William Edgar, « You Asked: Your Questions. God’s Answers, » Geanies House, Christian Focus, 2013, 272 pp., 8,18€.

9781781911433Ce n’est pas que les livres destinés aux plus jeunes soient rares. C’est qu’ils prennent souvent les jeunes pour des ignorants. Ce livre est une exception. William Edgar signe ici son deuxième livre de ce début d’année 2013. Après nous avoir un excellent ouvrage sur Francis Schaeffer, Edgar nous donne maintenant un ouvrage destiné à un public jeune avec comme objectif de donner quelques réponses apologétiques directes et honnêtes aux questions difficiles. En s’attelant à cette tâche redoutable, Edgar n’a pas hésité à intégré à son livre des recherches récentes sur tous les sujets pertinents. Une chose aussi appréciable : l’écriture n’essaie pas de « faire jeune ». Il n’y a pas d’exemples forcés, ni de références impossibles aux dernières séries ou musiques à la mode chez les 10-18 ans ! Pas de références forcées. Ce qui pourrait surprendre certains dans les pages de ce livre, une sorte de catéchisme revisité pour des jeunes en marge de la foi, ou perdus dans l’église, ce sont les références que certains s’attendraient à voir dans un ouvrage d’apologétique approfondi, et pourtant ! Edgar n’hésite pas à mettre tout le sérieux du professeur expérimenté. Toutes les pages portent enfin l’empreinte de la douceur et du tact de l’apologète, de l’enseignant et du père.

L’un des grands mérites de ce livre, c’est d’essayer (et avec un certain succès !) de rejoindre les jeunes là où ils sont, et pas de les amener là où nous aimerions qu’ils soient déjà. C’est marcher tout en parlant avec eux plutôt que de les traîner à une conférence publique. Dès les premières pages Edgar ne s’adresse pas à des jeunes en devenir mais à des personnes à part entière. Le mérite c’est de les considérer dans leur dignité propre, leur parler pour qui ils sont maintenant et non pas pour les futurs adultes qu’ils seront. En faisant cela, l’auteur donne une leçon pastorale à tous ceux qui avec une condescendance parfois aveugle, ne voient dans les jeunes et les enfants que des personnalités en germe et non pas déjà comme des personnes entières. La conviction démontrée dès les premières pages, c’est que les jeunes ne sont pas l’avenir de l’église : ils sont déjà l’église. Une autre caractéristique notable de l’écriture de l’auteur dans ce livre est un thème important semble revenir dans la « pastorale » offerte dans ce livre : la personnalité humaine. Nous voyons là toute la conviction apologétique de l’auteur : une solide apologétique biblique commence bien souvent par une bonne vue de la nature humaine.

L’un des premiers sujets majeurs abordés par l’auteur, avec délicatesse et patience, est celui de l’identité … qui suis-je ? Question que tout le monde s’est posée. Qu’est-ce qui me définit, finalement ? Bien sûr, la réponse donnée n’étonnera pas les théologiens entre vous, mais nous n’avons peut-être pas assez conscience de la force, de la consolation et de l’espérance qu’elle contient. Ce qui fait de chaque jeune quelqu’un de spécial c’est qu’il a été créé, lui, image de Dieu et que nous sommes entourés de dons de Dieu (p. 23). Que dire de ma personne dans un monde sans identité livré à une grand anxiété ? Que fait Dieu si ce n’est fonder l’intégrité de la personnalité des jeunes et des enfants sur l’existence du Dieu trinitaire et personnel ? Si tous les jeunes ont une valeur bien plus grande que ce que le monde, les médias, etc., peut bien leur dire, c’est parce que Dieu lui-même est une personne (p. 65) !

Mais Edgar peut aussi surprendre par certaines remarques aussi pertinentes que bien placées. Lorsqu’il introduit par exemple le court chapitre sur « Ce qui est allé de travers », en disant : « Ce qui est clair pour tous ceux que j’ai interviewé, c’est qu’il y a quelque chose qui va vraiment vraiment mal » (p. 29). Oui, alors peut-être que cela signifie aussi que les « adultes » ont une rare capacité à tout expliquer, rationaliser et normaliser. Finalement pour les « adultes », même la chose la plus dramatique doit être normalisée. Pas pour les plus jeunes : ce qui est mal est mal. L’objectivité fait encore partie du monde !

Bien que l’auteur n’ait pas explicitement divisé ce livre en plusieurs parties, il est possible d’en distinguer deux. Dans une première partie (pp. 11-42), Edgar résume la restauration de la personne humaine en Christ avant de passer à quelques considération apologétiques générales comme les visions du monde (pp. 43-47), et Dieu (pp. 49-68). C’est à mon sens l’ensemble de ces quasi 70 pages qui servent de fondement au reste des sujets abordés par Edgar (deuxième partie du livre). Il n’est bien sûr pas question de regarder à tous les sujets abordés qui vont de l’existence historique de Christ (pp. 69-82) à la fiabilité de la Bible ou encore du problème du mal à la diversité des religions du monde. Dans chacun de ces sujets, Edgar démontre une grande capacité d’écoute et même d’apprentissage de ce que sa jeune audience pense et vit.

L’auteur aborde aussi d’autres sujets plus indiqués pour son audience comme l’amitié (lorsqu’on connaît le désir de s’intégrer à un « groupe » quelconque, ce sujet est … brûlant), la relation aux minorités quelles qu’elles soient, l’éternelle fin du monde, ou encore … de savoir si les chrétiens ne sont après tout que des personnes d’une austérité mortelle (rien ne peut en français rendre le frappant killjoy) ! Ce dernier sujet (pp. 101-111) est aussi important : comment, si je suis chrétien, quand même être comme mes amis lorsque mes parents ne me laissent pas faire comme eux … sous prétexte de leur foi (p. 103) ? Sans nier qu’être chrétien peut parfois coûter dans notre vie quotidienne, Edgar s’efforce de montrer que, si nous avons une solide anthropologie, nous ne condamnons pas tout plaisir, mais le chrétien doit être « le plus humain » possible. Être humain, complètement humain c’est recevoir cette humanité en et par Christ. N’en restant pas là, Edgar souligne aussi ce que nous oublions souvent : la foi chrétienne peut aussi supposer un grand sacrifice.

Enfin une dernière partie d’annexes (pp. 219-264) contient des sujets un peu plus spécialisés comme le Nouvel Âge, l’islam, les Croisades, les vampires et la nécessité de Dieu pour fonder la morale. Ces dernières pages se terminent par une bibliographie, un « guide pratique », est elle aussi très bien documentée et mettant en référence des ouvrages d’une grande profondeur théologique et apologétique, démontrant une fois encore la conviction de l’auteur que si nous leur expliquons bien, les jeunes peuvent comprendre parfois tout aussi bien que nous les enjeux de la vie humaine et donc, de l’espérance chrétienne. Avec ce livre, nous avons un bon exemple de le manière dont une apologétique claire et pertinente peut s’incarner.

Copyright (C) 2013 Yannick Imbert
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