La saga cinématographique Harry Potter : retour sur dix ans de Voldemort !

Avec une recette totale de plus de 4,68 milliards d’euros, les sept films de la série Harry Potter comptent parmi les trente plus gros succès du box-office mondial. Poussez la bonne brique, suivez les rails du Hogwarts Express, passez la cinquième dans votre lunatique voiture volante, entrez dans la cheminée … et redécouvrez Hogwarts ! Retour sur la saga Harry Potter, et sur « Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom »1.

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Le générique final défile toujours à l’écran et je reste songeur devant ces sept années passées à Hogwarts. Difficile de me remémorer des évènements qui se rapportent à plus de cinquante ans ! Sur ce point, la sortie de ces sept films a été pour moi la bienvenue. Leur fidélité à ma vie est d’ailleurs assez évidente … et je me rappelle. Je me rappelle de mon combat contre Quirrell, le basilic, les démentors, les Mangemorts et l’armée d’un Voldemort régnant. Comment revenir sur sept ans de Voldemort ? Sept ans de Voldemort, c’est d’abord sept ans de personnages intrigants dans tous les sens du terme, à commencer par Severus Snape et Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore (Dumbledore pour les intimes). Mes deux premiers années furent marquées essentiellement par ma découverte des maléfices de Voldemort, toujours bien présents même à Hogwarts.

Ce n’est que lors de ma troisième année, lorsqu’un voile sombre tombe sur Hogwarts, que mon histoire prend vraiment tout son sens. Envolée l’innocence et l’apparente harmonie entre notre humour adolescent et le développement du scénario. Je découvrais les démentors, mais aussi Dumbledore, de plus en plus l’égal de lui-même. Enfin, je découvrais la réelle force de Dumbledore, d’une grande passivité jusqu’alors. Je découvrais que ses régulières absences n’étaient pas seulement l’occasion pour nous trois de n’en faire qu’à notre tête. Etaient aussi mis à jour des secrets de famille, et l’aveuglement borné du ministère de la Magie. Et !, quel drame de constater que le Ministère ne croyait que ce qu’ils voyait ! Sans cela, Peut-être que nous aurions pu nous débarrasser de Voldemort bien avant ! Bien sur, dans ce cas vous n’auriez pas eu l’occasion de voir ces films.

Mon monde phantasmagorique s’écroula tout à fait avec ma découverte de l’Ordre du Phénix, marquant la mort anticipée de mon adolescence. Et sur mon écran, la renaissance terrifiante de Voldemort signe l’arrivée de Ralph Fiennes (que je pourrais presque confondre avec le vrai Voldemort !), et marque la maléfique continuité des films dont la dynamique s’effrite lentement. Avec cet épisode la saga prend une saveur plus épique, de même que ma vie à Hogwarts commença à devenir plus dramatique. Enfin, Lord Voldemort devient plus qu’une simple menace désincarnée et fait désormais trembler le monde de la magie et celui des Moldus. « Pas de pression, Harry, mais maintenant c’est à toi de jouer ! ». Tout le reste n’est qu’action et quête des Horcruxes.

Je me met en quête des Reliques de la Mort et, soudain !, tout semble devenir plus réel. Trop réel ! La photographie plus naturelle du septième film, la poursuite de notre trio traqué par les Mangemorts capturent la longueur des fins inéluctables. Même pour moi, cela a l’air beaucoup plus vrai que dans mes souvenirs. Après la magie et la grandeur exubérante de l’architecture de l’Ecole, nous voici plongés dans le vide naturel, symbolisant le passage irréparable d’une adolescence magiquement naïve à un monde prématurément adulte dans lequel seul le néant semblait nous attendre. Lenteur de ce film qui interrompt le récit de cet épisode central de mon combat contre Voldemort. Deux films, pourquoi pas ! Mais une éternité au milieu du film ? Voilà une erreur que les acteurs, même s’ils n’étaient pas accaparés par les projets post-Harry, n’auraient jamais pu rattraper.

Et c’est là que l’univers dans lequel j’ai été replongé s’effrite un peu plus. Oh ! Il y a des passages éblouissants, comme les disparitions éclatantes de Dumbledore : il faut bien le dire, il a du style ! Le problème n’est pas la fidélité des films à mes folies de jeunesse. Non. Là où la série échoue, c’est dans le rapport de l’audience au récit visuel. Un acteur, incarnant les émotions que des lignes décrivent, produit un attachement, un rapport plus fort et personnel avec le personnage qu’il joue à l’écran. Pour maintenir cet attachement il y a deux possibilités : faire grandir cet attachement en même temps que les personnages murissent, ou essayer de maintenir cet attachement envers et contre tout, surtout contre tous les changements inhérents à la direction des films. Mais les manquements de la série cinématographiques ne sont que le miroir des lacunes de leurs ancêtres littéraires. La série des films a une « âme », mais qu’elle a tendance à se perdre dans les labyrinthes de personnages qui ont de la peine à grandir en maturité. Voldemort, lui, reste fidèle à lui-même tout en se dévoilant comme celui que l’amour a toujours fuit. ce qui sera sa perte. Enfin … pour combler ces lacunes, nous avons encore la mémoire de Lord Voldemort !

Voldemort ! Pour moi, cela a toujours été à propos de Voldemort et du meurtre de mes parents. Que nous ayons finalement sauvé le monde de la magie, bien ! Sans cela, pas de Ginny, pas de famille. Mais venger la mort de mes parents a toujours été ce feu intérieur qui me faisait poursuivre Voldemort envers et contre tout, et tous. Avec sa mort viendra aussi la fin de mon épopée cinématographique. Fini Voldemort, fini Harry. Retraite bien méritée et gratification d’une vie à laquelle nous aspirions tous. Me voilà enfin ce que j’ai toujours été : torturé par mes souvenirs, j’ai enfin eu ma vengeance, ma justice. Tout fini bien : tous les trois mariés, tous les trois heureux. Mes cheveux sont blancs maintenant. Ginny n’est plus là, et mes yeux sont devenus bleu-acier. Mes rides disent toute la joie d’une longue vie. Mais je ne peux m’empêcher de me demander : dans l’enchantement, ai-je trouvé une consolation à la mort de mes parents ?

1Harry Potter à l’école des sorciers, de Chris Columbus (2001) ; Harry Potter et la Chambre des secrets, de Chris Columbus (2002) ; Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban de Alfonso Cuarón (2004) ; Harry Potter et la Coupe de feu, de Mike Newell (2005) ; Harry Potter et l’Ordre du Phénix, de David Yates (2007) ; Harry Potter et le Prince de sang-mêlé, de David Yates (2009) ; Harry Potter et les Reliques de la Mort (partie 1), de David Yates (2010). Sortie le 13 Juillet : Harry Potter et les Reliques de la Mort (partie 2), de David Yates (2011).