi nécessaire entre « formation de la communauté » et le temps que nous passons avec/en communauté ? Ne nous y trompons pas : c’est en passant du temps ensemble que nous pouvons apprendre à nous connaître et donc apprendre à former une vraie communauté. Il n’y a ma foi pas des centaines de manière de faire : pour se connaître, il faut passer du temps ensemble. À moins de lire dans les pensées des autres, ce qu’a priori nous sommes peu à pouvoir faire. Passer du temps ensemble c’est prendre le risque de connaître les autres, parfois même de les connaître plus que nous n’aurions aimé ! Mais c’est alors prendre le risque de se laisser connaître.

Et finalement, passer du temps ensemble est un instrument de notre sanctification, car c’est en passant du temps ensemble que l’Esprit travaille en nous son amour, sa patience, sa joie, sa paix, sa persévérance, sa tempérance, sa compassion, son humilité, sa douceur, sa bonté. Ces « fruits » de l’Esprit nous lient d’un lien inaltérable ancré en notre union en un même Seigneur, d’où l’exhortation de Paul à souffrir ensemble, à pleurer ensemble. Mais Pour cela, il faut passer du temps ensemble… et ce précieux temps devient alors un instrument privilégié par lequel s’incarnent en nous les fruits de l’Esprit. Impossible de manifester et vivre ces derniers pendant les seules trente minutes de « temps fraternel » tous les dimanche après le culte.

2) Rire ensemble

L’un des attraits essentiels des trois Dvd supplémentaires du Hobbit, c’est l’humour qui transparaît régulièrement. Le rire et l’humour qui permet aux acteurs, aux doubles, et autres « cascadeurs », de pouvoir enchaîner les prises 5, 10, 35 fois de suite. Le même humour, le même rire qui leur permet aussi de continuer à être leur personnage même dans les situations les plus inconfortables et difficiles : les conditions climatiques (froid, pluie), fatigue, etc. Parce qu’il y a toujours de quoi rire.

C’est à se demander si nous ne sommes pas souvent un peu trop sérieux. Je veux dire, pas en tant que personnes. Je suis certain que nous sommes tous plein d’entrain, de joie et d’humour. Ce n’est pas cela qu’il faut se demander mais plutôt : « Rions-nous ensemble ? » Question un peu étrange : il y en a certainement de plus importantes. Et pourtant. La joie, voire même le rire qui en provient n’est-elle pas une caractéristique de la vie communautaire, par exemple dans l’Ancien Testament ?

Certains ont par exemple montré comment les fêtes « solennelles » en Israël (fêtes des huttes, du « grand pardon », des moissons) étaient le plus souvent des temps de réjouissance, même lorsqu’elles impliquaient une reconnaissance de péché devant Dieu. La solennité des fêtes n’était pas une austérité mais une joie collective, un rire communautaire ne présence du seul Libérateur :

« Il est possible de trouver, dans l’Ancien Testament, l’influence du rire divin dans les fêtes du peuple, dans la poésie du Cantique des cantiques, and dans d’autres anecdotes rapportées lors des cultes… »1

Cela pourra en étonner certain, car le rire a toujours éveillé la méfiance, jusque dans le dernier siècle. Ainsi, Jean Chrysostome affirmait dans l’une de ses prédications : « ce monde n’est pas un théâtre dans lequel nous pouvons rire, et nous ne sommes pas rassemblés ici pour éclater en rires, mais afin de pleurer pour nos péchés »2. Un certain nombre d’autres exemples pourraient être cités. Pourtant, le rire a son importance.

Tout d’abord, l’humour nous encourage à ne pas trop nous prendre au sérieux. Comme le disait Chesterton : « La raison pour laquelle les anges peuvent voler, c’est qu’ils se prennent à la légère ». L’humour encourage ainsi une certaine honnêteté dans nos échanges et dans nos interactions. Il nous encourage aussi à mettre à l’unisson notre foi et notre vie3. Mais l’humour et le rire nous aident aussi à combattre l’orgueil qui nous habite. Reinhold Niebuhr le notait d’ailleurs très bien lorsqu’il disait : « L’humour est une preuve de notre capacité d’atteindre un point duquel nous pouvons regarder à nous-mêmes. Le sens de l’humour est ainsi une conséquence de la transcendance… Cela signifie que la capacité à rire de nous-mêmes est le prélude à un sens de contrition »4.

Ensuite, l’humour et le rire sont aussi constitutifs de l’être humain, et peut-être aussi, par conséquent, peuvent-ils nous enseigner quelque chose au sujet des actions de Dieu. Cela ne signifie pas que nous devons conclure automatiquement que le rire est inhérent à la nature de Dieu. Mais nous pouvons cependant facilement conclure que l’humour (et l’ironie) sont démontrés dans l’économie de Dieu avec sa création. Si le rire n’est pas caractéristique de Dieu en lui-même (a se), il peut l’être de Dieu pour nous (pro nobis).

Enfin, le rire est un baume, est une médecine pour une humanité épuisée. Le rire est un instrument de guérison. C’est le rire de Proverbes 17.22 : « Un cœur joyeux est un bon remède ; un esprit abattu dessèche les os. » Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a une certaine sagesse ici… l’auteur de ce proverbe n’aurait pas vraiment été étonné d’entendre des scientifiques conclure que quelques minutes – ne serait-ce que quelques minutes ! – de rire par jour sont suffisantes pour mieux vivre ! Mais alors, s’il en est ainsi, quelle place pour le « rire ensemble » dans nos églises, groupes de maison, réunions d’évangélisation ?

3) Compatir et encourager

Une autre leçon qui nous est rappelée, c’est de prendre le temps de nous encourager les uns les autres, et de nous apprécier les uns les autres. Ces temps d’appréciation sont encore plus nécessaire lors de temps de crise, comme celui par lequel Ian McKellen, qui joue Gandalf, est passé lorsqu’il a du jouer une scène… sur fond vert. Ce n’était pas la première fois que McKellen avait a jouer sur un fond vert qui permet ensuite de faire des rajouts d’arrière-plan (etc.) par ordinateur. Mais en ce jour particulier, McKellen devait jouer la scène où les nains, Bilbo, et lui-même, préparent leur quête vers le Mont Solitaire. Et pour que la scène rende compte de la différence de taille entre Gandalf et les nains, il fallait que McKellen joue son rôle, seul. Seul au milieu d’un décor entièrement… vert, et imaginer qu’il avait autour de lui quatorze autres acteurs. Cette expérience, raconte l’acteur, fut profondément traumatisante et il fut pendant plusieurs jours totalement désorienté au point où McKellen était prêt à abandonner le tournage. Plutôt que de perdre son acteur, Jackson et toute son équipe organisèrent une « Journée d’appréciation de Gandalf » pour encourager McKellen.

Et pourquoi ne pas faire de même dans nos églises ? Nous traversons tous des temps d’angoisse, d’intense difficultés, des moments pendant lesquels nous avons l’impression de perdre pied, voire littéralement de couler. Malheureusement nous pouvons aussi avoir l’impression de traverser ces moments, tous seuls. Sans avoir l’impression que ceux qui devraient être à nos côtés nous soutiennent réellement. Alors ce n’est probablement qu’une impression, car il y a toujours des frères et sœurs pour prier pour nous. Mais nous ne le savons pas forcément, nous ne le voyons pas. Or l’encouragement a besoin de se manifester, par des mots, mais pourquoi pas, aussi, par ces formes peut-êtres plus inhabituelles de soutien et d’appréciation.

Allons plus loin : ne pouvons-nous pas organiser de telles journées de reconnaissance pour le service que certains rendent, dans l’ombre, à nos églises. Y compris les plus petites choses qui sont parfois le plus grand service : faire que le lieu de culte soit agréable, propre, rangé. Quand exprimons)nous notre appréciation et valorisons-nous le service – ministère – qu’ils nous rendent ?

Et même, soyons fous !, pourquoi ne pas avoir des journées d’appréciation… du pasteur ? Vous savez, celui qui vous doit 300% de son temps, qui doit savoir tout faire, de la cuisine aux prédications, qui se doit de ne pas avoir l’air parfait tout en faisant parfaitement les choses et qui surtout ne doit rien attendre de nous. Pourquoi ne pas lui montrer que nous apprécions tout ce qu’il fait, au-delà de nos critiques. Tout le monde a besoin d’encouragement, même le pasteur. Je vous avait prévenus, soyons fous !

4) Construire une communauté exige de vouloir cette communauté

Quatrième leçon : construire une communauté demande une certaine intentionnalité. De nombreux membres de l’équipe de tournage disent la même chose : pour tenir la distance, sur un projet aussi long et exigeant que le Hobbit, il faut être personnellement motivé par le projet. Il faut se sentir à sa place, il faut avoir l’impression de faire partie de l’équipe, que l’on soit acteur, caméraman, ou simplement homme à tout faire (du café au porteur de parasol). Et c’est l’une des forces de Jackson sur un projet comme celui-ci : « Il vous montre que vous faites partie de la communauté. »

La formation de la communauté chrétienne doit elle aussi être « intentionnelle ». Un petit mot d’avertissement ici : je n’utiliserais pas « intentionnelle » en référence aux récents livres et articles écrits sur « l’église intentionnelle »5. Par cela je veux simplement dire que pour former une réelle communauté, nous devons tous la vouloir, cette communauté. Nous devons vouloir grandir ensemble, nous devons vouloir démontrer que nous sommes prémisses du royaume qui vient. L’intentionnalité de la communauté chrétienne, c’est avoir l’intention de nous rassembler malgré les différences qui existeront toujours, c’est avoir l’intention de pardonner, c’est avoir l’intention de demander pardon, c’est avoir l’intention de former une communauté spirituelle qui transcende toutes les différences humaines.

5) Communication inter-personnelle

Enfin, petite démonstration de communication interpersonnelle : toujours vérifier qu’on a bien compris ce qui est dit, demandé, exprimé. Comme le dit Martin Freeman au sujet de Jackson : toute discussion est un « débat », dans le sens qu’il est nécessaire de toujours être certain d’avoir bien compris. Ainsi, précise Freeman, il lui fallait toujours demander : « Que veux tu que je fasse ? », « Comment veux-tu que je le fasse ? », « Et si je fais ça, ai-je bien compris ce que tu veux ? » Voilà une bonne démonstration de communication interpersonnelle.

Voilà qui nous servirait bien dans l’église. Nous faisons tous cette erreur : au cours d’une conversation, au détour d’une phrase mal formulée ou mal comprise, nous ne prenons pas la peine de vérifier que nous avons bien compris ce qui a été dit. Ce problème de mauvaise compréhension ou de mauvaise expression nourrit ensuite toute nos illusions, nos soupçons, nos jalousies. Viennent ensuite els conflits dans nos églises, conflits qui peuvent durer des générations entières.

Mais l’importance de ce principe de communication est aussi important dans l’exercice du ministère pastoral. Souvent des conflits, tensions, jalousies, incompréhensions, pourraient être évitées si nous prenions le temps de vérifier que nous avons bien compris ce que nos interlocuteurs nous disent. Cela nous servirait à la fois dans nos études bibliques, groupes de maison, mais aussi dans nos prédications et dans nos entretiens pastoraux. Nous sommes très souvent convaincus de savoir ce que les autres pensent, avant même qu’ils nous aient dit ce qu’ils pensent vraiment. Avec beaucoup de discernement, nous pouvons parfois avoir une petite idée de ce que notre interlocuteur pense. Mais ne supposons pas trop rapidement que nous savons parfaitement ce que les autres pensent. Laissons-les parler.

Cela nous sert aussi en apologétique. En effet l’apologétique, cette présentation de la foi chrétienne, se doit, afin d’être pertinente, d’avoir (1) bien compris les questions et les objections de nos interlocuteurs et (2) de bien comprendre leur propre position, philosophie, vision du monde. Là aussi, au lieu de sauter sur des conclusions qui sont parfois erronées, prenons le temps de comprendre les raisons que nos contemporains ont de ne pas croire.

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Notes :

1Jakob Jonsson, Humour and Irony in the New Testament: Illuminated by Parallels in Talmud and Midrash, (Leiden, The Netherlands: E. J. Brill, 1985), p. 47.

2Conrad Hyers, « Christian Humor: Uses and Abuses of Laughter, » Dialog 22 (Summer, 1983): 198.

3Kenneth Hildebrand, Achieving Real Happiness, (New York: Harper and Brothers Publishers, 1955), pp. 198-199.

4Morris J. Niedenthal, »A Comic Response to the Gospel: The Dethronement of the Powers, » Dialog 25 (Fall, 1986): 289.

5Cf. Randy Pope, The Intentional Church, Moody Publishers, 2006 ; Mark Dever et Paul Alexander, L’église intentionnelle, Editions IBG, 2008. Le qualificatif « intentionnel » semble d’ailleurs être le nouveau terme qui fait vendre. On trouvera aussi Mike Pearson, Intentional Leadership: Essentials for Healthy Church Grow ; T. J. Addington, High-Impact Church Boards: How to Develop Healthy, Intentional, and Empowered Church Leaders ; Sherry Weddell, Forming Intentional Disciples: The Path to Knowing and Following Jesus.

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