Recension de « Stardust », Matthew Vaughn, dir., Paramount Pictures, 2007

Il était une fois une étoile filante, un royaume en attente de succession royale, sept frères cyniquement fratricides (Primus, Secundus, Tertius, etc.), un jeune homme en quête d’aventure—ou était-ce d’amour ?—et trois sœurs sorcières, version MacBeth, conduites par Lamia (Michelle Pfeiffer)1… Peuplé de personnages étranges et décalés, le village de Wall et le voisin royaume magique de Stormhold, ce monde issu de l’imagination unique de Neil Gaiman, fait entrer le spectateur dans un conte de fées shakespearien avec son roi Lear (Peter O’Toole), et son amour impossible—comme il se doit.

Stardust, que certains ont comparé à sa sortie (et à tort) à Princess Bride, est le deuxième long métrage dirigé par Matthew Vaughn (Kick Ass, X-Men : First Class). Direction, photographie et production nous délivrent un film parmi les meilleurs du moment … ce qui est justifié. Cette adaptation de la nouvelle du même nom restitue de manière fidèle les frasques d’un ‘auteur qui tient plus de Lord Dunsany et de ses Shadow Chronicles que des Chroniques de Narnia de C.S. Lewis ou de Tolkien—bien que Gaiman pointe vers l’influence de ces deux auteurs2.

Stardust : la paisible campagne anglaise est troublée par la chute, plus que la venue, de cette étoile, trouble fête féérique, incongrue et passablement déplacée, dans un monde qui n’en attendait rien de moins. Et ce pour le bonheur du naïf Tristan, amoureux aveugle qui va, presque littéralement « chercher la lune », malgré les intrigues des trois sœurs conduites par Lamia. Voilà ce qui, servant de résumé à l’intrigue, donnerait raison à ceux pour qui Stardust possède de grande qualités qui n’effacent cependant pas le manque de travail porté au développement interne de la narration. Cette observation est certainement vraie … en partie. Car si la narration n’est pas ce qu’elle devrait être, l’adaptation du scénario est bien sûr en cause, tout comme l’est l’originalité de la vision de Gaiman dans le roman. Car Stadust n’est pas, dans sa version originale, un fantastique typique.

Au contraire. Stardust contient sa part de sarcasme et d’incrédulité, d’hypocrisie et de cynisme : amour, pouvoir et magie ne sont aucunement épargnées. Tous les ingrédients nécessaires à la bonne « construction » de la fantasy sont passés au crible cynique de l’univers de Gaiman. Et c’est probablement cela qui fait l’attrait de Gaiman dans le monde littéraire « féérique » tant chargé de clichés et d’idées reçues. Car si Stardust suinte de clichés et de personnages obligatoires dans le genre de la fantasy, l’impression produite n’est pas celle attendue. Emerveillement, probablement, mais dont la source tient beaucoup plus au décalage volontaire que Gaiman opère entre les images traditionnelles du genre et la réalité qu’il insuffle dans sa propre vision. Si légèreté, humour, et réussite il y a, il tient moins au fantastique lui-même qu’au cynisme de certains passages. Par exemple, les frères-fantômes en supporters de la confrontation finale entre Tristan et Lamia a vraiment quelque chose d’éclatant, quoique quelque peu morbide.

Les lacunes observées tiennent donc plus à la subversion parfois cynique de certains thèmes qu’à un manque flagrant de travail scénaristique—qui existe cependant. Le dénouement n’en est pas pour le moins dans la bonne lignée du conte de fées. Quelle impression laisse Stardust ? Une citation pourrait suffire : « Que font les étoiles ? Elles brillent. »

____________________________________________________

1Lamia est dans la mythologie grecque un monstre dont le nom vint à renvoyer, en Latin, à « sorcière » ou « mégère ».