Très bref rapport officieux d’activités

En dehors du rapport d’activités publié juste auparavant, l’année a été marquée par trois évènements un peu particuliers :

1) Forum Véritas à Lyon : « Suis-je le produit de ma culture ? » … en soi, rien d’extraordinaire : après tout ça semble normal de la part d’un prof d’apologétique.  Celui-ci était en fait un peu particulier : à côté de moi, (enfin de l’autre côté du modérateur), nul autre que Rapahël Liogier que j’avais eu le privilège d’avoir en cours à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix.

2) Bien que n’étant pas charistmatique, je suis entouré d’amis charistmatiques. Ne me demandez pas pourquoi : c’est probablement l’un de ces aléas divins qu’on ne comprendra jamais. Mais … j’avoue qu’être invité à prêcher le jour de Pentecôte sur la venue de l’Esprit dans une église charismatique de la « 3e vague » (dixit las pasteure à trente secondes de la prédication : « Je t’avais dit qu’on était charismatiques plutôt tendance « 3e vague ») alors qu’on est soit-même « cessationiste », ce n’est quand même pas tous les jours.

3) En parlant de ça, c’est un petit peu la même chose que d’être invité à écrire un article sur les « Miracles » pour tout le monde évangélique (dans le futur dictionnaire d’apologétique, C. Paya et N. Farrelly, eds.) , alors que je considère que la plupart des miracles comme des « dons » ont cessé. C’est un petit défi que de devoir écrire sur ce sujet sans que cela choque mes amis charismatiques tout en restant cohérent avec ma propre théologie. Ecrire pour l »unité de l’église (évangélique du moins), tout un programme !

4) Enfin, j’ai du pratiquer l’art impossible de réduire mes conférences de moitié :

– Carrefour de théologie : 20 min au lieu de 45 min .
– Réseau des Scientifiques Evangéliques : 15 min au lieu de 45 min.

Un exercice qui finalement peut être d’un grand secours pour les futurs pasteurs, les enseignants, et autres missionnaires. Réduire une conférence de moitié tout en restant cohérent, cela demandera encore un peu de pratique.

Rapport d’activités 2012-2013

I Enseignement

Cours

0.02 Bible (4 heures)
6.01 Introduction à l’Apologétique (24 heures )
6.02 Introduction à la Mission (24 heures, dont 14h avec H. Wessel)
6.03 Sciences et foi (24 heures)
6.03 Sciences et foi (6 heures sur forum avec les étudiants à distance)
6.04 Art et culture (24 heures, dont 12h avec Bill Edgar)
6.04 Art et culture (6 heures sur forum avec les étudiants à distance)
7.02 La Réforme en Europe (12 heures)
11.02 Méthodologie (3 heures)
11.05 Méthodologie de recherche (3 heures)
2 séminaires de Master (8 heures)

« Eschatologie », FormaPRE-PACA, Aix-en-Provence, 8h.
« Révélation et Ecriture », FormaPRE, Codognan, 10h.
« Postmodernism and French culture », Programme Gordon College, 6h.

Total : 162 heures

Master

Dissertations de Master 1 : Moret, Evans, Diop, Thévenet, Jauvert
Mémoires de Master 1 : Jauvert
Dissertations de Master 2 : Charvin, Désiré
Mémoires de Master 2 : Désiré
Membre du jury de Samuel Boum (Maîtrise)
Membre du jury de Master 2 Pro de Stéphane Zehr

Doctorat

Directeur de thèse de S-H. Park
Directeur de thèse de Daniel Tolno
Directeur de thèse de Pierre Amey
Membre du jury de Daniel Matioli, «  L’eschatologie individuelle dans la théologie de St. Augustin ».

II Responsabilités au sein du CP/CdF

Directeur de Licence
Responsable des programmes courts (Certificat de Formation Chrétienne et Diplôme Théologie et Mission)
Responsable de la Commission Interne Enseignement
Membre de la Commission Interne de Recrutement et Relations Extérieures
Travail sur les brochures Faculté Jean Calvin (20aine d’heures).
Travail de mise à jour du site internet (20aine d’heures).
Membre du bureau de CulturFac
Représentant du Conseil de Faculté au bureau de l’ACEF
Organisation de l’Université d’été de la FJC, 22-26 juillet 2013.

III Conférences et activités FJC 

« Le paradis dans les religions du monde », journée interdisciplinaire, décembre 2012.
«L’instrumentalisation de l’Ecriture par les idéologies », Carrefour de Théologie, 1-2 mars 2013.

Synode National de l’Union Nationale des Eglises Protestante Réformées Evangéliques, mars 2013.
Centre Evangélique d’Information et d’Action, Lognes, Centrex, novembre 2012.

IV Publications

Articles publiés ou en attente de publication

Envoyés pour considération

« J.R.R. Tolkien: Bard of the Bible », article pour un volume de Inkling Studies sur The Inklings and the Bible (9 300 mots)
« Faërie as New Testament », Seven (7 000 mots)
« Covenantal Faërie: A Reformed evaluation of Tolkien’s Theory of Fantasy », Westminster Journal (12 000 mots)
« Recension de David W. Smith, Seeking a City with Foundations : Theology for an Urban World » Perspectives missionnaires (1240 mots)

Publiés ou acceptés

« Vivre au milieu des idoles » Pour la vérité, journal de l’Eglise Evangélique Libre (1 200 mots)
« Le nouvel athéisme et la Bible », European Journal of Theology (8 000 mots)
« Séculariser, réformer, témoigner. Le défi apologétique de l’islam dans les sociétés laïques », La Revue Réformée, à paraître septembre 2013(8 000 mots).
« Le bouddhisme », Didaskalé, UNEPREF, à paraître 2013 (1 000 mots).
« Miracles », in Christophe Paya, dir., Être chrétien dans le monde d’aujourd’hui : Croire, penser, agir, à paraître 2013 (5 000 mots).
« Introduction », in Christophe Paya, dir., Être chrétien dans le monde d’aujourd’hui : Croire, penser, agir, à paraître 2013 (8 000 mots).
« Recension de Anne-Frédérique Mochel-Caballero, L’évangile selon C.S. Lewis », La Revue Réformée (1 040 mots)
« Tolkien’s Shire: The Ideal of a Conservative-Anarchist Distributist Society », article pour un volume de Inkling Studies sur The Inklings and Politics (9 800 mots)
« Le paradis dans les religions du monde », Revue Réformée, à paraître (5 000 mots).
« L’identité catholique romaine de J. R. R. Tolkien », Mélanges de Science Religieuse (Institut Catholique de Lille), janvier-mars 2013, pp. 5-22 (8 700 mots).
« La théologie de la prospérité », coll. Les textes du CNEF, co-auteur avec le Comité Théologique du CNEF.
« L’instrumentalisation de la Bible par l’idéologie », La Revue Réformée, à paraître (5900 mots).
« Une lecture idéologique de la Bible ? », Parti Pris, Le christianisme aujourd’hui, mai 2013, p. 27 (500 mots).
« Le bouddhisme ne propose-t-il pas la même paix que la foi chrétienne ? » Question suivante (800 mots).
« Vous avez dit théologie, et mission ? » En route (journal de l’Eglise Evangélique Méthodiste), à paraître (900 mots). « La justice de Dieu comme argument apologétique », Pour la vérité, à paraître (900 mots)« Silences: The Lost Book of Jacques Ellul », The Ellul Forum (6 500 mots)

Blog personnel

« Recension de Peter Jackson, dir., The Hobbit: An Unexpected Journey, New Line, WingNut, 2013 », https://landofthebluemoon.wordpress.com/category/reviews-recension, (3 400 mots)
« Recension de Eric Metaxas, Bonhoeffer: Pastor, Martyr, Prophet, Spy, Thomas Nelson, 2011, 591 pp., $29.99 », https://landofthebluemoon.wordpress.com/ category/reviews-recension, (3 900 mots).
« Recension de David Smith, Seeking a City with Foundations: Theology for an Urban World. Nottingham: IVP, 2011, 256 pp. plus index », http://landofthebluemoon. wordpress.com/category/reviews-recension, (1 300 mots).
« Recension de J.R.R. Tolkien, Le hobbit, trad. Daniel Lauzon, Paris, Christian Bourgois, 2012 », https://landofthebluemoon.wordpress.com/category/reviews-recension, à venir (juillet).
« Recension de Philippe Nemo, La belle mort de l’athéisme moderne, Paris, Presses Universitaires de France, 2012 », https://landofthebluemoon.wordpress.com/category/ reviews-recension, (2 100 mots).
« Recension de William Edgar, You Asked: Your Questions. God’s Answers, Fearn, Geanies House, Christian Focus Publications, 2013 », http://landofthebluemoon. wordpress.com/category/reviews-recension, (1 150 mots)
« Recension de William Edgar, Schaeffer and the Christian Life: Countercultural Spirituality, Wheaton, Crossway, 2013 », https://landofthebluemoon.wordpress.com/ category/reviews-recension, (2 400 mots)
« Recension Rosaria Champagne Butterfield, The Secret Thoughts of an Unlikely Convert, Crown & Covenant Publications, 2012 », http://landofthebluemoon. wordpress.com/category/reviews-recension, à venir (juillet).
« Daniel : Savant croyant à la cour d’un empereur païen », Réseau des Scientifiques Évangéliques, https://landofthebluemoon.wordpress.com/2013/02/22/daniel-savant-croyant-a-la-cour-dun-empereur-paien, (11 000 mots)
« Fin du monde … Action ! (l’apocalypse dans le cinéma) », trois parties, https://landofthebluemoon.wordpress.com/2012/11/24/fin-du-monde-action-33, (5 300 mots)

Livres (202 000 mots)

Introduction à l’apologétique, 9 chs., corrections en cours (105 000 mots)
‘Who Created the Stories Anyway?’ J.R.R. Tolkien’s Theory of Fantasy, livre basé sur la thèse, dernières révisions en cours (97 000 mots)
‘Qui a créé les histoires ?’ L’imagination de J.R.R. Tolkien, traduction et adaptation du livre basé sur la thèse, dernières révisions en cours (102 000 mots, en cours)

Travaux projetés ou en cours

La théologie d’Ellul, collectif, Kerygma, 250 pp.
« Essai-recension de Nicholas Aroney, ed., Shari’a in the West », Scottish Journal of Theology.
Le transhumanisme, Coll. Question suivante, Farel/GBU (60 000 mots).
Bonheur, justice, espérance : Quelle apologétique pour demain ?, collectif, Kerygma, 250 pp.
« Lecture herméneutique de la théorie épistémologique d’Alvin Plantinga », ThéoRèmes (7 000 mots).
« Religion, foi et société civile : tension et avenir ? » (12 000 mots).
Guide à l’apologétique de Cornélius Van Til, co-écriture avec Philippe Serradji (Institut Théologique du Soir).

V Activités extérieures

a) Conférences

« Petite histoire de la fin du monde », 12 janvier 2013, Plan-de-Cuques.
« Daniel : Savant croyant à la cour d’un empereur païen », Réseau des Scientifiques Évangéliques, 19 janvier 2013.
« Suis-je le fruit de ma culture ? », débat avec Raphaël Liogier, Forum Veritas, 20 mars, Lyon.
Journée des vocations, 5 mai, EPRE d’Alès.
Retraite de rentrée, septembre 2012, EPRE du Roy d’Espagne.
« La contre Réforme catholique du 17e siècle », Eglise Protestante Unie d’Annecy, 28 mai 2013.
Co-organisation d’une consultation « Les défis de l’anthropologie au 21e siècle » en partenariat avec Quo Vadis Institute, prévue pour juillet 2014.
Emissions radio, Radio Dialogue(3)

b) Autres responsabilités extérieures

Membre du CA du Centre Evangélique d’Information et d’Action
Membre du Comité Théologique du CNEF
Membre du CA de FormaPRE-PACA
Membre du CA du Parvis des Arts
Editeur régional, Journal of Urban Mission
Membre invité au CA de Perspectives missionnaires
Président de l’association employant Flavien Pardigon (travaillant notamment sur le dialogue christianisme-islam)
Membre du CA de l’association « Gordon in Aix » (partenariat Gordon College)
Membre de la plateforme de réflexion sur l’apologétique (informel, lié au CNEF)

c) Prédications

Prédications (15) : EPRE du Roy d’Espagne (6), EPRE de Lambesc (3), EPRE d’Alès, EPRE de Saint Quentin, EPRE d’Aix-en-Provence, FEEBF d’Annecy, Eglise Evangélique Méthodiste de Codognan, synode de l’UNEPREF (à la FJC).

 

William Edgar, « You Asked: Your Questions. God’s Answers, » Geanies House, Christian Focus, 2013, 272 pp., 8,18€.

9781781911433Ce n’est pas que les livres destinés aux plus jeunes soient rares. C’est qu’ils prennent souvent les jeunes pour des ignorants. Ce livre est une exception. William Edgar signe ici son deuxième livre de ce début d’année 2013. Après nous avoir un excellent ouvrage sur Francis Schaeffer, Edgar nous donne maintenant un ouvrage destiné à un public jeune avec comme objectif de donner quelques réponses apologétiques directes et honnêtes aux questions difficiles. En s’attelant à cette tâche redoutable, Edgar n’a pas hésité à intégré à son livre des recherches récentes sur tous les sujets pertinents. Une chose aussi appréciable : l’écriture n’essaie pas de « faire jeune ». Il n’y a pas d’exemples forcés, ni de références impossibles aux dernières séries ou musiques à la mode chez les 10-18 ans ! Pas de références forcées. Ce qui pourrait surprendre certains dans les pages de ce livre, une sorte de catéchisme revisité pour des jeunes en marge de la foi, ou perdus dans l’église, ce sont les références que certains s’attendraient à voir dans un ouvrage d’apologétique approfondi, et pourtant ! Edgar n’hésite pas à mettre tout le sérieux du professeur expérimenté. Toutes les pages portent enfin l’empreinte de la douceur et du tact de l’apologète, de l’enseignant et du père.

L’un des grands mérites de ce livre, c’est d’essayer (et avec un certain succès !) de rejoindre les jeunes là où ils sont, et pas de les amener là où nous aimerions qu’ils soient déjà. C’est marcher tout en parlant avec eux plutôt que de les traîner à une conférence publique. Dès les premières pages Edgar ne s’adresse pas à des jeunes en devenir mais à des personnes à part entière. Le mérite c’est de les considérer dans leur dignité propre, leur parler pour qui ils sont maintenant et non pas pour les futurs adultes qu’ils seront. En faisant cela, l’auteur donne une leçon pastorale à tous ceux qui avec une condescendance parfois aveugle, ne voient dans les jeunes et les enfants que des personnalités en germe et non pas déjà comme des personnes entières. La conviction démontrée dès les premières pages, c’est que les jeunes ne sont pas l’avenir de l’église : ils sont déjà l’église. Une autre caractéristique notable de l’écriture de l’auteur dans ce livre est un thème important semble revenir dans la « pastorale » offerte dans ce livre : la personnalité humaine. Nous voyons là toute la conviction apologétique de l’auteur : une solide apologétique biblique commence bien souvent par une bonne vue de la nature humaine.

L’un des premiers sujets majeurs abordés par l’auteur, avec délicatesse et patience, est celui de l’identité … qui suis-je ? Question que tout le monde s’est posée. Qu’est-ce qui me définit, finalement ? Bien sûr, la réponse donnée n’étonnera pas les théologiens entre vous, mais nous n’avons peut-être pas assez conscience de la force, de la consolation et de l’espérance qu’elle contient. Ce qui fait de chaque jeune quelqu’un de spécial c’est qu’il a été créé, lui, image de Dieu et que nous sommes entourés de dons de Dieu (p. 23). Que dire de ma personne dans un monde sans identité livré à une grand anxiété ? Que fait Dieu si ce n’est fonder l’intégrité de la personnalité des jeunes et des enfants sur l’existence du Dieu trinitaire et personnel ? Si tous les jeunes ont une valeur bien plus grande que ce que le monde, les médias, etc., peut bien leur dire, c’est parce que Dieu lui-même est une personne (p. 65) !

Mais Edgar peut aussi surprendre par certaines remarques aussi pertinentes que bien placées. Lorsqu’il introduit par exemple le court chapitre sur « Ce qui est allé de travers », en disant : « Ce qui est clair pour tous ceux que j’ai interviewé, c’est qu’il y a quelque chose qui va vraiment vraiment mal » (p. 29). Oui, alors peut-être que cela signifie aussi que les « adultes » ont une rare capacité à tout expliquer, rationaliser et normaliser. Finalement pour les « adultes », même la chose la plus dramatique doit être normalisée. Pas pour les plus jeunes : ce qui est mal est mal. L’objectivité fait encore partie du monde !

Bien que l’auteur n’ait pas explicitement divisé ce livre en plusieurs parties, il est possible d’en distinguer deux. Dans une première partie (pp. 11-42), Edgar résume la restauration de la personne humaine en Christ avant de passer à quelques considération apologétiques générales comme les visions du monde (pp. 43-47), et Dieu (pp. 49-68). C’est à mon sens l’ensemble de ces quasi 70 pages qui servent de fondement au reste des sujets abordés par Edgar (deuxième partie du livre). Il n’est bien sûr pas question de regarder à tous les sujets abordés qui vont de l’existence historique de Christ (pp. 69-82) à la fiabilité de la Bible ou encore du problème du mal à la diversité des religions du monde. Dans chacun de ces sujets, Edgar démontre une grande capacité d’écoute et même d’apprentissage de ce que sa jeune audience pense et vit.

L’auteur aborde aussi d’autres sujets plus indiqués pour son audience comme l’amitié (lorsqu’on connaît le désir de s’intégrer à un « groupe » quelconque, ce sujet est … brûlant), la relation aux minorités quelles qu’elles soient, l’éternelle fin du monde, ou encore … de savoir si les chrétiens ne sont après tout que des personnes d’une austérité mortelle (rien ne peut en français rendre le frappant killjoy) ! Ce dernier sujet (pp. 101-111) est aussi important : comment, si je suis chrétien, quand même être comme mes amis lorsque mes parents ne me laissent pas faire comme eux … sous prétexte de leur foi (p. 103) ? Sans nier qu’être chrétien peut parfois coûter dans notre vie quotidienne, Edgar s’efforce de montrer que, si nous avons une solide anthropologie, nous ne condamnons pas tout plaisir, mais le chrétien doit être « le plus humain » possible. Être humain, complètement humain c’est recevoir cette humanité en et par Christ. N’en restant pas là, Edgar souligne aussi ce que nous oublions souvent : la foi chrétienne peut aussi supposer un grand sacrifice.

Enfin une dernière partie d’annexes (pp. 219-264) contient des sujets un peu plus spécialisés comme le Nouvel Âge, l’islam, les Croisades, les vampires et la nécessité de Dieu pour fonder la morale. Ces dernières pages se terminent par une bibliographie, un « guide pratique », est elle aussi très bien documentée et mettant en référence des ouvrages d’une grande profondeur théologique et apologétique, démontrant une fois encore la conviction de l’auteur que si nous leur expliquons bien, les jeunes peuvent comprendre parfois tout aussi bien que nous les enjeux de la vie humaine et donc, de l’espérance chrétienne. Avec ce livre, nous avons un bon exemple de le manière dont une apologétique claire et pertinente peut s’incarner.

Copyright (C) 2013 Yannick Imbert
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Recension de William Edgar, « Schaeffer on the Christian Life: Countercultural Spirituality, » Wheaton, Crossway, 2013, 13,87€

schaeffer0316L’année prochaine, en 2014, nous célèbrerons les longues années de ministère que Dieu accorda à Francis et Edith Schaeffer (elle-même récemment décédée) et qui virent Schaeffer s’éteindre il y a trente ans, le 15 mai 1984. Pour nous conduire vers la mémoire du témoignage que les Schaeffer eurent pendant ces longues années, Crossway nous offre le dernier volume de sa série Christian Life. Schaeffer a toujours été un théologien central à la Faculté d’Aix-en-Provence (qu’elle s’appelle Faculté Jean Calvin ou auparavant, Faculté Libre de Théologie Réformée) : les anciens étudiants, dont je suis, ont tous été nourris avec Schaeffer qui pour beaucoup a été une révélation apologétique. Il nous a appris que parfois il suffisait, pour une bonne conversation apologétique, d’écouter et de porter un vrai intérêt à notre interlocuteur, ainsi que d’être intellectuellement curieux et courageux. D’autant plus que Dieu faisait son œuvre avec, et surtout malgré, nous.

Avec cette influence que Schaeffer n’a cessé d’avoir, entreprendre d’écrire un (autre) livre sur Schaeffer était une tentative risquée, mais William Edgar, ancien professeur d’Apologétique à Aix-en-Provence et depuis presque 25 ans professeur à Westminster Theological Seminary, est particulièrement qualifié pour écrire un tel ouvrage. Par sa relation personnelle avec Schaeffer qui en un éclat de gloire rapide le fit passer de l’agnosticisme à la foi chrétienne, mais aussi par son implication personnelle dans l’apologétique culturelle, l’auteur était certainement le plus qualifié pour nous donner un livre remarquable par l’équilibre savant entre analyse apologétique et impression (au sens d’imprimer une marque) biographique. Edgar est aussi grand connaisseur de Van Til (n’enseigne pas l’apologétique à Westminster Seminary qui veut), avec toutes les différences entre un Schaeffer et un Van Til (29-30). Edgar contraste aussi certains éléments de l’apologétique de Schaeffer et avec la théologie « néo calviniste » d’Abraham Kuyper (171). Quelques passages brefs, mais instructifs.

Cependant, même avec toutes ces qualifications, il fallait vouloir se plonger dans l’écriture d’un livre sur Schaeffer alors que ce dernier bénéficie déjà de quelques bons ouvrages. Pourquoi un autre livre ? Deux motivations principales ont soutenu le projet de l’auteur : (1) la nécessité d’une exploration approfondie et critique du thème central de la vie et de l’oeuvre de Schaeffer : la spiritualité chrétienne ; (2) une évaluation historique personnelle ; et à travers cette deuxième dimension importante, de montrer que ce thème central de la spiritualité chez Schaeffer est aussi l’une des raisons de son influence durable. Si la spiritualité chrétienne était la raison d’être de la vie et de l’oeuvre de Schaeffer, cette même raison d’être se retrouve chez la plupart de ceux qui ont été influencés par ce grand apologète.

Afin de montrer en quoi la spiritualité est, chez Schaeffer le point focal de toute la vie chrétienne, Edgar a choisi d’organiser ce volume en trois parties : (1) une première partie personnelle témoignant de la relation profonde qui s’est établie entre l’auteur et Schaeffer. Croire que cette partie est une hagiographie serait cependant une erreur, mais je laisse le lecteur le découvrir par lui-même. (2) une évaluation théologique de la spiritualité selon Schaeffer ; (3) la manière dont la spiritualité de Schaeffer s’inscrivait dans tous les domaines de la vie humaine, à commencer par la prière. Chacune de ces trois parties est articulée autour des points principaux qui ont fait de Schaeffer un apologète aussi pertinent. Je ne résumerais pas, dans cette recension, tous les points principaux de l’auteur mais simplement ceux qui me semblent devoir faire l’objet d’une mention particulière.

Témoignage personnel

Après une introduction personnelle qui dévoile une écriture claire et précise, l’auteur nous invite à nous associer à lui dans sa première rencontre avec Schaeffer et dans la relation très personnelle qui s’établira entre eux par la suite. Rien qu’en faisant cela, Edgar souligne ce qu’il mentionnera plusieurs fois au cours de cet ouvrage : l’importance d’une apologétique relationnelle qui démontre dans la simplicité de l’hospitalité chrétienne l’authenticité de l’Abri et de la communauté chrétienne. Ceci était d’autant plus important et manifeste l’ère de l’existentialisme des années 1960s-1970s (Camus, Sartre, et l’influence marquée de Kierkegaard). À se demander si cette même apologétique relationnelle de Schaeffer ne serait pas tout aussi valable maintenant à l’ère postmoderne prisonnière entre désir de communauté et volonté individualiste.

Mais l’une des choses les plus marquantes de cette première partie, en forme de leçon apologétique, c’est la capacité à écouter et à poser les bonnes questions, laissant l’interlocuteur poursuivre sa pensée jusqu’au moment où l’impossibilité de sa position se révèle à lui. En quelques exemples bien placés, l’auteur montre que pour Schaeffer, l’appel à la cohérence était essentiel. L’appel adressé aux chrétiens de se fonder sur la vision du monde qui puisse rendre compte du monde tel que nous le vivons est une base importante de l’apologétique, une base sur laquelle Schaeffer mettra fortement l’accent au risque d’être critiqué, comme Edgar le précise bien, pour son rationalisme.

Malgré ces critiques, l’apologétique de Schaeffer s’enracine dans de profondes convictions bibliques. Comme l’auteur le rappelle à plusieurs reprises, Schaeffer était convaincu que la plupart des questions et objections de nos contemporains prenaient naissance dans une vision erronée de l’être humain. L’apologétique doit donc s’enraciner dans la certitude qu’une apologétique biblique et adaptée à notre société est toujours d’abord anthropologique. Car en fin de compte, la présentation et la défense de la foi chrétienne ne s’adresse-t-elle pas premièrement à l’être humain en tout ce qu’il est ? Si, par exemple, nous maintenons telle ou telle position éthique, c’est à cause de la très haute dignité que nous accordons à l’être humain—créé à l’image de Dieu. C’est en entendant les interrogations anthropologiques de ses contemporains, comme Edgar le fait bien, que Schaeffer parvint à donner, dans l’apologétique, une place importante aussi bien à la réflexion qu’à la vie (chrétienne) elle-même (p. 34).

Cependant cette capacité à écouter et à comprendre les questions les plus personnelles ne serait rien sans la vie de prière des Schaeffer qui s’inscrit, dans son apologétique, dans un grand « Seigneur, amènes-nous ceux que tu as choisis ». Nous pouvons en effet discerner, dans le récit d’Edgar, la volonté de Schaeffer de prendre le temps : que ce soit dans son écoute, dans sa vie de prière, dans sa spiritualité, il y a « un temps pour tout », et principalement pour Dieu.

Cette mise en perspective personnelle se termine sur un résumé des quatre accents particuliers de l’oeuvre de l’Abri : (1) que la foi chrétienne est objectivement vraie, qu’elle peut être défendue « rationnellement » et que toutes les questions sont importantes ; (2) que la foi chrétienne s’adresse à la vie humaine toute entière ; (3) que la spiritualité chrétienne demande de vivre pleinement la vie humaine devant Dieu et non pas de tomber dans une mystique déconnectée de la vie quotidienne ; (4) que jusqu’au retour de Christ, le monde sera teinté par le péché. Mais ces quatre accents sont en quelque sorte rassemblés dan le but final de l’apologétique de L’Abri : « L’Abri est tout aussi intéressé par la pensée que par la vie » (p. 34).

L’homme et son époque (première partie)

Après cette introduction personnelle qui, pour ceux qui connaîtraient déjà un peu Schaeffer, résume déjà certains points importants de son approche apologétique, Edgar poursuit par une présentation plus développée de Schaeffer. Dans ces considérations biographiques, il faut noter un point que Schaeffer appuiera constamment : la nécessité pour chaque être humain d’avoir une interprétation correcte de la réalité. Et ceci ne peut être acquis qu’en voyant et comprendre la réalité que Dieu lui-même a créée : c’est comprendre que la Bible fait justice au monde que nous vivons. Mais le plus grand accomplissement dans cette partie biographique c’est qu’Edgar résiste à la tentation panégyrique en mettant en avant, simplement, certains moments difficile du ministère de Schaeffer, bien que parfois brièvement, comme pour la profonde crise spirituelle que traversa Schaeffer en 1951, crise qui catalysa le développement de sa spiritualité chrétienne (et donna naissance au livre Libérés par l’Esprit, en anglais, True Spirituality).

L’appréciation positive de Schaffer n’est donc pas une présentation hagiographique. L’auteur n’hésite pas à souligner certains excès de Schaeffer, notamment certains moments d’intransigeance séparatiste que Schaeffer lui-même vint à regretter. L’implication de Schaeffer dans ce qui fut appelé la Moral Majority est aussi regardée avec un équilibre certain. Notons ici que la position de Schaeffer concernant l’implication chrétienne dans la société peut encore nous être bénéfique. Pour Schaeffer en effet, la perte d’un fondement chrétien dans une société conduit à deux seules options : (1) l’hédonisme, qui ne peut prétendre établir des critères objectifs fondant la société humaine, et (2) la règle de la majorité, dans laquelle on ne peut empêcher la majorité de choisir la pire option (cf. Hitler en 1933). Voilà un bon enseignement, considérant la situation française actuelle (p. 74). L’encouragement de Schaeffer à trouver une place dans la société afin de démontrer la présence du Dieu créateur est certainement une exhortation à rappeler.

La vraie spiritualité (deuxième partie)

C’est dans cette deuxième partie qu’Edgar aborde le centre de l’apologétique, de la théologie, de la vie même de Schaeffer. C’est aussi certainement ce qui explique que la structure du livre s’articule autour de cette troisième partie. Car ce qui en fin de compte explique le lien entre la partie biographique (première partie) et les implications de l’apologétique de Schaeffer (troisième partie), c’est l’importance de la dimension spirituelle de la vie chrétienne, mais aussi, la nature spirituelle de la réalité (que Schaeffer n’appelle pas spirituelle mais surnaturelle). Car pour Schaeffer, la spiritualité chrétienne est centrée sur la réalité, et non pas sur une relation purement mystique et désincarnée avec Dieu, mais sur une réalité bien concrète dans laquelle le surnaturel (Dieu) se communique : Dieu « est présent et qu’il n’est pas silencieux », que la Bible est vraie, « et qu’il peut y avoir de la réalité dans la vie chrétienne » (p. 82). La présence personnelle de Dieu dans la sanctification est un élément central pour Schaeffer, et donc pour la spiritualité chrétienne, Christ en étant le modèle auquel l’Esprit nous lie.

Tout cela est fondé sur la réalité fondamentale qui peut être résumée par la nature personnelle du Dieu trinitaire. Edgar insiste régulièrement sur ce point, et avec raison, indiquant que les conséquences sont pour Schaeffer importantes : (1) la réalité fondée sur le Créateur personnel est objective ; (2) cette même réalité n’est pas limitée par le matériel mais la réalité crée est foncièrement spirituelle/surnaturelle ; (3) cette réalité n’est pas parfaite, et la vie chrétienne ne doit pas être dirigée vers un perfectionnisme impossible ; (4) les chrétiens doivent répondre aux questions posées tout en réalisant que leur apologétique met toujours en contraste (et parfois confrontation) deux visions de la réalité. Ce dernier contraste sert de pont entre l’apologétique et la spiritualité. En effet, si le Dieu personnel est à l’origine de la réalité, la vie de prière du chrétien est ce trait d’union entre vie en Dieu et vie dans le monde. Pour Schaeffer, la spiritualité chrétienne est la conséquence directe de la liberté acquise en et par Christ et permet ainsi avec confiance d’être témoins dans la société.

Se confier en Dieu dans toute notre vie (troisième partie)

Enfin, dans une troisième partie, Edgar montre quelques unes des implications de cette « atmosphère de prière » (p. 125) qui habitait le ministère des Schaeffer à l’Abri. Chose importante que fait l’auteur ici : montrer, en commençant ce chapitre sur l’implication pratique de la spiritualité de Schaeffer, que toutes nos implications sociales et/ou ecclésiales, prennent leur sens dans la vie de prière. Ceci est d’autant plus important que la manière dont Schaeffer approche l’interaction chrétienne avec le monde n’est pas facile à décrire, comme le rappelle Edgar—et je laisserai au lecteur la liberté de cette confrontation. J’appuierai simplement l’un des points principaux qu’Edgar souligne. Le point principal. Toujours et encore pour Schaeffer, la vie de prière, la piété personnelle. Particulièrement fondamental en ce début de troisième, souligner que la vie de prière n’est pas seulement une prière de demande mais aussi de reconnaissance, une prière qui est la vie interne du chrétien, est sans nul doute nécessaire. Sans nul doute une leçon encore pour nous aujourd’hui.

Mais dans ce début de troisième partie, il faut à mon sens noter l’accent particulier mis sur la considération suivante : si Dieu est personnel, cela signifie que son Esprit donné est aussi personnel, d’où une expression favorite de Schaeffer dans les paroles d’envoi : « Que la communication du Saint Esprit soit avec vous ». Ainsi, la prière est donc aussi personnelle. Elle se passe de rituel ou de formulations pré-formatées : c’est une conversation avec Dieu (p. 130).

Avec cet ouvrage, finalement assez court (192 pp.), Edgar parvient à réaliser une contribution très significative à l’étude de Schaeffer : incarner dans un savant mélange d’évaluation apologétique, de résumé théologique et de témoignage personnel, l’aspect unique de la spiritualité et de l’apologétique de Schaeffer. Un livre donc, à recommander sans hésitation. Peut-être faut-il terminer cette recension par une petite citation en anglais, obscure pour certains, la même avec laquelle William Edgar termine ce remarquable ouvrage : « No Little People, No Little Places ».

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