Nativité digitale

Noël. L’un des temps de célébration les plus importants pour notre foi, dans nos églises. Noël ; une fois encore ce temps s’offre à nous dans le calme et le silence et cette question se fait entendre, renouvelée : pourquoi Dieu s’est-il fait petit enfant ? Ou alors … pourquoi le Père Noël est-il venu à Marseille sans ses rennes ? Question existentielle … et si jamais les rennes se faisaient happer par un bus sur la Canebière ? Question apparemment plus importante en ces temps de frénésie marchande. La seule question même digne d’intérêt : Noël n’est-il pas la célébration du cadeau-roi et du Père Noël ? C’était en tous cas l’une des inquiétudes de la bénévole du Secours Catholique sur le marché de Noël de Marseille cette année : « Mais vous savez que Noël ce n’est pas l’anniversaire du Père Noël ! »

 

Oui je le sais, mais je peux comprendre l’inquiétude exprimée par cette soeur catholique. Si on s’en tient à ce qu’on lit, ce qu’on voit, ce qu’on entend : Noël est une fête. Mais de quoi … on serait presque en peine de le dire. Alors Noël : « Pourquoi Dieu s’est-il fait petit enfant ? »

 

Surprise à la lecture répétée, au cours de la semaine passée, de la réponse suivante : « pour devenir notre ami et montrer son amour ». Et a priori cela semble bien être une excellente réponse. Une proclamation merveilleuse au milieu de l’individualisme que nous vivons tous les jours. Mais cette réponse ne sous entend-t-elle pas alors que Noël est une question d’amour, d’amitié, voir de fraternité ? Un temps où les humains témoignent de leur amour de la paix, de leur amour les uns des autres ?

 

Peut-être. Seulement « peut-être » … ou alors suis-je trop cynique : mais voir le reste de l’année le chacun pour soi, la consommation préférée à la communion, tout cela me fait douter que Noël soit vraiment dans notre société cette grande démonstration d’abnégation, d’altruisme et d’amour inconditionnel.

 

Noël : Dieu est notre ami. Et beaucoup plus que cela. Car en réalité dans cette nuit de Noël, ce n’est pas premièrement, et au risque de choquer, l’amour de Dieu qui est mis en avant. Déjà, il est impératif de se rappeler que Dieu nous montre son amour dans toute l’histoire du salut, dans toute l’histoire de la révélation. Même dans les moments les plus dramatiques, l’amour fidèle de Dieu pour son peuple se manifeste. A proprement parler donc, l’Incarnation ne démontre pas plus d’amour divin qu’il n’est une plénitude prophétique dont la motivation est l’amour de Dieu et sa gloire triomphante.

 

Et si la motivation de l’Incarnation est l’amour de Dieu en Christ et la manifestation de sa gloire, le but de l’Incarnation n’est pas l’amour de Dieu pour nous mais la rédemption et à travers elle la réconciliation. Dieu s’est fait homme, Christ est médiateur du rachat, non pas pour nous aimer mais pour nous réconcilier. Noël : Gloire à Dieu et paix sur la terre ! (Luc 2)

 

Une fois encore, il ne s’agit pas de déconnecter l’Incarnation de l’amour de Dieu mais de bien différencier entre la motivation et le but immédiat de l’Incarnation. Par amour, et par amour pour lui-même d’abord (et non pour nous) et pour nous en Christ, Dieu se fait homme afin de nous racheter, de nous unir à lui, et ainsi de nous réconcilier avec lui-même et avec les autres.

 

C’est ce but glorieux de l’Incarnation qui fonde aussi tout l’espoir qui se manifeste dans le calme de la nuit de Noël avant la tempête de la nuit de Päques : Dieu réconcilie ! C’est cet objectif réconciliateur qui donne aussi toute la puissance évangélique au message et la vie que nous proclamons.

 

Noël : la nuit de la réconciliation. Message qui tombe bien dans une société en proie aux incertitudes financières, aux débats d’intégration, aux lois plus que discutables sur les étudiants « étrangers », sur la famille recomposée, sur la justice sociale, et autres traumatismes auxquels nous sommes confrontés. Noël : la venue de la réconciliation. La réconciliation et la communion, c’est ce qui est vraiment en jeu dans la nuit calme dans laquelle les cris du nourrisson se font entendre.

 

Voilà peut-être un message porteur de bien plus d’espérance que le simple « Dieu veut être notre ami ». C’est en tout cas un message bien plus radical car il demande que nous devenions porteurs de cette réconciliation. Dieu réconcilie des hommes et des femmes qui n’ont en dehors de ce bébé couché dans la paille aucun espoir. Dieu pour nous, un enfant donné, Dieu réconcilié.

 

Ceci est la radicale Joie de Noël !