Le serment d’Hippocrate, la Sécu, et la communauté

Il était une fois, il y a bien longtemps, un homme nommé Hippocrate (ca. 460-370 av. J-C.), médecin et philosophe grec réputé pour son savoir, son soucis du malade et sa science médicinale. Cet homme exceptionnel nous est resté à cause de son influence en vue de la professionnalisation de la médecine, ainsi que pour son accentuation sur deux éléments clés de son « école de médecine » : le soin personnel et le pronostic (et non pas simplement le diagnostic mécanique de la maladie). Mais c’est aussi, bien sûr !, de lui que nous vient le Serment d’Hippocrate !1 Ce dernier, bien que maintenant un peu désuet (jurer par Apollon et Panacée semblerait bien étrange dans notre société postmoderne !), ce texte est l’un des fondements des serments que prêtent les médecins français. Le serment de l’ordre des médecins dit par exemple : « Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire »2. Quant à celui de la Faculté de Médecine de Montpellier I, il lit : « Je donnerai mes soins gratuits à l’indigent et n’exigerai jamais un salaire au-dessus de mon travail. »

Il était une fois une institution, la Sécurité Sociale, qui peinait à remplir sa mission de « garantir les travailleurs et leurs familles contre les risques de toute nature susceptibles de réduire ou de supprimer leur capacité de gain, à couvrir les charges de maternité et les charges de famille qu’ils supportent »3. Cherchant l’égalité de la justice, la « Sécu » se dota de la Couverture Maladie Universelle par laquelle les « indigents » (ceux qui n’en ont pas les moyens) bénéficient d’une couverture maladie presque décente. Ainsi, en 2011, 2,2 million de personnes ont bénéficié de la CMU de base (aux environs de 5 millions pour la couverture maladie universelle complémentaire). En dehors de cette proportion dramatique (pensez-y : 1 français sur 30 pour la CMU de base ; 1 français sur 10 !, bénéficient de la complémentaire), nous pouvons nous demander comment la CMU influence le budget toujours délicat de la Sécurité Sociale.

Il sera une fois une idée : que les « serments » prêtés soient pris au/avec sérieux et appliqués. Que celui qui s’engage à donner des soins « gratuits à l’indigent », prodigue réellement des soins gratuits. Ce n’est malheureusement pas encore le cas selon certains rapports du Fond-CMU4. Mais pouvons-nous attendre ce secours mutuel dans une société qui continue à privilégier la poursuite du gain personnel, à adorer la consommation, et à fermer les yeux sur la condition de ceux qui se trouvent « en dehors du système » ? Si ce n’est pas le cas, l’Église de Christ a-t-elle un rôle, une parole, une action à développer ? Doit-elle encourager les médecins qui font partie de ce corps spirituel et fraternel à dispenser gratuitement (« diaconalement ») ces soins envers les pauvres en son sein (cf. Ac 6) … cela reste probablement une question.

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Notes :

1Qui semblerait-il lui serait attribué de manière apocryphe !

2Ordonnance du 4 octobre 1945 relative à l’organisation de la Sécurité sociale, Titre 1er, article 1er, disponible en ligne sur http://www.legislation.cnav.fr/textes/ord/TLR-ORD_4510_04101945.htm

3Le Serment Médical, en ligne http://www.conseil03.ordre.medecin.fr/node/1764. Cf. aussi http://www.conseil-national.medecin.fr/article/introduction-aux-commentaires-du-code-225

4Selon un rapport publié début juillet 2010 par le Fonds CMU, un quart des médecins et dentistes installés à Paris refusent de recevoir des bénéficiaires de la CMU-C, déplorant notamment d’être obligés de leur appliquer les tarifs de base de la Sécurité sociale, http://www.cmu.fr/rapports.php