Chronique des mystagogues, 4

LES JEUNES SONT L’AVENIR DE L’ÉGLISE

Lundi 24 mars 2013

 

Enfin une génération de jeunes qui se lèvent pour Jésus ! C’était super de voir une église dans laquelle il n’y a que des jeunes … ça bouge enfin ! Il n’y avait pas de vieux, personne de plus de 50 ans. Les responsables c’était les jeunes ! Enfin une église de jeunes, et ça c’est vraiment l’avenir de l’église !

Je crois que c’est le temps que Dieu a choisi pour lever une grande armée de jeunes—une génération de Josué. Des jeunes qui brûlent de passion pour Jésus et qui ont le coeur de voir une transformation radicale dans leur nation.

*

 Voilà.

Ce sont les générations Josué, Daniel ou encore Joseph ! Il y en a autant que de « jeunes » dans les pages de la Bible. Et chacun y va de son personnage biblique. Etrangement la seule « jeune » qu’on ne trouve pas … c’est Marie. Et oui ! Pas de « Génération Marie » sur le web évangélique. Pas de Génération Timothée non plus (c’est plutôt la mode des « Formations Timothée). Et comme il faut faire « dans le temps » pour être crédible, on affuble de sigles improbables les nouvelles formations. « Génération Joseph 2.0 » … pourquoi pas. Inventons un slogan : « La nouvelle mise à jour des jeunes qui s’engagent pour ranimer le feu dans l’église. »

*

Ce ne sont que quelques commentaires que j’ai entendu assez régulièrement cette dernière année, notamment les deux derniers mois. Mais je suis bien certains que ce genre de commentaires vous sont aussi bien familiers. Ils font les titres des journaux chrétiens, et font l’objet de livres et articles de mission, d’évangélisation. On appellera le « feu » du renouveau à venir sur « cette » génération—sans préciser pour autant de quelle génération il peut bien s’agir ! C’est bien en tous cas le sens des commentaires dans le deuxième paragraphe en italique en début d’article.

Cependant, c’est le premier commentaire en italique qui me perturbe particulièrement. Alors autant le dire de suite, ce n’est pas que je pense que les jeunes ne sont pas importants dans l’église. Leur place est très importante et je ne suis pas convaincu qu’ils l’aient encore vraiment trouvée. Je ne veux donc pas insinuer dans le reste de ces quelques pages que nous n’avons pas à nous préoccuper des jeunes dans l’église. Je crois même que lorsque nous disons que les jeunes sont « l’avenir » de l’église nous insinuons en fait sans le vouloir qu’il sont l’avenir de l’église et pas son présent. Ce qui est une sérieuse erreur.

Mais je suis plus que sceptique quant à cette réjouissance irréfléchie face à une « église de jeunes ». Pour le demander clairement : devons-nous nous réjouir lorsqu’une église assemble essentiellement des « jeunes »—ce par quoi beaucoup veulent dire les moins de 30 ans ? Faut-il se réjouir qu’il y ait plus de jeunes que de « vieux »—ce par quoi d’autres veulent dire les plus de 35-40, dont je fait donc quasiment partie ? Laissez moi argumenter brièvement qu’il ne faut pas forcément s’en réjouir, et que dans la situation présente il ne faut peut-être pas du tout s’en réjouir. Je donnerai seulement trois raisons.

Premièrement, si l’église se voit confier le mandat missionnaire résumé par l’envoi de Matt 28, il faut bien nous rendre compte que ce mandat concerne le monde entier, à commencer par ceux qui nous sont proches, déjà au niveau national. Il nous faut aller par toute la terre faire des disciples, les baptiser et leur enseigner à garder le fondement biblique communiqué par Dieu dans sa révélation. Il nous faut donc aller vers. Et vers qui ? Vers tous ceux qui composent la diversité démographique du monde dans lequel nous vivons !

En d’autres termes, il faut que notre ministère, que l’effort missionnaire, diaconal, et évangélisateur de nos églises reflètent (plus ou moins) les conditions de notre société. Conditions ethniques, socio-économiques, et bien sûr, démographiques. Autant dire qu’une église manifeste que son ministère est pertinent pour notre société lorsqu’elle manifeste qu’elle est prémices du royaume, c’est à dire qu’elle proclame qu’elle est ambassadrice de la réconciliation. On pense souvent que cette réconciliation touche d’abord, et essentiellement, les rapports entre hommes et femmes, ou encore entre peuples et personnes d’origines religieuses différentes. Mais cette réconciliation ne s’applique-t-elle pas finalement à tout ce qui divise les autres communautés humaines ? Là où des pays sont divisés à cause de la « race » ou de l’origine ethnique et tribale. Là où des communautés étaient divisés par leur genre biologique, notre société contemporaine n’est-elle pas divisée … démographiquement ? Ne sommes-nous pas dans une société du mythe de la jeunesse éternelle, une société qui valorise la jeunesse et parque ses seniors dans des lieux soit disant « adaptés » lorsqu’ils ne sont plus productifs ou « utiles » pour la société ? L’église, ambassadrice de la réconciliation n’aurait-elle pas un message d’espérance à proclamer. Et d’ailleurs, ne faudrait-il pas le vivre ?

Si tel est le cas, il est vraisemblable que le rôle de l’église soit de consciemment se faire tout pour tous, et donc se fasse ministre envers tous, et donc, une fois encore, envers toutes les tranches démographiques de la population française. Or, pour manifester cela, l’église se doit de refléter, volontairement et consciemment le monde dans lequel elle a été placée par son Seigneur. Elle doit donc être l’image démographique de son pays, de sa région, de sa ville. Prenons donc la France. Les dernières statistiques officielles sont les suivantes :

Demographie-France-2013

Au cas où ce ne soit pas très clair à l’image. Voici les données. Il y a en France autant de moins de 20 ans que de plus de 60 ans, soit environ 24,5% de chaque. La population se répartit à moitié entre les plus et les moins de 40 ans. Patrick Nussbaumer a raison de demander, dans son article publié dans les Cahiers de l’école pastorale :

« Quelle est la place des jeunes dans l’Église ? C’est un sujet très important, mais difficile à appréhender, source de beaucoup de frustrations et de culpabilités. 25% de la population française ont moins de 20 ans. Autrement dit, en France, une personne sur quatre a moins de 20 ans. Avons-nous la même représentation dans nos Églises ? »

Et donc l’autre côté de la pièce : avons-nous 25% de plus de 40 ans dans nos églises ? Valorisons-nous aussi les seniors parmi nous ? Est-ce que nous en faisons les mentors de nos jeunes ?

Prenez l’exemple de la région Valentinoise. Faudrait-il se réjouir d’une église dans laquelle il y aurait beaucoup de jeunes ? Et bien regardons. Valence : environ 39% de mois de 30 ansi. Dans les autres agglomérations autour de Valence (Portes-lès-Valences, Guilherand-Granges) : en moyenne 30-34% de personnes de moins de 30 ans. Résultat ? Si l’église est fidèle à l’accomplissement de tout son mandat missionnaire, c’est à dire si elle va vers toutes les populations, alors il devrait y avoir dans les églises valentinoises environ 1/3 de « jeunes ». Et pas plus.

Deuxièmement, nous avons volontairement délaissé ceux qui représentent une grande partie de la population, et pour cela il n’y a pas d’excuses. Car si la Bible valorise parfois la jeunesse, elle a une très haute opinion de la sagesse acquise par l’âge et l’expérience. Honneur et respect sont dus aux « anciens », comme le rappelle Job 12.12 « Chez les vieillards se trouve la sagesse, Et dans une longue vie l’intelligence. » Pour aller un peu plus loin, et comme le fait justement remarquer Florent Varak, la manière dont nous traitons nos aînés, et la place que nous leur donnons, indiquent la profondeur et l’obscurité de notre péché. La mauvaise direction, l’idéal de la jeunesse, voilà une mise en garde du prophète Esaïe : « Je leur donnerai des jeunes gens pour chefs, Et des gamins domineront sur eux. Parmi le peuple L’un opprimera l’autre et chacun son prochain ; le jeune homme attaquera le vieillard, et le vulgaire celui qui est honoré. » (Es 3:4-5)ii De plus, il faut bien réaliser que ce sont les aînés qui sont la mémoire de l’histoire du salut, et la mémoire de l’action fidèle de Dieu en et pour nos églises. Sans eux, plus de mémoires, plus de louange pour ce que Dieu a fait dans le passé ! Nos pères nous ont raconté souligne le Ps 44.2. Quelle place, dans nos églises, à cette merveilleuse mémoire de la fidélité de Dieu ?

D’autant plus que cette présence des anciens est aussi une manière de les servir dans une période difficile de la vie humaine : la vieillesse. Cette vieillesse qui attend chacun d’entre nous est un défi, une épreuve, et il est difficile de la traverser. Le soutien du Corps de Christ sera d’autant plus important. Et ils nous montrent l’exemple de la foi, à l’image de Paul :

« Me voici déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n’ai plus qu’à recevoir la récompense du vainqueur : dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me la remettra en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire » (2 Tim 4,6-8).

Cette persévérance, cette volonté de démontrer de manière vivante la foi, c’est en partie l’expérience de l’âge. Je suis reconnaissant d’avoir eu comme exemple un aîné de mon église d’origine qui a démontré l’importance de la communion fraternelle lorsqu’il fit 3 km à pied, dans la neige, pour venir au culte. A presque soixante-dix ans. La plupart des « jeunes » maintenant se connecteraient à internet ou à Facebook pour suivre un culte « virtuel ». Je rend grâce pour cet aîné qui est passé dans la gloire il y a déjà dix ans. Une telle persévérance est rare : elle s’acquiert avec l’âge, et uniquement avec l’âge. Ce sont les épreuves qui fondent, au sens métallurgique du terme, la persévérance, comme au travers du feu.

Mais faisons-nous bien cas de ce précieux don que Dieu place dans nos églises ? Non. Nous continuons à ne voir que la jeunesse, nous sommes fixés sur le « nombre » de jeunes dans nos églises et déplorons le nombre de « vieux ». Et voir les choses ainsi, c’est créer des barrières au sein du corps de Christ, c’est diviser le Corps de Christ. Des parties « utiles » et des parties « inutiles ». En faisant cela, nous nous sommes vendus à l’esprit du siècle qui est en adoration devant la jeunesse.

J’entends parfois les « jeunes », certains évangélistes émotionnels dire « je pleure sur cette génération de jeunes qui ne connaît pas Jésus ». OK. Mais les « jeunes » en France ne représentent que 25% de la population. Donc nous devrions pleurer pour ces 25% et ne pas se préoccuper des autres 75% ? Ou considère-t-on que les jeunes sont plus importants que les autres ? Voilà un autre point qui pose problème dans le mythe des église « jeunes » … ou même dans notre volonté de toujours développer des ministères tournés vers les « jeunes ». Nous considérons que les autres, les seniors notamment, ne valent pas le coup. Je m’excuse profondément de le dire ainsi, mais je ne vois pas d’autre moyen de le dire. Car c’est en fin de compte la triste réalité. Nous avons re-divisé l’église. Alors oui, il n’y a plus ni Juif ni Grec, ni libre ni esclave, ni homme ni femme. Par contre qu’est-ce qu’il y a comme « jeunes » et comme « vieux ». Et les uns valent mieux que les autres. Pourquoi ? Encore et toujours parce que selon le faux évangélique de l’éternelle jeunesse : les jeunes sont l’avenir de l’église.

Et bien non.

Non. Les jeunes ne sont pas l’avenir de l’église.

L’avenir de l’église c’est, encore et toujours, Christ et son Eglise universelle. Autrement dit, l’accomplissement de sa mission. Ou encore : la croissance de son Corps. L’avenir de nos églises locales ce n’est pas tel ou tel groupe démographique. Cela n’a jamais été le cas, et cela ne le sera jamais. L’avenir de l’église c’est que des gens de toutes nations, de toutes origines socio-économiques et démographiques, viennent à Christ. Or la conversion des plus âgés parmi nous a quelque chose à nous apprendre. Le retraité de 68 ans qui se convertit à Christ aura peut-être un plus grand ministère dans nos églises que le jeune de 22 ans tout feu tout flamme qui ne sait encore rien des difficultés de la vie !

Seulement des convertis de 68 ans il n’y en a pas. Pourquoi ? Parce que nous avons cédé à l’idéologie de la jeunesse éternelle que la société contemporaine nous assène à renfort de publicités, de films et de coups médiatiques. Et l’église, qui se devait d’être un lieu de justice, de paix et de réconciliation, a troqué son mandat missionnaire contre un vulgaire plat de lentille, une soupe de jeunesse éternelle.

J’ai d’ailleurs le plus grand respect, admiration même, pour la décision d’une église que je connais bien, pour son pasteur, un très bon ami, et son ancien qui ont choisi comme deuxième responsable un homme que les statistiques considèreraient comme un « senior ». Ils ont dans cette sagesse incompréhensible pour notre société choisi quelqu’un qui, oui a connu des choses extrêmement difficiles, quelqu’un qui a vécu un renouveau, une vraie compréhension du pardon, au cours de ce fameux « troisième âge ». Trop tard ? Faudrait-il choisir un jeune comme responsable d’église ? Non. Car votre jeune est plein d’enthousiasme, mais a-t-il de la persévérance. Oui, il sait bien parler, c’est un bon conducteur de « louange ». Mais sait-il écouter ceux qui font face au suicide et à la dépression ? Ne sous estimez jamais l’expérience des épreuves vécues.

Alors je sais que ça fait plus « cool » de dire qu’on a un ministère de « renouveau parmi la jeunesse » que de dire qu’on a un ministère de soutien pour les sexagénaires isolés. Oui je sais, c’est moins sexy de dire qu’on est pasteur/diacre spécialisé en accompagnement de fin de vie que de dire qu’on est évangéliste ou implanteur d’église. Et oui ! Il y en a un qui fait rêver (et encore!) et l’autre qui fait, bon, vous voyez ce que je veux dire Mais où est notre priorité ? Développer des ministères très « tendance » ou créer des ministères qui s’occupent de tout le monde ? À ce stade je n’ai pas besoin de conclure, tout le monde a vu où je me positionnais.

De plus, et pour terminer sur ce deuxième point, si nous ne développons pas volontairement ces ministères de soutien à nos aînés, nous abandonnons toute une population qui fait face à de grandes difficultés. Rappelons-nous que même si c’est encore tabou, 33% des suicides enregistrés en France (sans compter ceux qui n’apparaissent pas dans ces chiffres) concernent les plus de 60 ans ! Je ne sais pas si vous pouvez prendre conscience de ce chiffre ahurissant. Cela représente presque 33 000 personnes par an ! Presque 95 personnes par jour !

Le taux de suicide chez les hommes de 75 ans et plus, est donc 7.5 fois plus fort que la moyenne ! Chez ces derniers le taux de mortalité de 150 pour 100.000 habitants, en fait le chiffre le plus élevé d’Europe. Mais tous ces chiffres sont encore difficiles à accepter et nous ne savons souvent pas quoi faire. Le professeur Michel Debout, président du Conseil d’administration de l’Union Nationale pour la Prévention du Suicide souligne : « Il faut que les générations plus jeunes ainsi que les seniors aient un regard nouveau sur le vieillissement », mais nos églises aussi ! En tout cas c’est notre responsabilité si nous voulons être des témoins fidèles de Christ !

Et ne croyez pas que nos églises sont à l’abri de cela. Par exemple une aînée qui demande en réunion de prière que l’église prie pour que ses enfants et petit-enfants lui rendent visite ne fait pas qu’une demande de prière. Elle affirme aussi son isolement, son désespoir peut-être même face à la solitude. Quand les choses en sont là, il est parfois trop tard :

« En effet, lorsque les aînés ont l’impression de devenir une charge, un poids pour leur famille et pour leurs proches, quand ils ont le sentiment de ne plus servir à rien, certains n’hésitent à pas à commettre l’irréparable et contrairement aux plus jeunes, les seniors se « ratent » rarement »iii.

Vous avez bien prit conscience des derniers mots ? Ils se ratent rarement. Les jeunes font des « tentatives » car ce sont des appels au secours. Les aînés ne font pas de « tentatives ». Ils réussissent. Pourquoi ? Parce que tout le monde, parfois même l’église, leur signifie qu’ils n’ont plus rien à apporter. Ils sont devenus inutiles. Et pour nous, cela devrait être inacceptable car la dignité de la personne n’est pas fondé sur sa valeur économique ou sur son capital-travail, mais sur son identité d’image de Dieu. Dans l’église c’est encore plus inacceptable car cela touche des hommes et des femmes qui sont images de Dieu et qui nous sont unis en Christ. Et donc des frères et des sœurs à qui nous devons l’amour fraternel.

Troisièmement, si l’église met tellement l’accent sur les « jeunes », n’est-ce pas parfois parce que nous avons nous aussi gobé le mythe de la jeunesse éternelle ? J’y ai déjà fait référence mais je ne peux m’empêcher d’y revenir. La société valorise le corps de la femme éternellement jeune, au corps éternellement attirant. Il faut être une femme de 65 ans sans rides, au teint aussi plat que la mer un jour de grand calme. Tout est fait pour cacher la vieillesse, au point où on valorise même les endroits où nous cachons nos aînés sous prétextes qu’ils sont mieux soignés dans ces lieux spécialisés. Et surtout ils ne sont plus sur la place publique qui elle doit être occupée par la jeunesse.

Et nos églises ne sont pas en reste. Des églises évangéliques, charismatiques, aux déclarations papales, tout le monde entonne le mantra : « Les jeunes sont l’avenir de l’église ». Jean-Paul II disait déjà en 1991 : « Les jeunes sont les premiers protagonistes du troisième millénaire…ils marqueront le destin de cette nouvelle étape de l’humanité ». Et le récent « ancien » pape, Benoît XVI de renchérir : « La jeunesse est l’espoir et l’avenir de l’Église et du monde ». Il est trop tôt pour savoir ce que le pape François dira à ce sujet—il est d’ailleurs si étrange de pouvoir citer trois discours contemporains de trois papes différents ! Les jeunes sont l’avenir de l’église. Ou pas.

Ainsi, je ne pourrais pas dire avec Nussbaumer, dans son article autrement très bon, que « La jeunesse est un élément important et déterminant pour le royaume de Dieu »iv. Ce qui est déterminant, c’est que beaucoup viennent à Christ et soient ajoutés au royaume. Que ce soient des jeunes ou des moins jeunes, n’a pas d’importance. Je ne peux pas prier qu’une génération de jeunes se lèvent. Pas avec tous les autres sous entendus. Par contre je peux prier pour que nous tous, dans nos églises, commencions pas faire notre job, et le faire complètement.

De plus, dire que les jeunes sont « l’avenir » de l’église, n’est-ce pas implicitement, et bien inconsciemment, sous entendre qu’ils n’en sont pas le présent. Ils sont l’avenir. Pour le moment ils ne sont rien. Mais un jour ils seront importants. Ils seront le présent de l’église. Un jour, mais ce n’est pas aujourd’hui. Aujourd’hui ils sont juste des enfants, des ados, des jeunes en voie de devenir des adultes. Voilà aussi une sérieuse erreur. Ce n’est pas étonnant que nos enfants, ados, et jeunes ne trouvent pas de place dans l’église si nous considérons qu’ils n’en sont pas le présent ! D’ailleurs en conclusion privilégier les jeunes « avenir de l’église » au détriment des aînés c’est à la fois dire aux aînés qu’ils ne comptent plus et aux jeunes qu’ils ne comptent pas encore (assez) ! Qui reste-t-il alors ? Les 40-50 ans ? Clairement, nous avons un sérieux problème.

Qu’allons-nous faire ?

Faut-il mettre tous nos efforts pour « conquérir la jeunesse pour Christ » ? Arrêtons de regarder la moyenne d’page et le nombre de jeunes dans l’église. Regardons plutôt si nos églises sont ambassadrices de réconciliation trans-générationnelle. Alors elle sera vraiment Corps de Christ. Que la moyenne d’âge soit de 32 ans ou de 57 ans comptent en finalité bien peu.

J’appelle de mes prières le jour où nos églises encourageront les jeunes à se diriger vers un ministère, vers un service de soutien envers nos aînés. Il n’y aura alors, ni jeune ni vieux dans le Corps de Christ.

L’église sera alors vraiment réconciliatrice des générations.

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Notes : 

i http://www.cartesfrance.fr/

ii Florent Varak, « La place des aîné(e)s dans l’église (Tite 2.1-5) », Un poisson dans le net, http://www.unpoissondansle.net/tite/Tite_2.1-5.pdf, accédé le 25 mars 2013.

iii http://www.senioractu.com/

iv Patrick Nussbaumer, « La place des jeunes dans l’Église », Cahiers de l’école pastorale, 84, 2012, en ligne, http://www.publicroire.com, accédé le 25 mars 2013.

Copyright (C) 2013 Yannick Imbert
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Introduire un débat

Après quelques « conversations » apologétiques ces dernières années, après avoir participé à quelques discussions dans des contextes plus ou moins officiels … je voulais simplement dans plusieurs posts partager quelques remarques que je crois importantes pour tous ceux qui se « lancent » dans l’apologétique.

Et encore plus pour ceux qui souhaitent le faire de manière publique, comme par exemple avec des soirées débats organisés par vos églises ou d’autres associations. Quelques remarques donc …

1) « Il faut rire, parfois »

Comment commencer un soirée discussion, débat, dialogue apologétique ? Par une petite histoire ou une petite blague bien placée ! Et oui, après tout, cela ne va-t-il pas détendre l’atmosphère ?

Euh … Ne faites pas trop de blagues.
Oui, je sais, il faut faire cool, détendu, il ne faut pas se prendre la tête. Alors on y va a coup de petites blagues, de jeux de mots sans importance. Peut-être même cherche-t-on ainsi, sans le dire (parce qu’il faut donner l’impression « d’assurer » !), à masquer son appréhension et anxiété

Mais, non, vraiment, ne faites pas trop de blagues.
Rappelez-vous bien que si vous, chrétiens, regardez ces vidéos, ou venez à ces conférences-débats, pour être renforcés dans votre conviction au sujet de la vérité de la foi chrétienne, d’autres viennent par pu intérêt pour le sujet.

Vos amis non chrétiens, ou des personnes tout à fait inconnues, ne viennent pas premièrement pour les bonnes (souvent moins bonnes) blagues qui jalonneront une soirée sur un sujet pourtant important. N’oubliez pas à ce sujet que plus vous ferez de petites blagues, moins le sujet apparaîtra comme ayant une vraie importance. Le résultat ? Pour certains la soirée aura été un échange sympa de « points de vue », mais jamais vous ne les aurez conduits à prendre votre vision du monde au sérieux, parce que vous-mêmes n’en donnez pas l’impression.

A ce sujet, ne faites pas trop de références personnelles, même en introduisant la soirée. Pourquoi ? Ceux qui vous connaissent se sentiront à l’aise. Ceux qui vous sont étrangers risquent de se sentir encore un peu plus aliénés par une attitude parfois trop désinvolte. En fin de compte la première leçon de l’apologète c’est ceci : il doit se faire tout pour tous. Et donc, il doit toujours rechercher un certain équilibre même lorsqu’il essaie de « faire cool » … ou quelque soit l’expression équivalente ces derniers temps.

Donc, quelques petits mots bien placés, oui. Des blagues (fréquentes) sans intérêt, non.

2) Ne pas être caricatural … c’est quand même as compliqué !

Après les quelques blagues introductives de 15 minutes, voici le moment de présenter le sujet. Et là … alors là … le moment de la caricature est arrivé ! Et oui, il est bien difficile de présenter un sujet parfois difficile tout en ayant l’air de savoir de quoi on parle. Et force est de constater que nous ne pouvons pas tout savoir. Normal !

Malheureusement trop souvent nous présentons de tels sujet en faisant des approximations qui desserviront peut-être la présentation chrétienne.

Exemple : imaginez que le débat organisé a comme thème « Réincarnation ou résurrection ». Jusque là tout va bien : à part que le sujet est un peu en dehors de vos thèmes de prédilection et malheureusement il vous revient d’introduire la soirée. Et là, manque de préparation ou confusion, vous sortez : « Pour le bouddhisme, ou l’hindouisme, car les deux sont presque pareils, la notion de réincarnation est importante » … et là, problème.

Vous avez trop caricaturé et vous avez discrédité le sérieux de l’apologétique chrétienne.
Non, le bouddhisme et l’hindouisme ce n’est pas la même chose.
Non, le bouddhisme n’affirme pas la réincarnation, mais une « renaissance ».
Et non, réincarnation et renaissance ce n’est pas la même chose !

Car en fin de compte est-il beaucoup plus difficile de dire : « Même si les concepts de réincarnation et de renaissance ne sont pas identiques, ils sont assez proches pour que nous les considérions ensemble comme bien distinct de la notion chrétienne de résurrection » … que de dire « La réincarnation et la renaissance sont identiques ». Alors, oui, la 1e phrase est plus longue. Mais est-ce vraiment plus compliqué ?

Est-il plus compliqué de dire « Pour nous le bouddhisme et l’hindouisme sont souvent identiques, et malgré leurs grandes différences » … que de dire « Le bouddhisme et l’hindouisme sont identiques » ?

Donc, pas de caricatures inutiles et gratuites. Vous risquez encore de discréditer le discours apologétique.

3) Utilisez des mots connus, pas des concepts imperméables à tous ceux qui n’ont pas (i) grandi dans l’église, (ii) fait de la théologie, (iii) ou les camps GBUs.

Exemple : « Les non chrétiens ne peuvent rien savoir avec certitude car ils n’ont pas la révélation ». Alors dans le cadre d’un cours sur l’Ancien Testament, d’un cours de dogmatique, pourquoi pas. Allez, même dans une étude biblique ! Mais dans un débat apologétique ? Je ne suis pas convaincu de la pertinence de la référence à cette expression, sauf si le sujet porte sur le fondement de l’épistémologie. Mais sinon … à voir.

Déjà, parler trop souvent des « non chrétiens » comme s’ils n’étaient pas dans la salle, au milieu de vous, est un peu limite. Vous vous adressez à des personnes quand même !, de vraies personnes qui sont là, en face de vous ! Levez les yeux de vos notes, arrêtez de penser à ce débat comme une bonne occasion de montrer que vous avez raison. Levez les yeux de vos notes et vous les verrez … et vous pouvez leur dire « vous » comme à des personnes et pas seulement faire références à des « non chrétiens » comme si ils n’existaient pas !

Et puisque ceux sont à eux premièrement que vous parlez … je suis bien certain que la phrase précédente ne les a pas touchés le moins du monde. Pourquoi ?

– premièrement elle est mise en avant sans aucune explication, ni justification ;

– deuxièmement, elle est incompréhensible !
Oui, réfléchissez-y. Révélation … ?
Pour beaucoup ça va faire un peu mystique tout ça. Vous avez eu des « révélations divines vous ? » Hum … mais bien sûr ! Ne pas avoir de « révélations divines » serait je pense pour certains un signe de bien être psychologique. Pourquoi ? Parce que cette expression peut être comprise de la manière suivante : « entendre des voix ».

Donc, préparez vous bien. Pesez chaque mot afin que vous soyez bien compris. N’hésitez pas à répéter de différentes manières une même idée …

(Conclusion)

… et surtout, surtout, n’oubliez jamais que vous parlez à des personnes. Ils (et elles) ont pris du temps pour venir à cette soirée. Ils auraient pu rester plantés devant le dernier programme TV, bosser leurs cours, ou sortir prendre un verre avec d’autres amis.

Mais, ils ont choisi d’être confrontés à une question importante qui les mettra peut-être face à la bonne nouvelle de Christ. Ne sacrifiez donc pas cette bonne nouvelle à cause d’une bague de trop, d’une caricature ridicule, ou d’un mot incompréhensible.