Nous ne sommes pas sauvés par la foi christique

Récemment est paru dans World Magazine, journal évangélique à large diffusion, un article sur le très controversé Glen Beck et ses prises de positions considérées, probablement justement, « comme ultra conservatrices ». Jusque là, je n’y vois aucun problème. Après tout, nous laissons bien Michel Onfray jouer au troubadour athée, pour la plus grande joie de tous les pseudo-philosophes que la curie laïque anticléricale peut bien compter. Que l’on défende ou que l’on loue Beck est totalement hors de mon domaine d’intérêt. Il y a beaucoup plus « sérieux » de ce côté-ci du grand océan. Oh !, certainement il y aura des membres à la droite de la HSP pour appeler aux armes contre le danger du messianisme américain ; et d’autres à la gauche du socialisme Protestants agiteront l’épouvantail du fondamentalisme évangélique. Protestant français. Soit. Chacun ses démons.

 

Au-delà de toutes critiques, nous pourrions dire avec l’auteure de l’article : « J’ai entendu toutes les critiques contre Beck, et je peux y être sensible—à propos du Mormonisme, des dangers du syncrétisme, etc. Mais en ce qui concerne le truc des Mormons, je pense que nous devrions regarder Beck comme un Apollos et prier pour qu’une Priscille ou un Aquilas se trouve sur son chemin afin de mieux le diriger (Actes 18). Je ne vois pas comment quelqu’un peut l’écouter (à la radio) pendant une bonne semaine et ne pas être béni par lui et par son témoignage du pouvoir transformant de la puissance de Christ. »

 

Pax Christi. Les débats d’idées, les débats théologiques doivent laisser place à la sincérité du témoignage évangélique, voire christique. Assez de débats internes à la foi en Christ. Que la foi apparaisse au-dessus des brouillards théologiques qui ne servent qu’à la confusion de l’église !

 

Alors il est certain que le « truc » des Mormons est assez complexe, un peu comme le « truc » des Unitariens. Ce n’est qu’un petit point sans grand rapport avec la foi en Christ, n’est-ce pas ? Chrétiens et Unitariens, tout comme les Mormons, croient en Christ, n’est-ce pas ? J’avoue aussi que le « truc » des Mormons à propos de la Mère Céleste, épouse de Dieu et mère de tous les esprits est un tout petit peu troublant. Mais certes pas plus que la croyance qu’ « Allah est le seul Dieu et que Muhammad est son prophète » ou que l’essentiel du récit néotestamentaire est de nature purement mythique. Que le nom de Christ soit prononcé, qu’importe !  Qu’il soit prononcé haut et fort, et par n’importe qui ! Que les musulmans annoncent Christ comme prophète, que les anthroposophes identifient Christ à une force vitale, que les Buddhistes élèvent Christ au rang de grand bodhisattva, et que les Mormons témoignent de Christ, créature séparée du Père.

 

Que tous soient christiques et parviennent à une pleine stature christique !

 

Amen !

 

Ou pas.

 

***

 

Être « christique » ne suffit pas. L’anthroposophie est « christique », l’Islam même est à sa manière « christique ». Tous ont une haute vue de Christ. Beaucoup croient même en une « certaine divinité » de Christ, de la même manière que je croie en une « certaine autorité » de la théorie de la terre plate.

 

Seulement voilà : la théologie étant la sève de cet arbre haut et majestueux qu’est l’église de Christ, il est difficile d’en faire l’économie. La personne de Christ. Seulement là se trouve le début du sola fide. Il n’y a de vrai sola fide que lorsque le fondement de Christ a été proprement posé et compris. Un Christ séparé du Père et de l’Esprit n’en est pas un ! Or c’est précisément ce qu’est Christ dans la doctrine Mormone : le Fils est un être différent du Père et de l’Esprit.

 

Qu’est-ce qui nous uni ? Le « truc » des Mormons peut devenir clairement problématique : « comme l’homme est maintenant, Dieu fut un jour ; et comme Dieu est, l’homme sera ». La croyance Mormone compatible avec la confession du salut en Christ ? On dira bien vite peut-être que personne ne peut juger les cœurs, et nous sommes tous d’accord. Cependant, les mots renvoient à une certaine réalité. Lorsque nous ne sommes que des dieux en devenir, lorsque Christ, comme dieu, n’est réduit qu’à un homme divinisé, le Médiateur est absent. Il n’est plus Christ, mais christique : un ersatz de messie, un succédané de dieu en qui n’est trouvé qu’un placebo de salut.

 

Il n’y a de foi en Christ, l’homme-Dieu, que celle qui se trouve aussi dans le Dieu trinitaire, car les trois sont un, un dieu trois fois saint. Alors, certainement, nous sommes sauvés par la foi en Christ, vrai Dieu, lumière divine. Tout autre Christ n’en serait pas un, et son salut serait paille au vent. Et c’est l’Église universelle, son Corps, son Épouse, a toujours confessé.

Quatre lépreux et une vie économique virtuelle

À peine la « crise » terminée—ou du moins veut-on le faire croire, que nous tirons avec brio les leçons de la crise—tel est du moins le placebo médiatique du moment.

Avec seulement quelques euros en poche, nous entendons affirmer que la plupart de nos banques Européennes, dont les quatre grandes banques françaises testées, ont vaillamment soutenu, ô gloriole, le « stress-test » de crise financière. Je crois aux miracles : seules sept banques sur les quatre-vingt-dix établissements testés ont échoué aux « stress-test » menés tambour battant en début de semaine. Par ce test, les banques évaluées, résume Le Monde, à la manière de tout autre journal européen, « devaient prouver leur capacité à maintenir un ratio de fonds propres ‘Tier 1’ d’au moins 6% d’ici à la fin 2011, et ce dans des scénarios de crise plus ou moins sévères. »[i] Plus ou moins.

Conclusion : tout va bien, ne craignez pas !, tel un Titanic économique, notre système bancaire vogue toutes voiles dehors. Et en cas de tempête, sois tranquille, il y aura bien assez de matelots pour souquer. De plus, la barque française est une banque à très forte capacité de résistance, conclurait la Banque de France.[ii] Bon nombre des « petit épargnants » objecteraient. Mais si le test l’affirme, comment contredire le dogme informatique ? Mais il est à espérer que les systèmes informatiques soient aussi résistants que les banques elles-mêmes !

Le test passé avec succès, le temps est déjà aux critiques. Les spécialistes en la matière questionnent en effet la rigueur avec laquelle ces tests ont été menés.[iii] Plusieurs choses peuvent effectivement être relevées. Premièrement, la validité du test se base en grande partie sur le management du système économique (système informatique et système économique en soi) et le management humain. En ce qui concerne le premier il est difficile de pouvoir prédire quelles seront les évolutions futures des systèmes économiques et de leurs régulations. Le système lui-même, bien qu’ayant ses règles fixes, ne se lasse pas d’évoluer en se complexifiant et procédant ainsi, court le risque toujours présent de s’auto-phagocyter. Contre le danger d’implosion, il n’y a guère de scénarios virtuels qui puissent aider.

En ce qui concerne les éléments humains, nous savons tous que les politiques financières, les finances globales et locales sont interdépendantes d’autres facteurs (sociaux, politiques, etc.), mais qu’elles sont aussi le fruit de décisions humaines prises à des échelons d’autorité variés. Ces décisions humaines sont présentes à tous les niveaux, du plus bas échelon jusqu’au plus haut. Mais elles ont une autre caractéristique importante : elles ne sont ni innées, ni éternelles. Les interventions humaines doivent être « apprises » et aussi renouvelées. sur cette considération, il est difficilement possible de prédire qu’une crise économique majeure pourrait être soutenue dans les deux années qui viennent aussi bien que dans le cadre du stress-test. Les facteurs humains, les personnes et leurs décisions auront déjà certainement changé.

L’un des autres « problèmes » avec la réussite du test est l’optimisme chronique, caractéristique de la vie économique européenne, voire, mondiale. La crise économique, l’une des plus graves, nous dit-on, de ces dernières décennies, ne résulte qu’en une seule conclusion : nous avons les moyens de soutenir une double crise dans les trois années à venir. Surprenante conclusion pour un emprunteur averti ! Quant au « stress-test », il s’est effectué, rappelons-le, avec un Tier 1 de 6% lorsque le minimum officiel est de 4%. Notons qu’un Tier 1 de 6% signifie que pour 6 de vos euros en banque, ladite banque n’en a effectivement qu’un en « coffre ». Les 5 autres euros sont « réinvestis » (comprenez que vous ne les possédez que « virtuellement »), et vous espérez tous que ce réinvestissement de vos 5 euros donnera fruit en son temps—pensez aux 3% ou 4% d’intérêt promis par votre banque en fin d’année. Ainsi, les banques se rapprochant le plus des 10% officieusement demandés par les investisseurs sont celles qui se trouveront le plus à l’abri d’une éventuelle crise financière nécessitant une recapitalisation. Mais ce sont aussi celles qui possèdent effectivement le minimum de votre investissement personnel.

Quant aux particuliers, il est pénible d’essayer de déterminer où l’équilibre entre investissements bancaires et intérêts privés peut se situer dans le cadre d’un tel « stress-test ». Si ce genre de tests est rassurant, la question demeure : pour qui, les banques,  les entreprises privées, ou les particuliers ? Mais, dirons les optimistes, nous avons quoiqu’il en soit passé ce test « haut la main », comme se félicite la ministre de l’économie. En espérant qu’elle-même ait la main « haute » lorsqu’il faudra éviter la noyade et attraper la main providentielle venue nous secourir.

Pour la plupart des critiques, l’un des autres problèmes liés au « stress-test » est sa condition de réalisation : « Le test présuppose une augmentation des intérêts des obligations gouvernementales qui à leur  tour augmenteraient les coûts d’emprunt du secteur privé, et ainsi les entreprises et les particuliers feraient face à des difficultés supplémentaires en essayant de rembourser leurs dettes. Cela entraînera une augmentation des dépenses auxquelles une banque aurait à faire face, étant elle-même confrontée aux secteurs privés et financiers. » Certains économistes montrent du doigt le processus lui-même. Au lieu de conduire des « tests de résistance » selon des pré-conditions déterminées par le système bancaire lui-même, il aurait été préférable de conduire des tests graduels afin de déterminer le point au-delà duquel se situe le réel point de rupture de l’économie européenne.[iv] Car tel est le but de ces « stress-test » : évaluer la force réelle des économies bancaires européennes.

Sauf que. Au-delà de toutes ces considérations économiques, une chose est à noter : ce test est « virtuel », car il faut bien l’appeler ainsi. Et une évaluation virtuelle telle que nous venons d’en voir le résultat n’a qu’un mérite officiel : montrer qu’une deuxième crise, identique à celle que nous avons connue, ne mettra pas à terre l’économie Européenne. Mais cela n’est d’aucune consolation lorsqu’on connaît, ne serait-ce que vaguement, la complexification exponentielle des systèmes et des groupes économiques. Bien au contraire. Ce test est donc une projection virtuelle ! N’hésitons pas à le dire : ce test n’est que ce qu’il est. Un test, et donc, le résultat virtuel d’une crise financière virtuelle réalisée avec des moyens qui demain auront probablement, certainement changés. D’où une certaine méfiance à l’égard de ces résultats.

Notez d’ailleurs que la palme du sarcasme va, mais qui en aurait douté, à nos amis Euro-allergiques des îles Britanniques. La CMC (Currency Management Corporation) Market ironise même : « Si la publication, vendredi, des ‘stress-test’ des banques européennes étaient une pièce de Shakespeare, elle aurait été appelée ‘Beaucoup de bruit pour rien.’ »[v] Sarcastique mais vrai : car ce test n’est fait que pour rassurer. Mais il nous montre aussi quelle est la marge d’erreur, quel est le danger encore acceptable, de notre économie—au-delà du risque économique dans lequel nous nous trouvons déjà. Ce test virtuel, et ses résultats tout aussi virtuels, sont bien censés nous aider à déterminer ce que nous pouvons encore supporter avant de nous savoir enfin ruinés—ou le sommes-nous déjà ?

Cette artificialité du « stress-test » et des résultats obtenus démontre, plus que tout, l’autonomie avec lequel le système financier opère ; autonome même des facteurs purement humains notre économie va bon train, mais dans quelle direction ? Même le plus visionnaire des économistes aurait du mal à faire adhérer le plus grand nombre à son prophétisme. En effet, même lorsqu’il est question de sa stabilité, ne peut se référer qu’à lui-même. Il ne semble que l’espoir du système financier européen ne réside que dans le système lui-même—résultant en une croissance exponentielle de la présence du système et de son instabilité chronique.

Nous avons plusieurs raisons d’entretenir une saine méfiance à l’égard des telles prévisions économiques. Tout d’abord, l’économie, tout comme l’argent, sa base matérielle, est devenue abstraite et impersonnelle. Nous en parlons, nous en possédons, mais est-il en vérité de chose plus abstraite que la maîtrise économique ? Nous connaissons tous des déficits incontrôlés dans nos dépenses personnelles ; et que dire de l’économie des nations, que dire de l’économie de plusieurs nations, de l’Europe ? Or il ne peut y avoir de vraie maîtrise économique qu’avec un personnalisme reflétant la dimension particulière et individuelle de ceux qui constituent l’économie d’un pays comme le nôtre. Il n’en reste pas moins que la dimension abstraite des prévisions et des certitudes économiques présentées invitent en réalité à un doute réaliste.

Car tous les actes économiques sont des actes corporatifs via un certain nombre de personnes morales , mais ces personnes morales étant elles-mêmes un saint congrégat de personnes privées, mais sans réelle unité, il ne peut y avoir décision personnelle. Il ne peut exister qu’une décision abstraite et ainsi, une direction économique abstraite. L’absence d’actes personnels est à la base de notre optimisme économique—du moins celui dont la presse française veut nous convaincre. Vous me direz que l’épargne des Monsieur Dupont comme vous et moi est un acte économique individuel et personnel. Il n’y a donc pas seulement des actes corporatifs : la dimension personnelle dans le système économique est tout à fait palpable !

Cependant, force est de constater que nous ne sommes plus totalement responsables de nos placements—si  même placements il y a ! Bien sûr, nous essayons de choisir les meilleurs placements, à grand renfort de publicités et de promesses ???. Si le moindre centime compte, aucune « économie » n’est anodine. Mais rien de cela n’est déterminé personnellement. Nous sommes tous dépendants des banques, des conditions proposées et de leurs similarités flagrantes, mais aussi des complexités du système financier. Toutes nos décisions se ressemblent. L’impersonnalité, la base radicalement abstraite du raisonnement économique est inversement proportionnel au personnalisme économique des épargnants comme vous et moi.

Mais cette saine méfiance doit aussi prendre en compte l’organisation structurelle du système économique Français, Européen, et mondial que nous pouvons désigner globalement en reprenant ce phénomène décrit par Ellul sous le nom de Technique. Ce stress-test est l’exemple type de la Technique au secours de la Technique. Avec ces tests conduits à grand renfort de journalisme télévisé, nous voyons l’environnement Technique, cet environnement qui, tel l’air que nous respirons, ne devient perceptible que lorsque nous en manquons.

Ainsi, nous retrouvons le Sisyphe de l’économie essayant, dans sa peine capitale, de pousser la pierre d’angle de notre économie vers les sommets financiers. Pour l’éternité condamner à ne voir en cet tentative qu’un jeu de notre environnement. Et même si l’Atlas Européen parvenait à soutenir le poids de nos dettes publiques, il lui resterait à faire face aux douze mythiques travaux herculéens des économies mondiales. Même si l’économie Européenne pouvait porter le monde sur son dos pendant que le Niké de l’économie mondiale parcourait le globe en chantant des hymnes au capitalisme, il faudrait encore faire face à l’Oncle Sam, aux cinq tigres Asiatiques, au no. deux Chinois, au Japon immortel, aux quatre Dragons, à l’Ours Russe, ainsi qu’aux aléas des économies Africaines et Sud Américaines. Non, il est bien certain que même au mieux de sa forme, l’Atlas européen ne pourrait assurer la pérennité de l’économie Européenne.

La Technique au secours de l’économie ne fait qu’accroître l’autonomie du système financier dans lequel nous évoluons. Système de plus en plus autonome des décisions personnelles et ainsi de plus en plus abstrait. Système aussi, de plus en plus en quête d’efficacité, car n’est-ce pas là l’un des buts avoués de ce test ? Que notre économie devienne de plus en plus efficace et stable en regard d’une possible crise majeure ? Certainement. Et en devenant de plus en plus autonome et efficace, le système Technique financier se doit de  faire de ceux qui peuplent son environnement de simples données, un système binaire répondant à certaines lois de recombinaisons complexes

Mais tout cela n’invite pas au pessimisme des plus noirs. Plongés dans la crise économique, nous n’en faisons pas, passez-moi le jeu de mot, une dépression. En effet, il serait bien simple de vouloir trouver un bouc émissaire, et nous le faisons certainement. Il est bien facile de s’en prendre à Bercy, ou de rappeler que ce ne sont plus les hautes sphères financières nationales qui décident de leur propre politique économique, mais le système bancaire et économique européen. Bercy ou Bruxelles : il faut bien des coupables ! Mais ceci est un effort bien vain dans l’espoir de nous dédouaner de notre propre égoïsme aussi partie intégrante des troubles financiers qui nous occupent. Bien loin d’une dépression infinie, ces considérations nous conduisent à discerner où se trouve notre trésor, car « là où est notre trésor, là aussi se trouvera notre cœur » (Luc 12.34). Et notre espoir.

Il suffit d’un rien pour que l’économie, et notre espoir qui la dépasse, change. Dans Samarie assiégée par les armées Syriennes de Ben Hadad, l’économie n’avait rien à envier à la crise 2008-2010. Les détails ne sont pas nécessaires : pas de loisirs dans une ville en guerre !, mais pas de nourriture non plus. Le peuple en est réduit à des conditions que nous ne pouvons imaginer. Il n’y a guère que le prophète Elisée pour faire entendre une voix d’espoir, au point même d’annoncer un rééquilibrage miraculeux : « Demain, à cette heure, on aura une mesure de fleur de farine pour un sicle et deux mesures d’orge pour un sicle, à la porte de Samarie. » (2 Rois 7.1).

Cette prophétie s’accomplit sans effort particulier de la part du peuple de Samarie. Leur économie se rétablit sans le secours d’aucune main. Le camp des Syriens est mis en déroute et ce sont quatre lépreux, des hommes pour qui l’entrée dans Samarie leur aurait certainement valu la mort, qui viennent annoncer le miracle tant attendu : miracle de la survie, mais aussi de la libération. Il est important de noter que le seul à discerner le rétablissement économique et la libération de l’oppresseur est Elisée, l’homme de Dieu, celui qui, comme nous le savons, préfigure Jésus—comme Elie était le Jean Baptiste vétéro-testamentaire.

Elisée ne fait pas de l’économie à proprement parler. Mais il fonde sa confiance et sa connaissance sur une foi ferme en l’action de Dieu en notre monde. Non pas que nous devions attendre un miracle providentiel, une manne divine rétablissant surnaturellement l’état plus qu’inquiétant de notre économie. Non, mais l’attitude d’Elisée nous invite à l’humilité en face de l’adversité : nous ne devons pas mettre notre confiance en nos capacités humaines comme la pathologique Samarie, dressée seule contre tous. Car ce sont après tout à quatre lépreux que Samarie doit une grande partie de sa délivrance économique. Ces quatre lépreux nous invitent à rejoindre Elisée. Cette invitation est une invitation à la prudence, mais aussi au réalisme humain. Il nous faut une ferme assurance en la main de Dieu, mais aussi un discernement humain et une étude sérieuse des sciences économiques.

Un « stress-test » comme nous venons d’en connaître un peut certainement avoir des mérites, mais le danger est de bâtir un avenir économique sur des projections virtuelles, « optimistiquement » artificielles. Ce risque doit être admis et doit pousser à la prudence économique. Non pas à la passivité, mais à la prudence, c’est-à-dire à une évaluation variable des risques financiers.  Quatre lépreux et une vie économique virtuelle. Cela demande une prudence spirituelle : ne pas placer nos espoirs en banque, mais en une foi qui est la porte de la sagesse. Mais il est aussi nécessaire de nous pencher à la fois sur notre propre économie personnelle et sur un discernement des temps. Et, en des temps de crise, c’est bien cela la tâche la plus difficile.


[i] Le Monde, « Seules 7 banques européennes sur  91 échouent aux tests de résistance », 23 Juillet 2010.

[ii] Les résultats individuels des 91 banques sont disponibles sur le site du Committee of European Banking Supervisors, sur http://www.c-ebs.org.

[iii] The Financial Times, « Euro unworried by growing stress test scepticism », 26 Juillet 2010.

[iv] The New York Times, « The Dark Clouds Devised by Europe’s Bank Testers», 23 Juillet 2010.

[v] The Financial Times, « Euro unworried by growing stress test scepticism », 26 Juillet 2010.